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Par Cerridwen, le 06/08/2010
La physique des catastrophes de
Marisha Pessl
Mais le plus incroyable chez le poisson rouge, c’est sa mémoire. On le plaint de n’avoir qu’une mémoire de trois secondes, d’être à ce point dépendant du présent – or c’est, au contraire, un don. Car il est libre. Il ne souffre ni de ses faux pas, ni de ses erreurs, ni d’une enfance perturbée. Il n’a pas de démons intérieurs. Son placard ne contient pas le moindre squelette. Et je vous le demande, quoi de plus drôle que de découvrir le monde trente mille fois par jour ? Comme c’est bon d’ignorer qu’on n’a pas vécu son âge d’or il y a quarante ans, quand on avait encore tous ses cheveux, mais il y a seulement trois secondes, si bien que, en fait, cet âge d’or n’a pas de fin.
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La physique des catastrophes de
Marisha Pessl
Que sont les fantasmes ? Des rêves dont nous nous servons pour nous préserver de la réalité. Notre monde est un plancher rigide qui nous casse le dos si on dort à même le sol.
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Par Elvira, le 27/07/2011
La physique des catastrophes de
Marisha Pessl
Papa disait toujours qu'il faut une sublime excuse pour écrire l'histoire de sa vie avec l'espoir d'être lu
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La physique des catastrophes de
Marisha Pessl
Quittant des yeux le chihuahua marron et noir venu renifler mes chaussures, je les découvris. Tout comme Jade qui, affalée sur un canapé en chocolat à moitié fondu, avait allumé une cigarette (et me dévsageait comme si c'était une fléchette), ils me dévisageaient avec des yeux si fixes, des corps si raides, qu'ils auraient pu composer la série de tableaux que papa et moi avions admirée à la galerie des maîtres du dix-neuvième siècle de Chalk House, dans la banlieue d'Atlanta. Il y avait là une fille maigre aux cheveux bruns entortillés comme une algue, qui se tenait les genoux sur le banc de piano (Portrait de paysanne pastel sur papier) ; un tout petit gars, avec des lunettes à la Benjamin Franklin, genre indien, près d'un chien galeux,Fang (Maître avec chien courant, Angleterre, huile sur toile) et un garçon, immense celui-là, bâti comme unes armoire à glace,adossé à une bibliothèque, les bras et les chevilles croisés, des cheveux noirs cassants sur le front (Le vieux moulin, artiste inconnu). Le seul que je reconnus, c'était Charles dans le fauteuil en cuir (Le joyeux berger, cadre doré). Il me fit un sourire encourageant, mais je doutais que cela signifie grand-chose ; il semblait distribuer ses sourires comme un type déguisé en poulet qui donne des bons pour un repas gratuit.
"Et si vous vous présentiez ?" proposa joyeusement Hannah.
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Par Elvira, le 27/07/2011
La physique des catastrophes de
Marisha Pessl
Mais surtout, surtout ma chérie, n'essaie jamais de modifier la structure narrative d'une histoire autre que la tienne, ce que tu seras sans doute tentée de faire, à l'école ou dans la vie, à la vue de ces pauvres hères qui prennent bêtement des tangentes dangereuses et font des digressions fatales dont ils n'ont probablement aucune chance de s'extirper. Résiste à la tentation. Consacre ton énergie à ta propre histoire. Travaille-la. Améliore-la. Développe son ampleur, sa profondeur, l'universalité de ses thèmes. Je me moque de savoir quels sont ces thèmes - c'est à toi de les découvrir et de les défendre - à condition que, au minimum, y figure le courage. Qu'il y ait des tripes. "Mut", en allemand. Les autres, ma chérie, laisse-les à leurs "novellas", à leurs petites histoires bourrées de clichés et de coïncidences, parfois pimentées du tournemain de l'étrange, du quotidien douloureux ou du grotesque. Quelques-uns, ceux qui sont nés dans la misère et destinés à mourir dans la misère, s'inventeront même une tragédie grecque. Mais toi, mon Epouse du repos, tu n'écriras rien de moins que l'épopée de ta vie. Entre toutes, ton histoire demeurera
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Par Elvira, le 27/07/2011
La physique des catastrophes de
Marisha Pessl
Les aventures de papa ne duraient jamais moins que l'incubation d'un oeuf d'ornithorynque (19-21 jours) et jamais plus que la gestation d'un écureuil (24-45 jours)