Critiques de Michel del Castillo


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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 01/12/2011


    La Religieuse de Madrigal La Religieuse de Madrigal de Michel del Castillo

    Au XVIème siècle, l’histoire d’Ana d’Autriche, fille bâtarde de Don Juan, le demi-frère du roi d’Espagne Philippe II.
    La petite Anna est enfermée dès sa sixième année au couvent de Madrigal où elle grandit cachée de tous.
    Adolescente, elle s’enivre des faits héroïques de Don Sébastien, le téméraire roi du Portugal, disparu sans laisser de traces.
    A la veille de prendre définitivement le voile, Ana se cabre, refuse le destin qu’on lui impose malgré elle, proteste, plaide pour sa liberté bafouée, rédigeant même une lettre au Saint-Père dans laquelle elle invoque les droits de sa personne.
    Mais aucune voix ne s’élèvera pour la défendre. Enfant illégitime, elle doit être cachée et n’a pas d’autre choix que de se soumettre à l’ordre social.
    Une brève éclaircie vient pourtant éclairer sa jeune vie. Un homme mystérieux se présente un jour à la porte du monastère ; il dit s’appeler Gabriel de Espinosa. Nul ne sait d’où il vient mais son allure, son maintien, son élocution trahissent une haute naissance. On prétend même qu’il serait en réalité Don Sébastien, le roi disparu du Portugal, celui-là même dont Ana rêvait lorsqu’elle était enfant.
    Entre eux naît une passion aussi soudaine que dévorante.
    Mais en ce siècle de convenances, un couple osant s’aimer dans l’enceinte d’un couvent, brave aussi le courroux de l’opinion publique…

    C’est une bien jolie histoire que nous conte ici Michel Del Castillo.
    L’originalité de cette œuvre intense, portée par une écriture volontairement dépouillée et subtilement poétique, vient de la façon qu’a l’auteur de se démarquer du roman historique traditionnel pour introduire sa propre histoire dans le récit et tenter de saisir la jeune Ana d’Autriche à travers le prisme de ses propres expériences, car lui aussi a connu le sentiment d’abandon et la solitude.
    Une fraternité se crée alors avec la jeune fille mise à l’écart, non désirée; fraternité d’orphelin qui partage sa détresse mais aussi sa réclusion forcée. Il parvient ainsi à nous faire approcher leur enfance à tous deux.
    De la sorte, c’est sur une partie de sa propre vie qu’il projette la lumière.
    Cette dimension autobiographique donne une force particulière au roman qui possède de surcroît un caractère symbolique puisqu’il révèle, dans une société fondée sur les castes, la situation des oubliés de l’Histoire et notamment les femmes.
    L’interrogation sur l’identité, thème qui traverse toutes les œuvres de l’auteur, est ici aussi effective, ainsi que les blessures d’enfance et la soif de liberté.

    Michel Del Castillo, grand écrivain à la production littéraire immense et souvent primée (Prix Méditerranée 2006 pour « Le Dictionnaire amoureux de l’Espagne ») est, comme il se plait à le souligner, « un enfant des mots » ; un homme dont l’histoire est aussi intense que les fictions qu’il nous donne à lire, un être abandonné qui aurait pu mal tourner s’il n’avait rencontré la littérature et le pouvoir des livres et des mots. Sa vie a été dure et il revient de loin. Son enfance, difficile, est digne d’un roman à rebondissements : chaos de la guerre, franquisme, abandon de la mère, misère des camps d’internement et maison de redressement…Et c’est dans cet enfer qu’il découvre la littérature qui va le sauver de l’indigence.
    C’est certainement pour cela que ses œuvres portent en elles une écriture vraie, sincère, en butte contre toutes les idéologies qui enferment les êtres dans les geôles étroites de leur conscience, et révèlent les sentiments authentiques de l’homme qui a connu la souffrance et aspire à un profond besoin de liberté.
    En se gardant de toute érudition inutile, l’auteur offre ainsi avec « La religieuse de Madrigal » un beau roman, inspiré et humain.

    Critique de qualité ? (18 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par letitbe, le 18/07/2009


    Tanguy Tanguy de Michel del Castillo

    L'auteur nous raconte son enfance. Obligé de quitter l'Espagne au moment de la guerre civile, réfugié en France, Tanguy va vivre l'abomination des camps de concentration, l'enfer d'une maison de redressement en Espagne et bien d'autres moments marquants. On ne peut qu'être sensible au parcours de cet enfant malmené par la vie et par les hommes. Un témoignage bouleversant écrit avec sobriété. A découvrir.

    Critique de qualité ? (8 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 01/01/2012


    La guitare. Recit La guitare. Recit de Michel del Castillo

    Il est des livres dont on sort ébloui, émerveillé… Cette œuvre de Michel del Castillo, « La Guitare » publiée en 1957 (la même année que Tanguy son premier roman) n’est pas de ceux là… On en sort ahuri, médusé…
    Il s’agit du récit d'une tranche de vie d'un nain difforme et repoussant, haï des siens mais qui cherche en vain à atteindre leur cœur. Riche de vingt fermes il tentera de les donner à ses métayers, à la mort de son père, contre reconnaissance en vain… Devant une telle ingratitude, il les reprendra toutes ces fermes, ainsi que les femmes des fermiers, et deviendra méchant, tel qu'il se plait à le dire, "un monstre» ; du moins c’est ainsi qu’on l’appellera désormais dans le voisinage, où tout le monde se détourne ou fuit sur son passage…
    Seul Jaïro, le guitariste Gitan de passage en Galice lui fera caresser l’espoir de toucher le cœur de ses « semblables » par la musique. Aussi, se fait-il violence, pendant un an , avec l’aide de Jaïro, pour atteindre un niveau compatible avec son grand projet : se produire en récital aux « Fêtes de l’Eau » organisées en hommage aux disparus en mer…
    Dans ce récit, le narrateur s'adresse à plusieurs reprises directement au lecteur, l’agresse… Ou lui explique qu’on ne peut comprendre la Galice qu’à la condition d’en être natif.
    Michel del Castillo alterne le violent (les agissements du et contre le nain ; on lapide ici, Monsieur, dans le cimetière) et le lyrique quand il décrit les paysages embrumés des rias de Galice, ou un accord de guitare.
    Quelle puissance, dans ce « petit » récit. Ahuri, vous dis-je…

