Note moyenne : /5 (sur 23 notes)
C`est en fait la partie Irlandaise qui a déterminé notre choix de la période historique. J`avais 16 ans en 1981, à l`époque du bras de fer qui a opposé Maggie Thatcher à Bobby Sands et aux autres grévistes de la faim de l`IRA. On ne parlait que de ça, dans le monde entier, mais ça m`avait choqué de voir que cela semblait susciter plus de passions à Paris qu`à Dublin, et de la maison familiale à Dun Laoghaire, je suis monté à Belfast voir de mes yeux ce qui ce passait. Ce que j`y ai vu en juillet 81 restera gravé dans ma mémoire à jamais, et quand nous avons décidé, mon compère Corse, Frédéric Bertocchini et moi d`écrire «Libera Me », nous avons choisi ces événements forts comme points d`ancrage du récit. Ensuite il se trouvait que cela correspondait en Corse au moment de l`élection de Mitterrand qui proposait dans son programme de doter l`île d`un « statut particulier », suscitant ainsi bien des espoirs puis des déconvenues. C`est une période que Frédéric, bien que plus jeune que moi, a vécu tout aussi intensément, en tant que fils de deux figures de proue du journalisme Corse qui ont couvert les événements de l`époque.
Ce sont des souvenirs qui remontent à plus de 30 ans maintenant, et puis les yeux de l`adolescent et de l`enfant que nous étions n`avaient pas l`objectivité de notre regard d`adultes. Notre mémoire nous a permis de transmettre l`ambiance de cette époque qu`aucun document d`archive ne peut réellement restituer. En revanche, si nous nous étions contentés de cela, cela aurait donné un récit personnel sans plus de portée qu`un journal. Or nous avons voulu compléter cette mémoire affective par un travail de documentation auquel nous prédisposaient nos doubles formations respectives d`archéologue et d`historien. Bref, nous nous sommes effectivement replongés dans les archives avec avidité. Je dois également préciser que nous sommes tous deux journalistes et que notre pratique de ce métier n`a fait que renforcer l`importance de vérifier nos sources. Et pour finir sur ce point, je ne me suis pas contenté de fréquenter les bibliothèques ou de surfer sur Internet, puisque je suis retourné à Belfast avant d`écrire… Et Halloween 2009 dans cette ville qui a l`énergie créative d`une nouvelle Barcelone, avec le « craic », la joie de vivre Irlandaise en plus, reste un souvenir magique.
Oui. le fait que les Irlandais et les Corses aient une histoire semblable marquée par la lutte pour l`indépendance, n`est pas un hasard. Je dirais que ce n`est même pas la conséquence du rattachement forcé à une puissance majeure, l`Angleterre et la France respectivement, mais cela résulte surtout de leur point commun premier qui est l`insularité, et qui définit les peuples Corse et Irlandais avant tout le reste. du fait d`être des îliens découle un sentiment particulier d`attachement à la terre, à la langue et à la communauté, à un ensemble finement tissé de liens socio culturels que même la séparation de l`exil ne parvient à effacer. Il suffit de voir pour les deux peuples, la manière dont les membres de la diaspora se réclament de leurs îles d`origine, avec parfois même plus de force que ceux qui sont restés. de ce fait, un Corse et un Irlandais partagent d`emblée des valeurs et des réflexes insulaires, sont à même de saisir intuitivement les codes les uns des autres, puis de s`entendre et d`échanger. Entre Frédéric et moi, cet échange s`est fait sur le plan culturel et amical, entre nos deux héros, François-Marie et Liam, c`est passé par la lutte armée et la clandestinité. Je crois que la raison pour laquelle notre bd rencontre un tel succès en Corse, dès son lancement, réside dans le fait que ce croisement de Destins, qui pourrait paraître un artifice scénaristique improbable ailleurs, est perçu comme étant culturellement crédible dans l`île de beauté. Sur un plan personnel, je le constate au quotidien, non seulement au travers de l`amitié avec Frédéric, mais aussi parce que j`ai épousé une Corse et que, intégré dans son village depuis bientôt plus de 30 ans, je bénéficie du statut particulier « d`Irlandais » …
C`est un point sensible car la réalité complexe de l`indépendantisme Corse est mal comprise par les médias depuis des années, et donc livrée au grand public français sans décodage, et pire, en étant quasi systématiquement déformée. Je conçois que le sensationnalisme fasse vendre plus de journaux et génère de l`audimat, mais cela n`arrange quand même pas la perception des lecteurset spectateurs Français. Sérieusement, quand je vois la vision que même certains de mes collègues de l`Education Nationale, (qu`on ne peut pourtant pas qualifier d`incultes), ont de la Corse, on croirait qu`Ajaccio c`est Chicago, et que le vacancier lambda risque de s`y faire descendre à chaque coin de rue ! Il faut arrêter ! Même les media Britanniques ont fait de légers progrès sur la présentation rétrospective des Troubles Irlandais le mérite en revenant, je pense, à des metteurs en scène Anglais comme Ken Loach, Steve McQueen et surtout Paul Greengrass. Ce dernier, avant qu`Hollywood ne l`appelle pour réaliser deux des blockbusters Jason Bourne, a livré le superbe film « Bloody Sunday » qui a été le déclencheur de la nouvelle enquête officielle sur le drame de 1972, débouchant le 15 Juin 2010 sur les excuses tout aussi officielles prononcées par le premier ministre anglais David Cameron. Il faudrait peut-être un Greengrass Français pour décrypter la situation en Corse !
