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Par Sesheta, le 09/06/2008
Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
Il y avait à peine cinq minutes que la cloche du couvent sonnait, et déjà la foule se pressait dans l’église des Capucins. N’allez pas croire que cette affluence eût la dévotion pour cause, ou la soif de s’instruire. Ce n’étaient là que de rares exceptions : dans une ville telle que Madrid, où la superstition règne en despote, on chercherait inutilement la vraie piété. L’auditoire assemblé dans l’église des Capucins y était attiré par des raisons diverses, mais toutes étrangères au motif ostensible. Les femmes venaient pour se montrer, les hommes pour voir les femmes : ceux-ci par curiosité d’entendre un si fameux prédicateur ; ceux-là faute de meilleure distraction avant l’heure de la comédie ; d’autres encore, parce qu’on leur avait assuré qu’il n’était pas possible de trouver des places dans l’église ; enfin la moitié de Madrid était venue dans l’espoir d’y rencontrer l’autre. Les seules personnes qui eussent réellement envie d’entendre le sermon, étaient quelques dévotes surannées, et une demi-douzaine de prédicateurs rivaux, bien déterminés à le critiquer et à le tourner en ridicule. Quant au reste des assistants, le sermon aurait pu être supprimé sans qu’ils fussent désappointés, et même très probablement sans qu’ils s’aperçussent de la suppression.
Quoi qu’il en soit, il est certain du moins que jamais l’église des Capucins n’avait reçu une plus nombreuse assemblée. Tous les coins étaient remplis, tous les sièges étaient occupés ; même les statues qui décoraient les longues galeries avaient été mises à contribution : des enfants s’étaient suspendus aux ailes des chérubins ; saint François et saint Marc portaient chacun un spectateur sur leurs épaules, et sainte-Agathe se trouvait avoir double charge. Aussi, malgré toute leur diligence, nos deux nouvelles venues, en entrant dans l’église, eurent beau regarder alentour : pas une place.
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Par Couperine, le 22/05/2010
Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
Les premiers transports étaient passés; les désirs d’Ambrosio étaient assouvis. Le plaisir avait fui, remplacé par la honte. Confus et épouvanté de sa faiblesse, le moine s’arracha des bras de Mathilde; son parjure se présentait devant lui : il réfléchissait à l’acte qu’il venait de commettre, et tremblait aux conséquences d’une découverte; il envisageait l’avenir avec horreur; son coeur était découragé, envahi par la satiété et le dégoût; il évitait les yeux de sa complice. Un sombre silence régnait, pendant lequel tous deux paraissaient en proie à de pénibles pensées.
Mathilde fut la première à le rompre. Elle prit doucement la main du moine, et la pressa sur ses lèvres brûlantes.
— Ambrosio! murmura-t-elle d’une voix tendre et tremblante.
Le prieur tressaillit à ce son : il tourna les yeux sur Mathilde; elle avait les siens remplis de larmes; sa joue était couverte de rougeurs, et ses regards suppliants semblaient lui demander grâce.
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Par Couperine, le 25/05/2010
Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
Comme elles arrivaient devant chez elles, une foule gesticulante et pressée les empêcha d’atteindre leur porte. Elles gagnèrent le trottoir opposé et se haussèrent sur la pointe des pieds pour essayer de discerner l’obstacle qui les empêchait ainsi d’avancer.
Une femme d’une taille gigantesque, et si grande qu’on l’eût dit montée sur des échasses, tournait comme un derviche au milieu d’un cercle de gens éberlués. Son teint avait la couleur du bronze noir, ses regards étaient amers et perçants. Entre chacune de ses séries de tours, elle s’arrêtait et traçait sur la terre des signes compliqués au moyen d’une longue baguette de bois noir.
Quant à son costume, il était proprement incompréhensible. Il tenait de l’homme et du prêtre. Des étoffes multicolores le composaient, arrangées avec un goût étrange, mais certain. On n’aurait pas su lui donner d’âge, et son visage dégageait une impression de beauté indéchiffrable s’apparentant, à travers les siècles, à des types maintenant oubliés.
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Par latina, le 02/08/2011
Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
L'horloge du clocher voisin sonna "une heure". Je sentis un frisson soudain se répandre sur mon corps. Je tremblais sans savoir pourquoi; des gouttes froides me coulaient du front et mes cheveux se hérissaient de frayeur. Tout à coup, j'entendis des pas lents et lourds monter l'escalier. Involontairement, je me mis sur mon séant et je tirai le rideau du lit. Une simple veilleuse, brûlant sur le foyer, jetait une faible lueur dans la chambre. La porte s'ouvrit avec violence; une figure entra, et s'approcha de mon lit d'un pas solennel et mesuré. Tremblant de crainte, j'examinai ce visiteur nocturne. Dieu tout-puissant ! c'était la nonne sanglante ! (...) Je contemplais le spectre avec une horreur trop grande pour être décrite; mon sang était gelé dans mes veines. Je voulus appeler au secours, mais le son expira sur mes lèvres. Mes nerfs étaient comme garrottés dans une complète impuissance, et je restai dans la même attitude, inanimé comme une statue.
Le fantôme de la nonne me considéra quelques minutes en silence; il y avait quelque chose de pétrifiant dans son regard. Enfin, d'une voix sourde et sépulcrale, elle prononça les paroles suivantes :
"Raymond ! Raymond ! tu es à moi ! Raymond ! Raymond ! Tant que le sang coulera dans tes veines, je suis à toi !"
