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Les bourgeois de minerve de
Maryse Rouy
Le corps décharné qui gisait sur la terre battue ne laissait aucun doute sur son état. Crâne tonsuré, cape noire sur une robe blanche, pieds nus dans des sandales : c’était un frère prêcheur. Tous les habitants du quartier, consternés, entouraient son cadavre. Personne ne les avait avertis de la venue d’un dominicain, mais il était là, à côté du puits, et il était mort. Pour le malheur des Minervois, il portait sur son crâne la trace du coup qui lui avait ôté la vie.
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Une Jeune Femme en Guerre T 02 Printemps 1944 Ete 1945 de
Maryse Rouy
Assise à la table de toilette qui lui servait de bureau, elle écrivit à Jacinthe. En arrivant, elle lui avait envoyé une carte pour lui dire qu'elle allait bien, mais là, ce serait une vraie lettre dans laquelle elle confierait à son amie ce qu'elle avait vécu ces derniers jours.
Tout y passa : l'animosité de Juteau, la gentillesse superficielle de Pujol, le sale travail de Mario, la misère de Naples, les femmes aux abois qui ne savaient plus comment empêcher leurs enfants de mourir de faim. La guerre, telle qu'à Montréal on ne pouvait pas l'imaginer. De l'autre côté de l'Atlantique, on croyait subir des privations parce que l'on n'avait ni sucre ni thé ni logements en suffisance, mais la plupart des gens travaillaient et mangeaient. Quand elle eut rempli cinq pages serrées, Lucie se sentit mieux.
Alors, elle glissa sa lettre au fond du classeur où elle rangeait ses planches-contact, prit une nouvelle feuille et écrivit : Chère Jacinthe, je suis à Naples depuis presque une semaine et tout va bien.
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Une Jeune Femme en Guerre T 01 Ete 1943 Printemps 1944 de
Maryse Rouy
Quand Lucie s'éveilla, elle avait peine à croire qu'elle avait enfin les vingt et un ans tant espérés. Elle était majeure. Elle avait un
emploi, un domicile personnel - peut-être - et, grâce à son frère, la sécurité financière. Elle allait pouvoir s'affranchir de son père. Il ne s'y attendait pas, le choc serait rude. Et amplement mérité. Elle se voyait en train de lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur, un moment d'intense jubilation dont elle savait qu'il resterait à l'état de fantasme : dès qu'il connaîtrait ses desseins, ce serait lui qui parlerait, et la violence du ton, qui soutiendrait celle des paroles, serait suffisante pour la faire taire. Mais ce serait la dernière fois.
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