    Critique de qualité ? (7 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 13/11/2011


    Mamita Mamita de Michel del Castillo

    Xavier est un très vieil homme. Au terme d’une longue existence, il revisite ses souvenirs et convoque les fantômes qui ont marqué son passé. Il y a Mamita, sa mère si belle et si mystérieuse, dont l’existence fut une longue suite de provocations, de perversités et de crimes. Il y a Marc, son compagnon que la maladie emportât dans une ultime ironie et qu’il ne cesse de pleurer. Souvent en proie à des crises d’angoisse paralysantes, Xavier se réfugie dans la musique pour apaiser ses tourments, alors qu’ils semblent naître de cette musique. « Peut-être est-ce sous le grand piano noir que les terreurs de l’homme avaient pris leurs racines. Parce qu’elle éclairait sans expliquer, la musique laissait dans l’ombre l’impénétrable épaisseur du monde. » (p. 20)
    Pianiste émérite et adulé, Xavier décide d’enregistrer l’intégrale de l’œuvre de Chopin. Pour ce faire, il quitte sa maison de Montmartre pour s’installer à Redwoods, sa demeure dans le Vermont. Dans la majestueuse solitude du très bel état américain, il travaille avec concentration à l’étude de l’œuvre du célèbre compositeur. « Il sut qu’il allait désormais se consacrer à l’étude attentive de Chopin. Ce serait sa manière de rejoindre Marc et de répondre à Mamita qui n’avait jamais su résister aux effusions les plus suspectes. » (p. 41) Par la musique, il tente de combler les silences, les non-dits et les incertitudes qui rongent son existence. Alors qu’il pourrait jouir d’une vieillesse bénie par une sérénité bienfaisante, Xavier ne cesse de courir après ses doutes et ses douleurs. « Depuis sa naissance, il était de nulle part, oublié, partie prenante au désordre de sa Mamita. » (p. 110) Ses nouveaux amis, la douce et fine Sarah et le jeune et beau Tim, désespèrent de le voir trouver la paix et fermer enfin la porte du passé.
    La musique et le piano sont des composantes fondamentales de la vie de Xavier. « Il l’avait souvent dit d’un ton d’ironique provocation : il était né sous un piano. » (p. 17) Et le piano, c’est ce qui le relie et le ramène depuis toujours à Mamita et à son enfance malmenée des années 1930 à la fin de la seconde guerre mondiale. Xavier se débat dans l’incertitude de ses sentiments et de ses souvenirs. Son enfance espagnole a-t-elle été un traumatisme ? Les fuites éperdues de Marseille à Paris et le retour à Madrid n’ont-ils pas été les meilleurs instants de sa vie, auprès de sa chère Mamita ? Alors que tout le monde s’accorde à dire que cette femme était un monstre, Xavier lui reste indéfectiblement et nourrit toujours pour elle un amour exclusif et dérangeant. À mesure que progressent les réminiscences, le portrait de Mamita se dévoile par couches successives et révèle le visage d’un montre adoré et honni.
    La première de couverture présente deux très belles mains blanches sur un piano noir et annonce une femme forcément superbe. La lecture nous fait découvrir une héroïne perverse et exaltée, en rupture avec la société et la morale. Opportuniste et calculatrice, Mamita ne laisse rien au hasard. « Rien, dans cette existence tumultueuse, ne pouvait être attribué à l’inconscience ou à la légèreté. Chaque forfait résultait d’un calcul. » (p. 291) Ses agissements pendant la révolution espagnole de 1936 ou au cours de la seconde guerre mondiale font d’elle une coupable sur tous les fronts. « Mamita était la fleur vénéneuse issue d’une époque corrompue. » (p. 146) Infidèle à ses propres et éphémères convictions, Mamita passe sans cesse d’un camp à l’autre dans le seul but d’assurer sa survie, négligeant l’enfant qu’elle trimballe comme un paquet trop encombrant, jusqu’au jour où elle prend la plus terrible des décisions.
    Le roman de Michel Del Castillo est pour le moins dérangeant. L’histoire de cette femme est à la fois fascinant et écœurant. La construction du récit rend à merveille les errements intérieurs de Xavier : les souvenirs se mêlent aux réflexions et aux peurs et l’on est entraîné dans les méandres d’un esprit tourmenté. C’est à la fois bouleversant et terrifiant.


    Lien : http://www.desgalipettesentreleslignes.fr/archives/2011/11/13/22478952.html

    Critique de qualité ? (7 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 14/11/2011


    L'adieu au siecle L'adieu au siecle de Michel del Castillo

    Journal de l’année commandé par Le Seuil, au même titre que celui de 1998 le fut à Philippe Sollers, celui de 2000 à Alain Minc, celui-ci, rédigé par Michel Del Castillo concerne l’année 1999. Au gré des jours, des rencontres, des événements, l’auteur nous relate l’année qui clos le siècle. Il nous livre états d'âme et dialogues culturels, souvenirs personnels et réflexions métaphysiques sous l’éclairage parfois brutal de l’actualité.
    En fait, et sous prétexte de la rédaction de ce journal, l’auteur ne cesse d’explorer sa propre histoire. Il mêle sa quête d’identité commencée avec « Tanguy », son premier roman, à l’amour des livres et des mots, à Dostoïevski, à Montaigne, à Dumas…Ce qui ne le dispense pas de commentaires parfois acerbes ou désabusés sur le monde et la manière dont il va.
    Plus qu’un banal journal, une « impossible quête ».