Cela étant posé, tout n`est pas rose, loin s`en faut, et c`est évident, dans l`histoire de l`indépendantisme des deux îles. « Libera Me » est tout sauf une apologie de la lutte armée et de la clandestinité, et il n`a jamais été question, ni pour Frédéric ni pour moi de les idéaliser. Notre solution pour naviguer entre le Charybde de la caricature et le Scylla de l`idéalisation a consisté à clairement mettre en scène des salauds dans chaque camp. Nos Francis en Corse et Gary en Irlande sont des excités de la gâchette xénophobes qui prennent le combat indépendantiste comme pur prétexte pour se livrer à des actes de violence et de vandalisme qui seraient autrement réprouvés par la communauté. Ils ont la conscience politique et l`humanisme d`un mulot, et viennent incarner ces cas d`opportunistes isolés qu`on retrouve dans tous les mouvements autonomistes de la terre et qui font parfois plus de mal à leur cause que toute l`armée d`en face. Inversement, notre personnage Ian, de la Special Branch Anglaise qui traque les membres de l`IRA, est un type bien, un enquêteur intelligent et un flic intègre. En Corse, dès la séquence d`ouverture du tome 1, notre personnage de Brigadier est dur mais juste. Enfin, nous ne ménageons guère nos deux héros eux-mêmes, qui, s`ils avaient des illusions au départ, ne vont pas les conserver longtemps.
Avec plaisir, car cette co-écriture, un exercice périlleux dans lequel nous avons l`un et l`autre pu connaître des échecs ou au moins des succès mitigés par le passé, s`est révélé être une formidable expérience scénaristique et humaine. Nous nous étions partagés les rôles de la manière suivante : Frédéric devait écrire les séquences se déroulant en Corse, et moi celles se passant en Irlande, et c`est en gros ce qui s`est passé, sauf qu`avec notre histoire de destins croisés, lorsqu`il s`est agi de décrire les réactions d`un Corse réfugié en Irlande et d`un Irlandais arrivé en Corse, chacun a dû consulter l`autre pour ne pas faire d`impair, et nous avons ainsi commencé à faire des incursions sur le terrain de l`autre. Cet échange en bonne intelligence a bien enrichi chaque partie, et à mené à une harmonisation de l`ensemble qui fait que le lecteur ne connaissant pas notre méthode aurait probablement du mal à savoir qui a écrit quoi. Notre collaboration ne pouvait franchement pas mieux se passer, et cette atmosphère d`émulation sympathique s`est étendue à la relation professionnelle et amicale avec notre dessinateur Michel Espinosa et notre coloriste Pascal Nino. Preuve de notre entente, nous faisons désormais tous les quatre partie d`une association d`auteurs de bd passionnés et ne se prenant pas au sérieux : l`Académie des Furieux de la bd. Pour l`anecdote, c`est Michel qui nous a traités de « furieux » à sa première lecture de notre scénario de « Ribelli », et le grand al Coutelis qui a rajouté le terme « Académie » pour directement signifier par l`exagération ironique qu`on n`avait pas la grosse tête ! Vous pouvez nous trouver et découvrir le reste de la bande sur le blog : http://academie-des-furieux.blogspot.fr/
Des spoilers, pas question (rires) ! Nous ne livrerons pas de détails sur les péripéties mais disons simplement que la situation déjà compliquée de nos héros ne va pas trop s`arranger et que leurs consciences vont être tiraillées dans tous les sens. Nous faisons un bond temporel pour nous retrouver en 1987, période bien plus trouble que l`âge d`or pour les mouvements indépendantistes que constituait 1981, et nos héros vont être confrontés au côté très obscur de la lutte indépendantiste. En cela, nous sommes raccords avec l`histoire, et la manière dont Frédéric et moi l`avons vécue.
