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Par magdala, le 21/05/2012
Michel Leiris. Haut mal : . Suivi de Autres lancers. Préface d'Alain Jouffroy de
Michel Leiris
un gentleman avec une barbe de quinze jours
est ce encore un gentleman ?
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L'âge d'homme de
Michel Leiris
Une des grandes énigmes de mes premières années, en dehors de l'énigme de la naissance, fut le mécanisme de la descente des jouets de Noël à travers la cheminée. J'échafaudais des raisonnements byzantins à propos des jouets trop grands pour pouvoir logiquement passer dans la cheminée, le Père Noël les ayant lâchés d'en haut. [...]
Lorsque j'appris que les enfants se formaient dans le ventre et que le mystère de Noël me fut révélé, il me sembla que j'accédais à une sorte de majorité [...]. Dès que je sus ce qu'était la grossesse, le problème de l'accouchement se posa pour moi d'une manière analogue à celle dont s'était posé le problème de la venue des jouets dans la cheminée : comment peuvent passer les jouets ? comment peuvent sortir les enfants ?
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Par chartel, le 21/11/2008
L'âge d'homme de
Michel Leiris
Je pensais que par l’usage lyrique des mots l’homme a le pouvoir de tout transmuer. J’accordais une importance prépondérante à l’imaginaire, substitut du réel et monde qu’il nous est loisible de créer. Le poète m’apparaissait comme un prédestiné, une manière de démiurge à qui il incombait d’effectuer cette vaste opération de transformation mentale d’un univers, vrai dans la seule mesure où l’on veut bien lui attribuer cette vérité.
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L'âge d'homme de
Michel Leiris
[...] j'ai toujours réagi par le même louche mélange de peur et de pitié devant tout ce qui relève du "fait divers", expression triviale de la fatalité. Je suis épouvanté, notamment, par les accidents de la rue, surtout les accidents - ou rixes - qui surviennent l'été (lorsqu'il fait beau et chaud, que les gens sont en sueur, les femmes en robes légères, bras nus ou décolletées) ou encore les jours de fête, lors des vacances, ou le dimanche (quand la foule revient de se promener), bref tout ce qu'on appelle "Noël sanglante", "14 juillet qui finit mal", "baignade tragique" ; les joies qui tournent à l'aigre (comme les trop grands rires d'enfance qui mènent forcément aux larmes, ou les périodes d'optimisme trop marqué dont l'inéluctable conclusion est un plongeon vertigineux dans le cafard), tout ce qui fait figure de "coup de tonnerre dans un ciel serein", d'apparition spectrale à la fin d'un banquet, de malheur surgissant alors que tout semblait si calme, telle la guerre éclatant en pleine prospérité ou la police chargeant une foule paisible, au moment le plus inattendu.
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L'âge d'homme de
Michel Leiris
Un souvenir bien moins précis, mais plus proprement maritime, que j'ai gardé est celui de mon premier retour d'Angleterre, alors que j'avais douze ans. Un orage éclata peu après que le bateau eut quitté Douvres, orage sec assez impressionnant, avec de longs roulements de tonnerre et une succession presque ininterrompue d'éclairs, sur tous les points de l'horizon ; il faisait extrêmement sombre et l'effet était d'autant plus saisissant qu'il n'y avait pas un souffle de vent et que malgré la lumière de tempête la mer restait d'un calme plat, ce qu'on appelle "une mer d'huile". Souvent j'ai raconté par la suite - et je suis bien incapable de dire aujourd'hui si c'était tout à fait faux - qu'au plus fort de l'orage un feu Saint-Elme s'était posé à la pointe d'un des mâts.
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L'âge d'homme de
Michel Leiris
Il m'apparaissait scandaleux que malgré la voix lugubre de cette cloche qui avait l'air de gémir et d'appeler au secours [...] un individu pût se complaire à des travaux de minéralogie, se traînant le long de la grève, marteau en main. Et, dans une certaine mesure, je m'identifiai à lui, attaché que je suis [...] à des travaux scientifiques que je juge mesquins, tandis qu'au cœur du monde comme au large de cette crique il y a quelque chose de si brûlant qui délire, qui crie tout seul, demandant simplement qu'on l'entende et qu'on ait assez de courage pour s'y dévouer tout entier.
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Par brigetoun, le 17/11/2011
Michel Leiris. Haut mal : . Suivi de Autres lancers. Préface d'Alain Jouffroy de
Michel Leiris
Ressac des misères aimées à la merci des mers,
en germe
ressuscitent les algues
aux bouches des rameurs couchés entre les lames ;
la débauche des écueils coupe l’ancre charnelle
malgré les alluvions d'îlots sanglants et de sanglots
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Par MonsieurO, le 12/11/2010
Michel Leiris
Je viens d'avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J'ai des cheveux châtains coupés court afin d'éviter qu'ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont: une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise (…); un front développé, plutôt bossué, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes (…). Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé; mon teint est coloré; j'ai honte d'une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante. Mes mains sont maigres, assez velues, avec des veines très dessinées; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d'assez faible ou d'assez fuyant dans mon caractère. Ma tête est plutôt grosse pour mon corps; j'ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut du corps incliné en avant; j'ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté; ma poitrine n'est pas très large et je n'ai guère de muscles. J'aime à me vêtir avec le maximum d'élégance; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure et de mes moyens qui, sans que je puisse me dire pauvre, sont plutôt limités, je me juge d'ordinaire profondément inélégant; j'ai horreur de me voir à l'improviste dans une glace car, faute de m'y être préparé, je me trouve à chaque fois d'une laideur humiliante
Michel Leiris, incipit de L'Age d'Homme (1939).
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Par chartel, le 21/11/2008
L'âge d'homme de
Michel Leiris
On peut objecter à ma manière de présenter les choses un certain arbitraire dans le choix des faits que je rapporte. J’ai déjà dit quelle attraction exerçait sur moi tout ce qui apparaît sous une couleur tragique et je n’y reviendrai pas. […] En admettant qu’il y entre de l’arbitraire, je ne vois pas ce que peut déceler la partialité d’un tel choix sinon, précisément, cette prédilection marquant la valeur exceptionnellement troublante qu’ont pour moi les histoires sanguinaires, et les formes montées sur tréteaux, chaussées de hauts cothurnes ou encaquées dans des masques grotesques.
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Par zazimuth, le 26/09/2010
Biffures de
Michel Leiris
Car pour celui qui écrit, toute la question est là : faire paser dans la tête ou dans le coeur d'autrui les concrétions -- jusque-là valables seulement pour lui -- déposées, par le présent ou le passé de sa vie, au fond de sa propre tête ou de son propre coeur ; communiquer, pour valoriser ; faire circuler, pour que la chose ainsi lancée aux autres vous revienne un peu plus prestigieuse... (p.20)