    Critique de qualité ? (5 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par Hindy, le 30/12/2010


    La nuit du décret La nuit du décret de Michel del Castillo

    Un livre magnifique, sombre et qui dérange. Plus un film sur la police qu'un roman policier.

    Critique de qualité ? (4 votes positifs)


    • Livres 3.00/5
    Par garnakh9, le 26/01/2009


    Le Temps de Franco Le Temps de Franco de Michel del Castillo

    Le premier mot qui vient à l’esprit quand on lit le récit (il ne veut pas parler de biographie) de Michel del Castillo, intitulé Le temps de franco, est « modération ». En effet l’écrivain espagnol, fils d’une mère républicaine ayant subit les affres du franquisme et lui-même opposant au Caudillo, essaie de dresser un portrait du dictateur le plus objectif possible, celui d’un militaire « chimiquement pur » (et non pas un fasciste au sens politique du terme), serviteur absolu de l’Etat, légaliste, engoncé dans les vieux principes conservateurs surannés d’une Espagne traditionnelle à la puissance perdue. Cet homme indécis et peu brillant, qui s’est révélé dans la guerre et les faits d’arme au Maroc, croit incarner l’Espagne à lui seul. C’est pourquoi tout est acceptable, selon lui...


    Lien : http://garnak.canalblog.com/archives/2009/01/26/12231032.html

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    • Livres 5.00/5
    Par Franck_naturellement, le 05/02/2009


    Le Temps de Franco Le Temps de Franco de Michel del Castillo

    S'engager en politique, c'est, à bien des égards, s'engager en religion.

    Il y a le dogme, et le catéchisme pour l'apprendre, il y a les rites, et il y a, surtout dans les partis traditionnels, la hiérarchie.
    A gauche, parmi les dogmes, sur lesquels nul ne saurait revenir sous peine d'excommunication, il y a "Franco = salaud" et, plus récemment, "Pinochet = ordure". J'avais commis naguère un billet où j'avais osé affirmer quelque chose comme "Pétain n'était pas Franco qui n'était pas Mussolini qui n'était pas Hitler". Non pour excuser quoi que ce soit, mais pour expliquer que l'on ne combattait pas un fasciste comme on combat un réactionnaire, tout simplement parce que les uns et les autres ne défendent pas le même programme.
    Cette démarche intellectuelle, aussi juste soit-elle, est inintelligible à gauche, tant tout à chacun est persuadé que, avant que Franco ne fasse son coup d'Etat en 1936, l'Espagne vivait dans la paix civile, sur le chemin de la démocratie parlementaire et de l'égalité sociale ; Franco, représentant des classes les plus réactionnaires, a commis son coup d'Etat dans le seul but de couper cours à une démocratie républicaine et d'établir un régime sanguinaire et fasciste. En ce sens il tient la comparaison à Hitler, qui l'a aidé à conquérir le pouvoir, même s'il reste permis de discuter des niveaux respectifs de bellicisme ou de soumission à l'ordre catholique.

    Sans m'être plus en avant penché sur l'histoire de la guerre civile en Espagne, ma culture générale "de gauche" était donc basée sur quelques lectures ou films vus, toujours montrant le point de vue républicain, parfois romancé, comme dans "Les Noces de Guernica" de Franck et Vautrin. Au pire de la critique apparaissait la division du camp républicain, les anarchistes étant combattus par les plus modérés dans les derniers temps, quand la République était de toute façon perdue.

    Le livre de Michel del Castillo, Le Temps de Franco, permettra d'ouvrir beaucoup d'yeux sur la réalité de l'Espagne de ces années-là, en expliquant, quitte à démolir la légende dorée de la République espagnole, comment un général sans charisme et sans envergure a pu prendre le pouvoir. Ce livre est d'autant plus précieux qu'il est celui d'un homme marqué par la guerre civile, ayant du fuir Madrid avec sa mère républicaine, interné en France et en Allemagne, puis devant subir l'humiliation d'un retour en Espagne franquiste, bref, il est celui d'un homme n'ayant "a priori" aucune tendresse à l'égard de Franco.

    Michel del Castillo n'est pas à sa première bio, puisqu'il a déjà réalisé celle de Colette. Sa méthode consiste à inscrire la personne dans son époque, pour montrer comment l'une influe l'autre, et inversement. Il ne se contente donc pas d'une description méthodique de l'enfance, des années formatrices de la jeunesse, de l'adulte dans son personnage public et de son intimité, mais il élargit la focale, pour nous montrer aussi l'air du temps.

    L'air du temps de l'Espagne lors de la naissance de Franco est celle d'un pays au glorieux passé, mais au présent terne, en plein marasme économique, perdant guerre coloniale sur guerre coloniale, avec un pouvoir monarchique incompétent, engonçant le pays dans le conservatisme social, avec quelques rares poussées violentes. Quand les paysans et les ouvriers, dans la France de la 3ème République, connaissent la pauvreté, ils connaissent la misère sous Alphonse III en Espagne.

    Né dans une famille de militaires, élevé dans une ville de garnison, dans un pays pauvre et conservateur, Franco est "chimiquement militaire" selon la formule relevée par del Castillo. Or dans cette Espagne lourdement catholique, la famille de Franco est désunie, son père vivant en couple avec une autre femme. Destiné à la carrière enviée d'officier de marine, comme son frère aîné, Franco voit l'académie navale fermer ses portes l'année où il devait y entrer. Nous ne sommes donc pas face à un homme qui a eu un destin tracé devant lui, un chemin emprunté sans embûche. Il ne doit sa carrière d'officier d'infanterie qu'à lui-même, sans aucun appui familial. Mais passons, le lecteur passionné par la carrière de Franco avant le coup d'Etat, ou la situation géopolitique de l'Espagne, pourra se reporter aux excellents billets de Wikipédia ou, mieux encore, au livre de del Castillo.