Pour ne prendre que l`exemple de l`Irlande et mon expérience personnelle, ce qui avait frappé mon imaginaire d`ado de 16 ans en 1981, c`était que Bobby Sands et les autres grévistes de la faim opposés à Margaret Thatcher, n`étaient pas juste capables de tuer pour leurs idées, (ce qui n`est ni glorieux, ni tellement difficile pour peu qu`on soit à même de passer à l`acte), mais qu`ils étaient prêts à mourir pour elles, un geste militant bien plus exigeant et noble, surtout quand la méthode choisie implique une longue agonie quotidienne. Je vais probablement choquer des lecteurs, mais pour moi, 81 était un peu un moment du conflit Irlandais analogue à la seconde guerre mondiale dans le sens où les bons et les méchants étaient clairement définis, Alliés contre Nazis, il n`y avait pas photo, pas plus pour moi que les Hunger Strikers contre la dame de Fer. En revanche, Enniskillen en 1987, et les autres attentats avortés ou non qui ont suivi, constituent pour moi un moment où l`action militante s`est avérée indéfendable. Jamais je ne cautionnerai l`action de militants capables de considérer que des civils et surtout des enfants, même marchant à la parade, puissent un jour constituer des cibles légitimes. Jamais ! Une très grande majorité d`Irlandais ont crié leur indignation face à ces attentats, (on peut voir Bono, le chanteur de U2, alors en concert aux USA, les dénoncer publiquementdans le documentaire « Rattle and hum » juste avant d`entonner son « Sunday, Bloody Sunday »). D`ailleurs le Sinn Fein a immédiatement et fermement condamné ces actions, suivi de très peu par le haut commandement de l`IRA qui, dans une déclaration, s`est totalement désolidarisé de cette terrible initiative d`une de ses cellules.
Malgré tout, et nous insistons sur ce point, Frédéric et moi, « Libera Me », et c`est vrai dans ce premier tome comme dans les suivants, reste un thriller politique avec un arrière-plan historique, et en aucun cas, un ouvrage partisan ou didactique. Il n`y a pas de clés à trouver en ce qui concerne les héros ou les autres personnages principaux. Toute ressemblance, etc... C`est une bd qui vise avant tout à divertir. Si elle peut au passage, encourager le lecteur à exercer son esprit critique vis à vis du contexte historique, tant mieux, mais nous n`avons pas de leçon à donner et n`entendons influencer personne. Notre rôle de scénaristes est de susciter des interrogations et de la curiosité, pas d`asséner des réponses, et notre but premier est de tenir le lecteur en haleine si nous le pouvons…
C`est étrange, car c`est J.R.R. Tolkien qui a décidé de ma vocation, et pourtant, mis à part mon travail de rédacteur sur le « Codex de Troy », un guide sur l`univers de « Lanfeust » (signé sous le pseudo de Tullamore), je n`ai pas, jusqu`à présent en tout cas, écrit de fantasy. Et le livre n`était pas « Le Seigneur des anneaux » mais son « Bilbo le Hobbit » que j`ai lu à l`âge de 7 ans. Cela reste une merveilleuse aventure dans laquelle, en raison de la taille du Hobbit, les enfants peuvent totalement s`identifier à Bilbo, où chaque personnage paraît vivant et dontl`écriture est tellement immersive qu`elle a dû inspirer tous les ouvrages portant la mention « le livre dont vous êtes le héros ».J`ai hâte de voir l`adaptation cinématographique de Peter Jackson qui avait réussi un miracle avec sa trilogie.
J`en vois plusieurs mais mon expérience la plus récente m`a confronté au génie du mangaka Naoki Urasawa. Lorsque j`ai lu d`un trait les 18 tomes de sa série noire « Monster », je suis revenu à moi tiraillé par un conflit intérieur : j`étais un lecteur ravi et un scénariste désespéré. Il m`a fallu une semaine pour m`en remettre, mais, en levant mes yeux sur la barre désormais placée à une hauteur de gratte-ciel, je me suis remis au boulot.
