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Par de, le 03/08/2012
Mathieu Larnaudie
C'EST D'ABORD UNE SIMPLE IMAGE, survenue à la lecture de je ne sais plus quel quotidien, à la rubrique des faits divers : l’ombre d’un viaduc qui s’étend sur une vallée, et de ce viaduc des corps qui tombent. Des corps mystérieux, muets, ou plutôt dont le cri ultime tient lieu de toute parole.
C’est ensuite, comme venant s’enrouler autour de cette première image, une autre ombre : celle des tribuns derrière lesquels se cachent les artisans anonymes d’une parole, celle-ci, codée à l’extrême, patinée par l’opinion, conçue pour convaincre – l’inverse d’un cri. Le métier de “plume” est mal connu : par essence, les auteurs de discours politiques sont voués à l’effacement, à la discrétion. Cette position paradoxale m’a toujours intrigué : comment se fabrique le discours politique ? Comment s’incarne ou se désincarne-t-il ? Surtout, je me suis étonné que cette position n’ait, à ma connaissance, jamais été vraiment représentée et questionnée dans la littérature – sans doute parce que ce discours fait un usage de la langue qui se situe précisément aux antipodes de ce que cherche la littérature : ce sont deux idées irréconciliables du langage, de ses pouvoirs ; deux idées irréconciliables, aussi, de ce qu’on appelle un “auteur”. C’est peut-être cela même que le roman explore : cette impossible réconciliation. C’est, en tout cas, un théâtre où les ombres se hantent les unes les autres, où les fantômes du passé apparaissent à la télévision, et où les fantômes qui s’accumulent au pied du viaduc leur font un écho sourd, morbide et burlesque.
Dans Les effondrés, j’évoquais la crise d’un discours idéologique : celui que la crise financière de 2008 a brutalement remis en cause. Le récit était en prise directe sur l’actualité. Au moment où paraît Acharnement, en France en 2012, nos esprits résonnent encore des paroles qui ont animé la campagne présidentielle. J’avais commencé le livre avant, je l’ai fini pendant. Il me plaît de croire que l’on peut y trouver quelques traces de cette récente actualité et d’acteurs de notre histoire politique récente.
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Les Effondrés de
Mathieu Larnaudie
ainsi, tandis qu'ils avaient cru - comme comme si ce qui modèle les sociétés n'était pas l'oeuvre humaine, n'était pas le corpus des options, des actes, des décisions prises par une communauté, comme si quelque chose comme ce qu'on appelle a politique n'existait donc pas - que la concorde supposée, l'harmonie entre leur ordre et le mouvement incorruptible et éternel de l'univers ( leur ordre étant seul propice à s'accorder à l'univers), c'est-à-dire l'efficacité du système, résidait dans la conviction inattaquable que cet ordre était une émanation de la nature même, et que celle-ci l'avait disposé, qu'il lui était immanent, ils découvrirent que ce qu'ils avaient pris pour une règle spontanée, une naturalité économique - réalisant l'alliance entre le cheminement vertueux sur la voie du bien commun et l'inéluctable férocité qui caractérise les lois de l'évolution en quoi consiste, pour eux, l'idée de nature - n'était finalement que l'une des versions possibles et très imparfaite, et vulnérable, des grandes orientations ou modalités qui impulsent et agencent une civilisation. (p.19)
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Les Effondrés de
Mathieu Larnaudie
(...) et se drapant dès lors, dans l'affliction de circonstances qui eussent été l'affirmation rétrospective et paradoxale de leur pouvoir, se donnant le beau rôle dans cette dramaturgie quand ils auraient dû, au contraire, sous la poussée de l'évidence comme d'une fièvre, sous la contrainte acérée des faits, reconnaître la parfaite inanité interchangeable, révocable de leur position, la vacuité de leur mystique bizarre, et qu'aucun d'entre eux ne pourrait plus se targuer d'avoir eu sa part de volonté, sa capacité d'affirmation dans un jeu qui leur avait échappé (..) (p.18)
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