    Venons-en à l'homme d'Etat, à ces jours et ces années sans lesquelles le nom de Franco ne serait pas passé à la postérité en dehors des cercles des passionnés de la chose militaire.

    Contrairement à la légende dorée, donc, l'Espagne de la 2ème République n'est pas un havre de paix et de démocratie. La République est fondée en 1931, après des années de dictature de Primo de Rivera. Si elle est légitimée par tous - la bourgeoisie, dont Franco fait partie, ayant avant tout besoin d'un pouvoir stable et fort, ce que n'était plus la monarchie - la gauche fait la même erreur qu'en France en 1848 : l'installation de la République ne signifie pas l'adhésion de tous aux valeurs les plus progressistes, et des éléments les plus radicalisés aux règles de la démocratie bourgeoise.
    En laissant flamber des couvents, le premier gouvernement républicain, pourtant modéré, s'aliène la droite, loin d'être abattue par la chute de la monarchie ; faute de mettre en oeuvre une réforme agraire radicale, il mécontente une gauche extrême, composite, plutôt anarchiste (avec un vieux fond très chrétien) dans les milieux paysans, marxistes traditionnels dans les milieux ouvriers.
    En 1934, la droite emporte les élections législatives, mais se voit interdire de mener le gouvernement ; s'ensuit une période troublée, avec un Etat faible, incapable de maintenir l'ordre républicain, même si, à la demande du gouvernement légal, Franco réprime durement, à la tête de l'armée, un soulèvement ouvrier dans les Asturies. En 1936, une coalition de Front populaire emporte les élections, de façon étriquée, alors que la droite modérée se maintient, les fascistes de la phalange n'obtenant qu'une poignée de suffrages, et aucun élu. Au sein même de la coalition de gauche, les éléments les plus radicaux ne sont pas majoritaires aux Cortès, mais contrôlent le gouvernement. Pour aller au plus vite, un peu comme si le Modem d'un côté, et Michel Rocard de l'autre, emportaient à eux deux 60% des suffrages, mais que la coalition de gauche était menée par un Mélenchon contrôlé par des conseillers membres du NPA, le tout dans un climat de violences sociales et politiques effrénées.

    Si une part de plus en plus importante de l'armée et de la droite entendent avant 1936 renverser la République, ce n'est pas le cas de la majorité, et certainement pas de Franco, qui n'aspire à rien d'autre que servir un ordre, fusse-t-il monarchique ou républicain. Or, le gouvernement de Front populaire se radicalise jour après jour, laissant s'installer une situation pré-révolutionnaire dans laquelle les pouvoirs institutionnels perdent la réalité de leurs pouvoirs, au profit des polices et des justices aux mains des communistes ou des anarchistes. Wikipedia affirme que l'Etat républicain s'est effondré lors du coup d'Etat militaire, del Castillo bien avant. Mais l'essentiel est bien là : la guerre d'Espagne, ce n'est pas un gouvernement légal qui lutte contre un coup d'Etat fasciste, c'est une guerre civile entre deux projets politiques tout aussi radicalisés.

    Loin de moi l'idée de justifier le coup d'Etat auquel accepte de participer Franco, du bout des lèvres - et uniquement après l'assassinat par des militants du Front populaire d'un dirigeant de droite - avant de prendre la présidence de la junte, de façon habile. Mais la réalité, c'est que si Franco, comme beaucoup de militaires et de bourgeois juste réactionnaires, tombent du côté de la subversion - et se subvertir contre le pouvoir légal, contrairement à ce que croient beaucoup à gauche, est tout sauf naturel pour un militaire - c'est qu'il leur semble que ce qu'il reste de pouvoir légal est passé au service de la radicalisation.

    C'est là une leçon pour tous : une idée, même la meilleure au monde, ne peut pas être imposée dès lors qu'il n'existe pas une majorité pour la soutenir. Plus un processus est radical, plus il provoque une réaction équivalente à sa radicalité. Dans ce cas, le pouvoir en place a le choix, soit d'écraser le mouvement de réaction, de résistance, soit de composer avec lui. Ecraser la réaction, la résistance, c'est ce qu'ont fait les régimes bolcheviques et fascistes, en supprimant, physiquement, toute opposition et, surtout, en empêchant toute velléité d'opposition, aussi marginale soit-elle. Quant on la laisse perdurer, on risque l'affrontement. Un tel affrontement est naturel en régime républicain ; il ne l'est pas dans une dictature, quelle que soit sa nature. Et c'est bien pour cela que, contrairement à la légende dorée, s'il y a des républicains en Espagne en 36-39, ils ne se trouvent plus d'aucun côté du front, étant tout aussi bien massacrés, d'un bord à l'autre.

    Del Castillo le montre dans son livre, et c'est sans doute le passage qui m'a le plus dérangé. Non par ce qu'il raconte, mais parce qu'il insiste très peu sur les crimes franquistes lors de la guerre d'Espagne : "alors que la répression franquiste a été abondamment décrite et fustigée, celles des révolutionnaires a longtemps été un sujet interdit" (page 235).. Alors il s'arrête, longuement, sur les crimes de l'autre camp, sur le massacre de Paracuelos, quand des militants du Front populaire ont vidé les prisons de Madrid, puis raflé tout ce qui, de près ou de loin, s'apparentait à un "bourgeois", pour remplir des fosses communes dans ce village. Au moins 2.000 personnes y ont laissé la vie, Del Castillo avance le nombre de 11 705 victimes de la répression à Madrid (page 258). On parlerait, aujourd'hui, de crime contre l'humanité, en tout état de cause, c'est plus proche de Srebenijka que de la Commune de Paris...

