-
Par tulisquoi, le 25/10/2010
Femme de chambre de
Markus Orths
Désormais, chaque mardi, Lynn emporte un chiffon sous le lit et nettoie les lattes de sommier. Jamais les dessous ds lits n’ont été aussi propres. Les premières heures, Lynn y est seule. Alors elle écoute ce qui se passe en elle. D’abord, elle n’entend rien, sauf le battement de son pouls, parfois. Lynn devient toute vide, les yeux fermés, elle tombe dans un état de somnolence. Quand la porte s’ouvre et que quelqu’un entre dans la chambre, elle sursaute, revient à elle, pose les mains sur son ventre. Alors elle est éveillée. Alors elle est là.
> lire la suite
-
Par kathel, le 26/05/2010
Second roman de
Markus Orths
L’après-midi, je m’attardai dans les locaux plus longtemps que mes collègues. Non parce que, nouvel arrivant, je voulais faire bonne impression, mais pour me distraire et échapper à la solitude de mon épouvantable piaule, louée pour moi par l’administration, en face de la cour de l’école. Avec moi, il n’y avait plus qu’un stagiaire du nom de Stefan Kuller. Comme si nous nous livrions à un concours silencieux, nous nous jetions de temps en temps un regard oblique pour voir qui de nous deux faisait mine de quitter le LHDG plus tôt que l’autre. Mais nous restions tous les deux stoïquement sur place.
Les yeux de Kuller rayonnaient encore à cause de l’inspection qu’il avait subie le matin même avec succès. Il nous avait tout raconté en détail dans la salle des professeurs. Anglais, neuvième classe, sujet : l’Australie. Pendant la durée du cours, Kuller porta un costume de kangourou. Pour concrétiser son enseignement, il tirait de sa poche les objets australiens les plus divers et les tendait aux enfants en prononçant le mot anglais correspondant. Il maîtrisa aussi l’unique situation critique de l’heure: lorsqu’il lança un boomerang par la fenêtre ouverte et que sur son chemin de retour, le boomerang n’emprunta pas la même fenêtre mais celle d’à côté qui était fermée, Kuller s’exclama spontanément dans le bruit des éclats de verre : « Oh! Look! The window is…?
– …broken! cria la classe en choeur.
– Exactly, nasilla Kuller sous sa tête de kangourou.
> lire la suite
-
Par michoko, le 14/03/2012
Femme de chambre de
Markus Orths
L'ambiance est retombée. Quand quelque chose est fini, l'air se trouble. La fin de quelque chose sent toujours le brouillard.
-
Par BMR, le 17/07/2011
Femme de chambre de
Markus Orths
[...] Personne ne lui ordonne de s'arrêter. On la laisse faire. Et bientôt Lynn disparaît dans le décor de l'hôtel, on ne la remarque plus, c'est comme si elle en faisait invisiblement partie, une pièce de mobilier qui se meut de temps en temps de façon à peine perceptible, un esprit qui va et vient comme il veut, un lutin qui fait tout le travail en passant.
Un objet tombe par terre : Lynn est là pour le ramasser. Une revue oubliée dans le bar : elle n'y reste pas longtemps. Les traces de pas boueuses d'un client qui a marché sous la pluie : avant que le chef de la réception ait pu s'en soucier, c'est déjà effacé.
Mais Lynn passe la plupart du temps dans les chambres. Et là, c'est l'existence des choses, l'importunité des choses, l'omniprésence des choses qui enveloppe Lynn tout entière comme un drap.
> lire la suite
-
Femme de chambre de
Markus Orths
le vendredi est rouge vif comme un ballon de football, il sautille toute la journée, ne s'arrête pas, partout règne une hâte fébrile, préparation pour la fin de la semaine, le vendredi les gens sont nerveux, ils courent plutôt qu'ils ne marchent, ils se réjouissent de ce qui vient, boivent le temps en toute hâte, le renversent, vite arriver au samedi, avec la perspective de deux jours de temps libre, deux jours d'interruption de la vie telle qu'on la connaît.
> lire la suite
-
Par michoko, le 14/03/2012
Femme de chambre de
Markus Orths
Chez elle, Lynn reste longtemps dans la salle de bains. Devant les miroirs, elle ne se retrouve jamais. Elle a toujours détesté les miroirs. Quand elle est devant des miroirs, elle ne se voit jamais elle-même. Elle ne voit que de grands yeux, une peau lisse, des cheveux attachés sur la nuque, des lèvres pleines et quelques grains de beauté. Qui est-ce ? pense-t-elle.
-
Par kathy, le 30/07/2011
Femme de chambre de
Markus Orths
Le vendredi est rouge vif, rond comme un ballon de football, il sautille toute la journée, ne s'arrête pas, partout règne une hâte fébrile, préparation pour la fin de la semaine, le vendredi les gens sont nerveux, ils courent plutôt qu'ils ne marchent, ils se réjouissent de ce qui vient, boivent le temps en toute hâte, le renversent, vite arriver au soir et ensuite faire ce que l'on veut faire, mais glisser enfin du vendredi soir au samedi avec la perspective de deux jours de temps libre, deux jours d'interruption de la vie telle qu'on la connaît.
Samedi soir de velours, les gens se sont vêtus de joie, ils sont enfoncés jusqu'aux chevilles dans le temps libre, font ce qu'ils veulent, ils ont laissé les devoirs au vestiaire.
> lire la suite
-
Par kathy, le 29/07/2011
Femme de chambre de
Markus Orths
Les choses, dit Lynn, ont leur propre caractère. Il y a toujours une moitié qui nous demeure cachée.La bouteille d'eau gazeuse, le crayon, la lampe, nous ne voyons tout qu'à moitié, rien que de devant, de côté, d'en haut, mais jamais complètement, jamais tout à fait. Les choses vraies, complètes, sont toujours dans l'ombre. Nous sommes des êtres limités. Quand je prends la bouteille pour boire, comment sais-je qu'elle a un envers? Je ne fais que me représenter l'envers. Je l'imagine. Je prends simplement comme point de départ qu'il existe. Je fais comme si je le savais en toute certitude. Ni plus, ni moins.
-C'est l'expérience, dit Chiara.
-Quoi?
-Tout est affaire d'expérience.
> lire la suite
-
Par kathy, le 29/07/2011
Femme de chambre de
Markus Orths
Quand elle est sous le lit Lynn ne peut rien faire d'autre que suivre ses pensées, suivre ses pensées, comme si les pensées avaient des jambes et allaient se promener devant vous et que l'on pouvait les suivre pour voir ce qu'elles font. Et elle suit ses pensées dans la clinique où elle est restée pendant six mois, l'écoulement des journées, la régularité des heures et des choses qu'il fallait faire, jusqu'aux nuits dans sa chambre qu'elle a passées aussi silencieuse et seule que cette nuit-ci.
> lire la suite
-
Par kathy, le 29/07/2011
Femme de chambre de
Markus Orths
Lynn sort de l'hôtel sans regarder derrière elle et rentre dans son logis, où elle pose le sac à dos dans un coin et se laisse tomber dans le fauteuil et ne fait rien, pendant des heures elle reste simplement assise là et ne fait rien, on ne peut pas forcer le temps à tourner en sens inverse, il continue toujours à courir, toujours en avant, il n'y a qu'une direction dans la vie, l'autre direction est poussière.
> lire la suite