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Bifteck de
Martin Provost
L'Ankou,l'Ankou rôdait de l'autre côté de la coque.Il savait comment le passeur des âmes prépare toujours ses coups en vache.La mort n'abandonne pas si facilement un champ de bataille.
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Par Lizouzou, le 19/07/2012
Bifteck de
Martin Provost
La vie était un jeu que les enfants pratiquaient à merveille.
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Bifteck de
Martin Provost
Son premier mot ne fut évidemment pas de ceux auxquels on s'attend d'habitude, ces chers "papa", "maman" lâchés comme la preuve absolue d'une prédisposition du coeur à nommer l'un et l'autre, pas du tout. Après les gargouillis et onomatopées d'usage, le jour où Fernande décida de sevrer à jamais son loupiot en sanglant fermement ses tétons, ce dernier lâcha ce seul mot, qui resta pour toujours gravé dans les annales :
- Bifteck !
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Bifteck de
Martin Provost
Elle leva son délicat visage vers le premier étage et André vit alors, dans jeux égarés, gorgés d’un trop-plein d’amour maternel, cette même douleur qu’il avait devinée chez les vaches à qui l’on vient de prendre un veau pour le mener à l’abattoir, et qui meuglent à la mort plusieurs semaines.
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Par fabie_r, le 19/02/2012
Bifteck de
Martin Provost
Quand il se sentit plein de cette vision qui donnait tout son sens à son existence, André se coucha parmi ses petits, attirant à lui les sept corps endormis qui se refermèrent sur son corps comme les pétales d'une même fleur.
Il s'endormit vite, noyé par la tendresse.
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Bifteck de
Martin Provost
André Plomeur est né à Quimper, par un beau jour d’avril. Sa mère finissait de larder un rôti de bœuf quand elle se sentit embrochée comme un poulet prêt à cuir. La cliente qui attendait, la voyant étouffer, crut que c’était le cœur qui lâchait. Mais non. Ça se passait plus bas. Lorsque les eaux se mirent à ruisseler sur la sciure, on envoyer chercher le futur papa aux abattoirs. Il fallait le prévenir dare-dare que l’enfant de l’amour arrivait.
Élevé au lait entier, le jeune André évolua rapidement dans la tradition ancestrale en travaillant au magasin dès l’âge de cinq ans. A sept, il savait déjà tenir la caisse, à huit, égorger son premier mouton, à dix, vous désosser une épaule en deux temps trois mouvements et l’entrelarder sous votre nez, façon bouchère. Fallait voir comment il aimait la bidoche. Si les pianistes naissent tous avec un don, André semblait venu sur terre avec celui qui fait chanter le bifteck.
Toutes ses années scolaires, il les passa à la boucherie, l’enseigne arborant les lettres du nom familial peintes en rouge sang sur un fond rose fuchsia. Loïc, son père, Fernande, sa mère (descendante directe d’une lignée de charcutiers originaire de l’île de Molène, créateurs de la saucisse du même nom), décidèrent, à l’arrivée du rejeton, de ne rien changer aux principes d’une éducation transmise par les générations précédentes, qui avait déjà fait ses preuves. Loïc apprit donc lui-même au marmot l’art des voyelles et des consonnes. Chaque fois qu’il débitait les quartiers de bidoche au hachoir, il lui faisait répéter à voix haute les noms inscrits sur les panneaux cloués aux murs de la boucherie où les bœufs, les moutons, les cochons et les chevaux, soigneusement dessinés à la plume, apparaissaient découpés en morceaux. A comme abats, B comme bifteck, C comme côtelette, D comme dindon (chez Plomeur, on faisait aussi la volaille), E comme épaule, F comme filet mignon, G comme gigot, H comme hure, I comme indigestion…
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Par lululifat, le 28/11/2010
Bifteck de
Martin Provost
Il prit son courage à deux mains et regarda droit devant lui, vers l'ouest. Il crut apercevoir au loin son propre avenir. Et il pressa le pas, car il ne voulait rien perdre du jour qui allait naître.
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Par gwenlaot, le 10/09/2012
Bifteck de
Martin Provost
Par un beau matin de novembre, comme sont beaux les matins en Bretagne, gris, mouillé, avec un ciel si bas qu'on le croit posé sur sa tête comme une crêpe, le garde champêtre proclama l'armistice. A la boucherie, on se frotta les mains. Pour Loïc et Fernande, les soldats qui rentraient, c'étaient des ventres avides et affamés, impatients d'engloutir sans compter côtelettes et petit salé, gigots, sans parler des biftecks en tout genre, bien sûr.
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Par Biname, le 13/03/2012
Bifteck de
Martin Provost
Aux étoiles les plus proches, les plus fixes, ils attribuèrent leurs prénoms. A celles qui se trouvaient à l'arrière-plan, le nom des sept couleurs. Aux plus lointaines encore mais visibles à l'oeil nu, celui des sept notes de musique. Et enfin, comme la spirale ne cessait de se déployer et qu'ils aimaient passionnément leur père, les mots propres à nommer tous les morceaux du poulet, du mouton, du cochon et du boeuf.
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Bifteck de
Martin Provost
Elles travaillaient aussi dur que leurs frères.Pourtant aucune fatigue ne transparaissait sur leur visage.Seulement la paix et le bonheur d'être en vie.Quand il se sentit plein de cette vision qui donnait tout son sens à son existence,André se coucha parmi ses petits,attirant à lui les sept corps endormis qui se refermèrent sur son corps comme les pétales d'une même fleur.Il s'endormit vite,noyé par la tendresse.
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