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Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
Les mêmes visions excitantes flottaient devant ses yeux : Mathilda, dans tout l'éclat de sa beauté, chaude, tendre, lascive, le pressait centre son coeur, et lui prodiguait les plus ardentes caresses. Il les rendait avec non moins d'ardeur, et déjà il était sur le point de satisfaire ses désirs; lorsque la forme infidèle disparut et le laissa en proie à toutes les horreurs de sa honte et du désapointement.
-Sentez ce coeur mon père ! Il est encore le siège de l'honneur, de la candeur, de la chasteté; s'il bat demain, il tombera en proie aux plus noirs forfaits. Oh ! laissez-moi donc mourir tandis que je mérite encore les lares des hommes vertueux.
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Par Aela, le 14/02/2011
Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
Le château que j'avais sous les yeux formait un spectacle effrayant et pittoresque à la fois. Ses murs imposants, teintés par la lune d'une lumière solennelle; ses vieilles tours, à moitié en ruines, qui s'élançaient vers les nuages et qui semblaient toiser les plaines alentour, ses hauts créneaux, recouverts de lierre; et ses portes ouvertes en honneur de l'hôte fantastique, m'emplissaient d'une horreur triste et respectueuse.
The castle, which stood full in my sight, formed an object equally awful and picturesque. Its ponderous walls, tinged by the moon with solemn brightness, its old and partly ruined towers, lifting themselves into the clouds,, and seeming to frown on the plains around them; its lofty battlements, overgrown with ivy; and folding gates, expanding in honour of the visionary inhabitant, made me sensible of a sad and reverential horror.
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Par Couperine, le 26/04/2010
Matthew Gregory Lewis
Reconduit par les moines jusqu’à la porte de sa cellule, le prieur les congédia en homme convaincu de sa supériorité, d’un air où l’apparence de l’humilité luttait contre la réalité de l’orgueil.
Il ne fut pas plus tôt seul, qu’il se livra sans contrainte aux enivrements de sa vanité ; en se rappelant l’enthousiasme que son sermon avait excité, son cœur s’enfla de joie, et son imagination lui présenta de splendides visions d’agrandissement.
— Quel autre que moi, pensait-il, a subi l’épreuve de la jeunesse, et n’a pas une seule tache sur la conscience ? Quel autre a dompté de violentes passions, un tempérament impétueux, et s’est soumis, dès l’aube de la vie, à une réclusion volontaire ? Je cherche en vain un tel homme ; je ne connais que moi qui sois capable d’une telle résolution. La religion ne peut pas se vanter d’un autre Ambrosio ! Maintenant que me reste-t-il à faire ? rien, que de veiller aussi soigneusement sur la conduite de mes frères que j’ai veillé sur la mienne. Mais quoi ! ne puis-je être détourné de ces sentiers que j’ai suivis jusqu’ici sans m’égarer un instant ? Ne suis-je pas un homme, et comme tel, de nature fragile, et enclin à l’erreur ? Il faut à présent que j’abandonne la solitude de ma retraite ; les plus nobles et les plus belles dames de Madrid se présentent continuellement au monastère, et ne veulent pas d’autre confesseur ; je dois habituer mes yeux à des objets de tentation, et m’exposer aux tentations des sens. Si, dans ce monde où je suis forcé d’entrer, je rencontrais une femme adorable – adorable comme vous – belle madone !…
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Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
Je ne pouvais plus respirer d'épouvante en l'entendant répéter mes propres expressions.
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Par Aela, le 14/02/2011
Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
La belle endormie gisait à côté de trois cadavres en putréfaction. Un rouge vif, précurseur de la vie renaissante, avait déjà envahi ses joues; enveloppée dans un linceul, couchée sur sa bière, elle semblait sourire aux objets funestes qui l'entouraient. En regardant ces ossements rongés et ces corps répugnants, qui jadis sans doute avaient été pleins de charme et de beauté, Ambrosino pensa à Elvira, réduite par lui au même état. Au moment où le souvenir de cet acte effroyable lui revint, il fut pris d'une sombre horreur: mais cela ne servit qu'à le conforter dans sa résolution de détruire l'honneur d'Antonia.
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Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
A cet appel fait à leur politesse par une voix de femme, ils suspendirent leur conversation pour regarder qui parlait. (...) Ses cheveux étaient roux et elle louchait. Les cavaliers se retournèrent et reprirent leur conversation.
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Le Moine de
Matthew Gregory Lewis
Dans de telles dispositions, jugez si je pouvais voir avec un autre sentiment que le dégoût, les vices, la dissipation et l'ignorance que déshonorent notre jeunesse espagnole. Je rejetais chaque offre avec un dédain, mon coeur resta sans maître jusqu'à ce que le hasard me conduisît dans la cathédrale des Capucins. [...] Ce fut alors que je vous vis pour la première fois : vous remplaciez le supérieur, qui était malade. Vous n'avez pu oublier le vif enthousiasme qu'excitea votre sermon. Oh ! Comme j'étais attentive à vos paroles ! comme votre éloquence m'enlevait à terre ! J'osais à peine respirer, craignant de perdre une syllabe et tandis que vous parmiez, il me sembalit qu'une auréole de gloire luisait autour de votre tête, et que votre visage resplendissait de la majesté d'un dieu.