    Le reste de l'ouvrage, une fois le "Caudillo" installé au pouvoir sur toute l'Espagne, se lit avec moins d'entrain : on sait que l'on en prend pour 35 ans... C'est pourtant injuste, car Franco sera, pendant quelques années encore après la prise de pouvoir, un homme de prudence et d'intuitions. Car, après tout, ils sont une poignée, Churchill, de Gaulle... et Franco, en 1940, à pressentir la défaite finale des troupes d'Hitler et se dire que le danger, pour le continent, vient de bien plus à l'Est. Del Castillo rapporte, comme beaucoup avant lui, l'agacement d'Hitler après sa rencontre avec Franco en octobre 40 : "je préfèrerais me faire arracher trois dents que de reprendre un tel dialogue avec lui" (page 294). Car Franco met de tels conditions à son engagement dans le conflit que l'Espagne, au final, restera neutre, et si ce n'est un refuge, au moins une étape paisible pour les juifs qui fuient l'Europe. Même prudence quand il s'agit de régler la question de la nature de l'Etat. Proclamer la monarchie ? C'est offrir le trône à un libéral, Don Juan, qui ne fait d'ailleurs pas l'unanimité des monarchistes. Franco sera donc Chef de l'Etat, la restauration se fera très lentement, et au profit du fils de Juan, Juan-Carlos, jugé plus malléable. L'Etat franquiste, un Etat fasciste, phallangiste ? Là encore, ce serait ignorer combien Franco est madré, il jouera, tout au long de son règne, entre les différentes factions de ses soutiens, des technocrates aux plus réactionnaires. Le Conseil des ministres est d'ailleurs décrit par del Castillo comme une mini-assemblée où l'on débat sans concession, jusqu'au milieu de la nuit s'il le faut.

    Del Castillo entre assez peu, dans la période du pouvoir, sur la vie privée du Caudillo, sauf pour nous dépeindre un dictateur frugal et finalement attaché qu'à sa fille ô combien aimée... qui n'hésitera pas à prolonger sa terrible agonie pour essayer de rafler le pouvoir au profit de son prince de gendre.

    Au final, Michel del Castillo nous dresse le portrait d'un dirigeant "pas si pire", qui aurait agi en 1936 pour éviter une dictature stalinienne sur l'Espagne et qui se serait maintenu au pouvoir pour empêcher la résurgence de ce danger. La thèse peut déplaire, elle n'est pas exposée sans documentation. C'est aussi un portrait très nuancé, qui hérissera sans aucun doute à celles et ceux qui voient en Franco le diable incarné. Et pourtant, comme le souligne del Castillo, la démocratie s'est installée au terme d'une transition, pas d'une rupture avec le franquisme, menée par l'héritier même de Franco, avec un gouvernement dirigé par un ancien dirigeant franquiste. Il conclue de cette phrase : "ce que les Espagnols doivent finir par accorder à leur propre histoire, c'est la lucidité et l'équanimité". Un jugement apaisé sur une période complexe, loin, très loin, des passions humaines. Et des dogmes. Michel del Castillo est un utopiste.


    Lien : http://naturellement.typepad.fr/franck_naturellement/2009/01/le-temps-de-fran...

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    • Livres 0.00/5
    Par nabuchodonosor, le 04/12/2010


    Le Temps de Franco Le Temps de Franco de Michel del Castillo

    livre pour ceux qui aiment aller au dela des légendes que tissent partisans et héritiers de partisans.
    la terreur rouge valait bien la terreur noire et la république n'était qu'une façade pour révolutionnaires et contre révolutionnaires a l'intérieur de la révolution.
    est on certain que l'auteur puisse se faire entendre aujourdhui?
    la nuance et la modération dans l'analyse peuvent elles s'imposer?
    le droit à l'oubli est il compatible avec le culte des mémoires?
    del castillo sait poser ces questions.au lecteur d'apporter les réponses
    au total un beau récit et une place à la méditation

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    • Livres 0.00/5
    Par PierreAssouline, le 23/11/2010