J`ai réellement découvert ce que signifiait la littérature et l`acte d`écrire à 16 ans, le jour où, lassé de m`entendre râler à l`encontre de François Mauriac, dont je devais lire une œuvre au programme, et dont je disais qu`il était un nul qu`on n`aurait jamais dû laisser à portée d`une machine à écrire ou d`un stylo, mon pèrem`a pris des mains le « Thérèse Desqueyroux », et me l`a décortiqué pendant trois heures. Ce fut une explication de texte telle qu`on en a rarement au lycée hélas, une autopsie littéraire passionnée et patiente, dévoilant l`écorché, le squelette et jusqu`à chaque minuscule micron de matière grise de l`oeuvre. Sous mes yeux ébahis, mon père m`a révélé chacun des petits rouages que François Mauriac, ce grand horloger de l`écriture – puisse-t-il pardonner mon ignorance initiale ! – avait mis en place pour captiver son lecteur. J`ai découvert une œuvre où chaque mot avait son importance, et avait été délibérément placé à l`endroit idéal pour que la magie de la lecture puisse opérer...
La littérature constituant mon remède face à la déprime, cela doit se jouer entre les romans de PG. Wodehouse, les polars de la série « Dortmunder » de Donald E. Westlake ou des « Spenser » de Robert B. Parker, et les romans ou comic strips de la « Modesty Blaise » de Peter O`Donnell. Quand je dis que je ne m`en lasse pas, j`entends par là que je les ai relus entre une vingtaine et une quarantaine de fois !
Pendant très longtemps, ce fut « Ulysse » de Jmaes Joyce, car c`est non seulement l`œuvre phare de la littérature Irlandaise moderne et une référence littéraire universelle, mais en plus mon professeur de père en était l`un des spécialistes reconnus, et je n`osais pas, de peur de décevoir mon Henry Jones Sr à moi (rires), lire et donc devoir commenter son Saint Graal. Puis un jour, je me suis décidé, et ce fut une libération. Autrement, à présent que j`ai moins le temps de lire, j`ai honte de ne pas avoir lu absolument tous les livres qui ont pu susciter l`intérêt de me contemporains…
Je constate avec désarroi que certains superbes romans anglophones ne sont toujours pas traduits et publiés en français. Parmi eux, je citerais les polars « Cold Spot » et « The Coldest Mile » de Tom Piccirilli. A se procurer d`urgence dès leur arrivée en vf ! Autrement, je recommanderais à la fois le « Pris dans la glu » de Donald E Westlake et la nouvelle précisément intitulée « La Perle » de John Steinbeck injustement oubliée des programmes scolaires…
« /livres/La-Fayette-La-Princesse-de-Cleves/8747 ». Non seulement on me l`a infligé au lycée, mais il a fallu que je me le farcisse à nouveau en hypokhâgne ! Ca n`est même pas le fait que ce livre soit profondément ennuyeux à lire. Les romans de Balzac peuvent l`être aussi, mais force est de reconnaître que c`est superbement écrit. Et je sais bien que la Princesse de Clèves a précisément influencé Balzac, qu`il est le pionnier du roman d`analyse, etc, mais pour moi, le lire a été une torture suscitant des rêves d`autodafé, et je n`infligerais sa lecture qu`à mon pire ennemi
Plusieurs, mais curieusement puisqu`il faut n`en citer qu`une, celle qui me correspond le plus provient d`un écrivain que je n`ai pas beaucoup lu. En revanche, quelle intuition ! Il s`agit de Paulo Coelho dans « L`alchimiste ».
« Si vous écoutez votre cœur, vous savez précisément ce que vous avez à faire sur terre. Enfant, nous avons tous su. Mais parce que nous avons peur d`être désappointé, peur de ne pas réussir à réaliser notre rêve, nous n`écoutons plus notre cœur. Ceci dit, il est normal de nous éloigner à un moment ou à un autre de notre Légende Personnelle. Ce n`est pas grave car, à plusieurs reprises, la vie nous donne la possibilité de recoller à cette trajectoire idéale »
En dehors des ouvrages que je lis pour des raisons professionnelles, je suis un lecteur vorace et pléthorique, toujours à lire plusieurs bouquins en même temps. En ce moment sur ma table de chevet ou dans ma sacoche se croisent donc: «The Shock Doctrine » de Naomi Klein, la bd addictive « Cross Fire, Tome 6 : Rien que pour vos dieux » de JL Sala et PM Chan, « Homo Sampler » (culture et consommation à l`ère after pop) de Eloy Fernandez Porta, « Under the Dome » du maître Stephen King, et enfin « Zone est » de l`ami Marin Ledun qui ne cesse de m`épater !

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