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Par Cath36, le 20/04/2012
Quatre Temps du Silence de
Marie Rouanet
Je m'applique. J'essaye, comme avec le chant, de trouver le ton juste. Quelqu'un a dit un jour, j'ai oublié qui, peut-être l'ai-je lu : "Savez-vous quel est le contraire de chanter faux ? -Chanter juste ? - Non, chanter vrai."
Pareil pour l'écriture.Je m'efforce de dire vrai. Ce moment où, avec la pointe du stylo, je fais un mouvement qui ressemble au binage m'est important, moins d'ailleurs par la relation qu'il établit que par le soin apporté à dire exactement.
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Par Cath36, le 20/04/2012
Quatre Temps du Silence de
Marie Rouanet
Il y avait de la glace au bassin et tout était transparent dans le temps de verre. Plus les choses semblent s'offrir avec évidence, plus apparaît leur mystère.
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Par Cath36, le 22/04/2012
Quatre Temps du Silence de
Marie Rouanet
Brièvement parfois, l'écran se déchire pour une chose sans grande importance et je suis immergée dans une félicité d'être, dans l'évidente beauté du monde. J'entrevois quelque chose au-delà de mes refus et de ma volonté de me préserver. Il y a mieux, vers quoi j'avance sans le connaitre vraiment, une sorte de mémoire épurée... Que de temps il m'a fallu pour entendre clairement ceux de ma vie, ceux de ma route, et pouvoir alors accepter paisiblement de ne jamais les revoir puisque morts, vifs ou invisibles, qu' importe, j'avais décrypté le message nécessaire pour que leur mémoire me soit précieuse.
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Par Cath36, le 21/04/2012
Quatre Temps du Silence de
Marie Rouanet
Il me semble entrevoir que j'ai une peur épouvantable d'un bilan de mes actes, de mes choix. L'angoisse me prend d'un total négatif au moment où il est trop tard pour rien transformer. Au-delà d'Albert je songe à ma dureté pour Zoé et Mélanie, à mon refus de leur donner mon temps et mon attention à partir du moment où j'ai eu ma vie.
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Par nina2loin, le 06/04/2012
Douze petits mois de
Marie Rouanet
Le dénuement final commence avec la simplification du vêtement. On supprime les collants que parfois aux toilettes on n'a pas le temps de baisser assez vite. On porte alors des chaussettes. On supprime les gaines, le talon des souliers, certaines coiffures trop compliquées, toute l'élégance incommode.
Et c 'est le corps qui le premier, avant le vouloir, impose le changement. Le corps dans ce qu'il a de plus trivial, les excréments, lance un appel. Et l'appel vient d'en bas. Il est trop tard souvent pour opérer soi-même la mise en ordre.
En voyant ces résidus de vie ― les vêtements salis des scories de la vie ―, en songeant au contenu de ces armoires qui après ma mort révèlera son côté superflu, qui racontera le rapport à moi-même et l'attachement à ma propre apparence, je me demandai quelle dose d'égoïsme, d'avidité, d'orgueil imbécile proclameraient, après moi, mes vêtements.
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Par Cath36, le 20/04/2012
Quatre Temps du Silence de
Marie Rouanet
Je compris qu'il fallait en premier arrimer solidement le jour, ainsi que l'ensemble des jours et de l'an. Ce grand désordre d'une année entière où j'attendais d'avoir faim pour manger n'importe quoi sur un coin de table, d'être assommée de fatigue pour dormir, de me lever à n'importe quelle heure, aussi bien encore à la nuit noire -je mettais alors un vêtement chaud et je sortais, je marchais, jusqu'à ce point où je vois l'horizon de la plaine, ou bien l'hiver j'allumais trop tôt le feu, mangeais le premier repas du jour, trop tôt aussi-, à ce désordre il fallait mettre un terme définitif. J’avais trop tendance encore à vivre ainsi. Mais à ce jeu on risque de tomber dans ce gouffre que l'on trouve obligatoirement en soi et dont à l'avance on ne sait exactement ce qu'il contient, mais sûrement quelque chose comme sa propre perdition.
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L'Arpenteur de
Marie Rouanet
Mais c'est lui qui avait raison:il est vain de vouloir rêver de ce qui fut "avant".Nous ne vivons que des "après".
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Luxueuse austérité de
Marie Rouanet
Il faut savoir s'arrêter pour que la quantité de bien-être,de nourriture,de voyages,de sexe,d'amitiés ne devienne contrainte,fardeau à porter,abus de l'autre. Dire: assez pour n'être pas blasé,entrainé dans une course infinie mangeuse d'énergie et jamais satisfaite.
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L'Arpenteur de
Marie Rouanet
Vous essayez d'appeler vos parents par l'odeur et le goût,comme Ulysse à la porte des Enfers,qui fit venir les ombres par l'odeur du sang d'un agneau sacrifié.Les ombres sont venues vers lui.Il a vu sa mère."Comme tu es triste et sans mémoire",lui a-t-il dit.Orphée appelait de sa musique sa femme bien-aimée entrée chez les morts.Eurydice apparaît en effet,mais pour disparaître à nouveau,sans qu'il puisse ajouter le moindre instant à ce qu'il a vécu.
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Par Cath36, le 21/04/2012
Quatre Temps du Silence de
Marie Rouanet
Tous ces morts que je croyais légers -Lise, Zoé, Mélanie- me fondirent dessus avec lui, Albert, le plus effacé, dont la disparition n'avait rien changé à ma vie... Je me fermais à la lumière...pour la première fois depuis des années je n'étais pas le miroir du printemps.
Close au monde, aux livres, aux autres, j'affrontais ces ténèbres intérieures où montaient des bribes de mémoire qui m'arrachaient le coeur.