    Mamita Mamita de Michel del Castillo

    Critique de Pierre Assouline pour le Magazine Littéraire

    Ne vous demandez pas si Mamita a des accents autobiographiques : tous les livres de Michel del Castillo sont la sonate de sa vie. C'est une histoire de pianos. Il suffit de les suivre, d'une ville ou d'un pays l'autre, pour reconstituer l'itinéraire du héros. Lorsqu'un piano surgit quelque part, il est derrière, ou dessous, ou à côté. La musique est sa vie. Elle est partout. Même dans les disques et les salles de concert. Et, dans ce roman, en majesté. Diffuse, discrète, permanente, elle n'est pourtant pas centrale. Mamita est au centre de Mamita. On n'en sort pas, et pourquoi en sortirait-on : aujourd'hui, maman est morte... De quoi s'agit-il ? À première vue, des rencontres, des amours et du paquet de névroses de Xavier, pianiste doué qui vient de mettre un point final à ses concerts, à son arrivée dans une Amérique obsédée par le Mal qui rôde, une société en pleine campagne électorale pour les primaires, alors que le camp démocrate hésite encore entre Barack Obama et Hillary Clinton. Il est reçu dans le salon d'une grande dame juive avec laquelle il se lie d'amitié à New York, ville qui ne peut pas susciter de sentiments mais des sensations. Il se rend à Boston pour y enregistrer Le Clavier bien tempéré et une intégrale Chopin. En chemin, la rencontre de l'ingénieur du son avec lequel il est amené à travailler provoque un choc de nature à remuer des effluves d'inexprimé en lui. Tout remonte. Encore que l'amour est construction et le désir est anarchie. Son ami d'autrefois ne prétendait-il pas que les gays étaient « les derniers cathares », parce qu'ils vivaient dans le désordre du pur désir et, purs ou impurs, ils se refusaient à aggraver le malheur du monde en procréant ? C'est peu dire que chaque morceau lui est une madeleine. Monteverdi le ramène immanquablement à son ami Marc, une polonaise de Chopin à son enfance, les arias de Bellini à des réminiscences d'un passé bien enfui et mal enfoui. À une caresse dans le cou. À de doux effluves de lavande. À la délicatesse d'un mouvement des doigts pour se saisir d'une tasse. Après Bach, qui obséda ses années, il se voue désormais à Chopin, avec un soin aussi maniaque pour la précision des enregistrements qu'il déployait pour l'acoustique de ses concerts. Il croit que la perfection en art est de ce monde. Il y a du Glenn Gould en lui, encore que les silhouettes d'Yves Nat et de Dinu Lipatti traversent ces pages. L'auteur réussit remarquablement la peinture de ces séances exténuantes grâce à une familiarité avec la musique aussi ancienne que son compagnonnage avec la littérature. L'une et l'autre lui ont sauvé la vie dans son adolescence puis dans sa jeunesse. Ce qui ne s'oublie pas.
    Quoi qu'il dise et quoi qu'il fasse, quel que soit l'air qu'il respire où qu'il soit, l'ombre portée de sa mère le poursuit. Elle et lui dans l'appartement de la grand-mère calle Goya à Madrid. Elle et lui au piano à quatre mains. Elle, vindicative, égotiste, méchante, hargneuse, traître, menteuse, lascive, perverse. Lui, l'opposé. Quand il ose évoquer à table les vraies raisons de la mort d'un de ses anciens amants, la mère répond ainsi au fils : « Tu n'es qu'un petit imbécile !... Que peux-tu comprendre à tout ça ? Tu es un petit Français étriqué, sage, raisonneur, un malheureux pédéraste qui se fait prendre comme une femme. Tu ne sais pas ce qu'est un homme, un vrai, un Espagnol. Et tu viens, la bouche enfarinée, me poser des questions sournoises ? Sache-le, mon petit bonhomme, je n'ai de comptes à rendre à personne, surtout pas à une petite tapette venimeuse. Maintenant, si tu le veux bien, restons-en là. » Elle en est effectivement restée là ; pas lui. Il lui a répondu. La réponse fait un certain nombre de pages rassemblées dans une quarantaine de livres. Depuis Tanguy (1956), Michel del Castillo parvient à creuser le même sillon sans jamais écrire le même livre. D'une fidélité absolue à ses hantises, il se renouvelle pourtant à chaque fois, dans ses romans et ses récits comme dans ses essais, sans jamais rien renier de ses hontes, noyau infracassable de son oeuvre. Sa langue est claire, fluide, classique. Comme le clavier, bien tempérée. Malgré tout, Mamita, comme les précédents, est signé Castillo, et non Janicot. Pas seulement parce que c'est le nom de la mère contre celui du père, choix douloureux entre les deux qui l'ont successivement abandonné - sa mère n'a cessé de l'aimer, de le mépriser, de le gâter, de l'écraser, de la dèche à la magnificence et retour. Castillo plutôt que Janicot parce que c'est l'Espagne de l'exil plutôt que la France. Le fil rouge de son oeuvre, c'est une lettre cachée qui figure en haut de la couverture de tous ses livres depuis un demi-siècle. Son nom d'Espagne, mais de l'autre Espagne. L'Espagne intérieure de ceux du dehors.
    Cioran écrit quelque part que la musique nous aide à être un peu mieux malheureux. Il y a de cela chez Michel del Castillo, à condition de remplacer le malheur par la mélancolie face aux ravages d'une enfance dénaturée. Il n'a eu de cesse de s'interroger sur la cruauté de cette femme qui a livré son mari aux Allemands et a abandonné son fils à une solitude monstrueuse après l'avoir marchandé dans l'espoir de mieux s'en tirer à la fin de la guerre, après avoir joué un jeu trouble. Cette femme, qui l'a ballotté pendant toute son enfance, qui n'a jamais cherché à revoir son fils (avant qu'il ne la retrouve par hasard rue des Archives en 1955), qui a même réussi à le déposséder de sa souffrance alors qu'il lui doit tout de même d'avoir passé quatre années d'horreur parmi des délinquants mineurs dans une maison de redressement au lendemain de la guerre, à l'époque la plus sombre du franquisme, il la découvre encore quinze ans après sa mort en creusant au-delà du possible sa complexité. Ne vous demandez pas si ce roman a des accents autobiographiques : tous les livres de Michel del Castillo sont la sonate de sa vie. Louons cet interprète hors pair, car sa sensibilité est déchirante. Ce roman est son dernier enregistrement en date. Faites une place à ce Nocturne intérieur d'un enfant, d'un adolescent et d'un homme dont le voeu le plus cher aura été de se faire accepter.

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    • Livres 3.00/5
    Par ivredelivres, le 18/02/2010


    Colette, une certaine France Colette, une certaine France de Michel del Castillo

    Michel del Castillo est habile à vous faire aimer un écrivain, son essai sur Dostoïevski m’avait beaucoup plu, la relecture et l’écoute de Colette m’ont donné envie d’en savoir un peu plus sur elle.
    L’image que j’avais gardé était celle de l’enfance campagnarde en Puisaye, le mariage avec Willy qui va s’approprier la paternité du premier « Claudine », le parfum du scandale de Colette nue sur scène et de sa liaison avec Mathilde de Morny, puis la femme assagie et la naissance de l’enfant chéri surnommée Bel Gazou, enfin la notoriété et la vieille dame du Palais Royal.

