Par nadejda, le 26/03/2012
Le chemin d'anna bargeton de
Marie Noël
A genoux, près du feu d'hiver, j'ai désiré être bercée par le chant de ma nourrice ; j'ai désiré qu'une ombre vînt me raconter son rêve. Nul ne savait ce rêve que le feu et moi. Alors, je me le suis raconté à moi-même.
Mais maintenant que je le raconte à d'autres, qui pourra me suivre jusqu'au bout, passé la mort, au bord du lac profond, dans ce brouillard du temps d'après où, dit-on, le cerveau de l'homme survit une heure encore à ses membres et peu à peu s'éteint, s'enfonce, se noie dans l'ombre, avant d'abandonner l'âme sur la route que nul ne sait, au chemin qu'elle prend sans lui ?
Qui m'accompagnera si tard, si loin ?
Je l'ignore... Je raconte.
Marie Noël
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Par Caligari, le 11/04/2011
Notes intimes de
Marie Noël
À tous ceux qui très loin sont captifs
Dans le silence ; aux âmes enchaînées
Par la longueur des muettes années
En nul ne sait quels abîmes plaintifs ;
À ceux dont l’ombre a tant de murs sur elle
Qu’ils n’ont jamais pu donner de nouvelle
De leur nuit noire aux gens qui sont dehors ;
Ceux pleins d’appels dont nulle voix ne sort,
Dont le secret cherche un mot qui l’emporte ;
Ceux dont le cœur bat sans trouver de porte,
À tous ceux-là - je ne sais pas combien -
Je viens. Je suis petit oiseau, je viens.
Je viens, je suis moucheron, un rien frêle.
Une aile. Et j’ouvre et je donne mon aile
Pour alléger leur épaule et mon chant
Pour délivrer mon âme à travers champs.
Je viens. J’ai pris dans leurs fers, à leur place,
Leur cœur en moi pour m’envoler avec.
Je suis le pleur jailli de leurs yeux secs,
Je souffre en eux, je lutte, je suis lasse,
J’ai faim. Je tremble en des rêves tout bas,
J’ai peur... Je suis ce que je ne suis pas,
Ce que je suis peut-être - jeune fille
Que le printemps entête et qui vacille
Avec ce cœur lourd de divin ennui
Qu’on ne peut pas porter seule - je suis
Celle blessée entre toutes qui pleure.
Et je serai les pauvres tout à l’heure.
Quand je suis eux je ne dors pas la nuit -
J’irai criant, pour qu’un cri nous soutienne,
Mes maux - les leurs - nos tâches, nos soucis
Avec leur bouche pauvre, pas la mienne.
Je serai vieille, veuve... morte aussi
Avec les morts. Je serai, quand la route
Fuit sous ses pieds, pâle, celui qui doute,
Tombe renversé dans le noir de Dieu
Et ne peut plus remonter au milieu
De ses dociles et douces prières.
Je serai lui - peut-être moi derrière,
Dans son abîme - Et peut-être, au bord bleu
Du Paradis, je serai sainte un peu
Pour ceux des saints emmêlés en ce monde
Les plus petits - dont la chantante foi
Veut s’envoler mais qui n’ont pas de voix.
Je viens, je suis, folle ou triste à la ronde,
Tous ceux qui sont...
Et quand je serai moi,
Moi toute seule, aride, sans génie,
Seule au lieu morne où la route est finie,
Seule au moment où le ciel obscurci
Ne s’ouvre plus ; quand, sans être entendue,
J’aurai ma voix et mes ailes perdues,
Déjà peut-être elles sont loin d’ici -
Quelqu’un viendra. Je l’attendrai dans l’ombre,
Un frère, un cœur entre les cœurs sans nombre,
Quelqu’un à moi viendra pour la Merci
Aider mon âme à se sauver aussi.
(Chant de la Merci)
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Par Christian, le 10/10/2007
Les chansons et les heures de
Marie Noël
Moi, la chèvre, je suis le surplus du troupeau
Et je m'ennuie avec ces gens de tout repos
Qui font tout bonnement tous la même chose.
Je m'ennuie à mourir sur ce chemin morose.
Je n'aime pas – j'en ai le cerveau courbatu –
Marcher en foule ainsi sur un terrain battu ;
Je n'aime pas broutter l'herbe déjà tondue,
Ce petit foin sans goût, sans fleur inattendue...
Rien de nouveau, rien, rien... Tout est toujours pareil,
Pas même, pour changer, de l'ombre et du soleil,
Pas un obstacle au loin sur la campagne glabre
Qu'on devine et qui fait que d'avance on se cabre...
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