    Ce livre n’est pas une biographie au sens habituel du terme mais plutôt un portrait et comme tout bon portrait il est fidèle mais n’épargne pas les traits gênants.
    Michel del Castillo s’intéresse à l’entourage de Colette, à la correspondance de celle-ci et la réalité qu’il nous fait entrevoir est assez éloignée de la légende, « Peu d’auteurs auront travaillé avec autant de persévérance à l’élaboration de leur mythe » dit-il.
    Il ne s’agit pas seulement de petits détournements ou de petits arrangements avec la vérité, mais dans bien des circonstances Colette apparaît dure, égoïste et rancunière. Les portraits que fait Michel del Castillo de Willy, de Mathilde de Morny, et surtout de Colette de Jouvenel dite Bel Gazou, sont autant de pierres dans le jardin de Colette. Il s’interroge sur le paradoxe d’une auteure qui chante si bien la nature mais aime surtout la vie mondaine, qui sait magnifiquement parler de Sido mais n’assiste pas aux obsèques de sa mère, qui chante les enfants mais qui ne fut pas une mère exemplaire. Il dit son amour de l’argent, son ingratitude, son ambition balayant tout.
    Mais ce portrait est aussi un exercice d’admiration, égoïste Colette ? certes « on n’aura beau l’aimer et tenter de la défendre par tous les moyens, on ne réussira pas à enlever Colette à son égoïsme » mais géniale égoïste ou comme l’appelait François Mauriac une « joyeuse ogresse ».
    Michel del Castillo est touché par la quête perpétuelle du paradis de l’enfance de Colette, lui l’enfant meurtri et déchiré par son enfance. Lorsqu’il lit Colette il est emporté « A cet instant une page m’empoigne, me bouleverse par sa cadence exacte, par sa mélodie simple et savante » « Par la magie de cette poésie à la fois simple et raffinée. »
    Il aime sa sensualité animale, sa véritable «vocation du bonheur », sa prose est « l’une des plus concrètes, des plus charnelles, avec celle de Montaigne, que la France ait produites »
    Il n’aime pas tout dans l’oeuvre de Colette mais « Sido et la Naissance du jour témoignent d'une maîtrise inégalée »
    Colette sort de ce portrait habillée d’ombres et de lumière sûrement plus proche de la réalité que dans les biographies idolâtres.
    Pour Michel del Castillo « Elle ne prétend à rien d’autre qu’à raconter et à charmer par ses histoires. Elle veut dispenser le plaisir de lire, l’émerveillement et l’émotion, par les moyens les plus simples.(...) Par moments, ce chant nous arrache à nous-mêmes, nous transporte, nous plonge dans une béatitude comblée. »


    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/index-9.html

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    • Livres 3.00/5
    Par annie, le 25/11/2008


    La Religieuse de Madrigal La Religieuse de Madrigal de Michel del Castillo

    Après "la cathédrale de la mer", j'ai décidé de rester un peu en Espagne avec Michel del Castillo cette fois.

    Quelques temps que je n'avais plus lu, et pourtant j'aime son écriture et particulièrement ses romans historiques (les louves de l'Escurial)

    début de lecture :

    Dans l'Espagne du Siècle d'or, l'avenir d'Ana de Jésus s'annonce doux et radieux. Héritière légitime de la couronne d'Espagne, elle menace le trône de Philippe II, qui lui intime d'entrer dans les ordres. Au couvent de Madrigal, elle brave l'autorité de l'Église pour rencontrer Gabriel, le roi disparu du Portugal dont elle s'éprend éperdument...

    Biographie de l'auteur

    Né en 1933, Michel del Castillo quitte très tôt l'Espagne en pleine guerre civile pour la France.

    Il est l'auteur d'une œuvre considérable, dont La Nuit du décret, prix Renaudot 1981, et Colette, une certaine France, prix Femina essai 1999. La plupart de ses romans sont disponibles en Points.



    Lien : http://mazel-livres.blogspot.com/

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    • Livres 0.00/5
    Par bacoltrane, le 15/03/2008


    Les Portes du sang Les Portes du sang de Michel del Castillo

    On tourne vite en rond sur le sujet central du livre : Clara del monte, femme sulblime et scandaleuse, espagnole, internée dans le camp de Rieucros.
    L'auteur laisse entrevoir une intrigue qui n'apparaît jamais et la lecture devient fastidieuse.

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    • Livres 0.00/5
    Par foret22, le 07/02/2008


    La nuit du décret La nuit du décret de Michel del Castillo

    J'en avais entendu parlé
    Trop parlé
    J'y suis allé tout de même, me méfiant du livre à la "mode"
    Et pas regretté !

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    • Livres 5.00/5
    Par PrincesseOsef, le 15/01/2012


    La guitare. Recit La guitare. Recit de Michel del Castillo

    Une lecture qui m'a laissé le souffle coupé. Le style est agressif, mais la langue tellement belle, à l'image de l'histoire cruelle que nous raconte Castillo. La tragédie d'un monstre, d'un homme, d'un joueur de guitare, d'un Rêveur, rattrapé par les autres et leur vision du monde, sans lesquelles il ne peut vivre, mais qui ne peuvent l'accepter autrement que dans son rôle de monstre. Je déteste cette histoire.

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    • Livres 5.00/5
    Par coraline83100, le 21/07/2011


    La Religieuse de Madrigal La Religieuse de Madrigal de Michel del Castillo

    Fille de prince et nièce de roi, Ana de Jésus, est envoyé à l'âge de 6 ans au couvent de Notre Dame de la Grâce, afin de dissimuler son existence....

    Michel Del Castillo s'empare d'un sujet historique pour romancer et décrire ce qui selon lui les personnages auraient pu ressentir. Un bon roman avec une histoire palpitante et et captivante, pour qui aiment les histoires d'un temps ancien.

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    • Livres 0.00/5
    Par Aela, le 13/03/2011


    La vie mentie La vie mentie de Michel del Castillo

    Salvador Portal est directeur d'une société de communication. Tout va bien pour lui en apparence mais il souhaite faire des recherches sur sa famille à la suite de l'annonce du suicide de son père. Il part en Espagne pour enquêter. Son père était le fils d'un intellectuel espagnol opposé à Franco et sa mère était d'origine juive allemande.
    Quant à Véra, sa grand-mère, elle venait de Berlin et a suivi son mari en Espagne pour échapper aux persécutions nazies. Avec son mari, tué en 1936 dans des circonstances tragiques, elle a vécu un amour passionné, et ce grand-père de légende hante la mémoire familiale.
    Salvador va ainsi mettre ses pas dans les traces de sa grand-mère, Véra, et découvrir que sa grand-mère a croisé le chemin du philosophe dissident Unamuno
    Un récit captivant qui nous emmène dans l'Espagne des années 30 et dans la France actuelle en butte aux effets de la mondialisation.

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    • Livres 0.00/5
    Par PierreAssouline, le 23/11/2010


    Mamita Mamita de Michel del Castillo

    Critique de Pierre Assouline pour le Magazine Littéraire

    Ne vous demandez pas si Mamita a des accents autobiographiques : tous les livres de Michel del Castillo sont la sonate de sa vie. C'est une histoire de pianos. Il suffit de les suivre, d'une ville ou d'un pays l'autre, pour reconstituer l'itinéraire du héros. Lorsqu'un piano surgit quelque part, il est derrière, ou dessous, ou à côté. La musique est sa vie. Elle est partout. Même dans les disques et les salles de concert. Et, dans ce roman, en majesté. Diffuse, discrète, permanente, elle n'est pourtant pas centrale. Mamita est au centre de Mamita. On n'en sort pas, et pourquoi en sortirait-on : aujourd'hui, maman est morte... De quoi s'agit-il ? À première vue, des rencontres, des amours et du paquet de névroses de Xavier, pianiste doué qui vient de mettre un point final à ses concerts, à son arrivée dans une Amérique obsédée par le Mal qui rôde, une société en pleine campagne électorale pour les primaires, alors que le camp démocrate hésite encore entre Barack Obama et Hillary Clinton. Il est reçu dans le salon d'une grande dame juive avec laquelle il se lie d'amitié à New York, ville qui ne peut pas susciter de sentiments mais des sensations. Il se rend à Boston pour y enregistrer Le Clavier bien tempéré et une intégrale Chopin. En chemin, la rencontre de l'ingénieur du son avec lequel il est amené à travailler provoque un choc de nature à remuer des effluves d'inexprimé en lui. Tout remonte. Encore que l'amour est construction et le désir est anarchie. Son ami d'autrefois ne prétendait-il pas que les gays étaient « les derniers cathares », parce qu'ils vivaient dans le désordre du pur désir et, purs ou impurs, ils se refusaient à aggraver le malheur du monde en procréant ? C'est peu dire que chaque morceau lui est une madeleine. Monteverdi le ramène immanquablement à son ami Marc, une polonaise de Chopin à son enfance, les arias de Bellini à des réminiscences d'un passé bien enfui et mal enfoui. À une caresse dans le cou. À de doux effluves de lavande. À la délicatesse d'un mouvement des doigts pour se saisir d'une tasse. Après Bach, qui obséda ses années, il se voue désormais à Chopin, avec un soin aussi maniaque pour la précision des enregistrements qu'il déployait pour l'acoustique de ses concerts. Il croit que la perfection en art est de ce monde. Il y a du Glenn Gould en lui, encore que les silhouettes d'Yves Nat et de Dinu Lipatti traversent ces pages. L'auteur réussit remarquablement la peinture de ces séances exténuantes grâce à une familiarité avec la musique aussi ancienne que son compagnonnage avec la littérature. L'une et l'autre lui ont sauvé la vie dans son adolescence puis dans sa jeunesse. Ce qui ne s'oublie pas.
    Quoi qu'il dise et quoi qu'il fasse, quel que soit l'air qu'il respire où qu'il soit, l'ombre portée de sa mère le poursuit. Elle et lui dans l'appartement de la grand-mère calle Goya à Madrid. Elle et lui au piano à quatre mains. Elle, vindicative, égotiste, méchante, hargneuse, traître, menteuse, lascive, perverse. Lui, l'opposé. Quand il ose évoquer à table les vraies raisons de la mort d'un de ses anciens amants, la mère répond ainsi au fils : « Tu n'es qu'un petit imbécile !... Que peux-tu comprendre à tout ça ? Tu es un petit Français étriqué, sage, raisonneur, un malheureux pédéraste qui se fait prendre comme une femme. Tu ne sais pas ce qu'est un homme, un vrai, un Espagnol. Et tu viens, la bouche enfarinée, me poser des questions sournoises ? Sache-le, mon petit bonhomme, je n'ai de comptes à rendre à personne, surtout pas à une petite tapette venimeuse. Maintenant, si tu le veux bien, restons-en là. » Elle en est effectivement restée là ; pas lui. Il lui a répondu. La réponse fait un certain nombre de pages rassemblées dans une quarantaine de livres. Depuis Tanguy (1956), Michel del Castillo parvient à creuser le même sillon sans jamais écrire le même livre. D'une fidélité absolue à ses hantises, il se renouvelle pourtant à chaque fois, dans ses romans et ses récits comme dans ses essais, sans jamais rien renier de ses hontes, noyau infracassable de son oeuvre. Sa langue est claire, fluide, classique. Comme le clavier, bien tempérée. Malgré tout, Mamita, comme les précédents, est signé Castillo, et non Janicot. Pas seulement parce que c'est le nom de la mère contre celui du père, choix douloureux entre les deux qui l'ont successivement abandonné - sa mère n'a cessé de l'aimer, de le mépriser, de le gâter, de l'écraser, de la dèche à la magnificence et retour. Castillo plutôt que Janicot parce que c'est l'Espagne de l'exil plutôt que la France. Le fil rouge de son oeuvre, c'est une lettre cachée qui figure en haut de la couverture de tous ses livres depuis un demi-siècle. Son nom d'Espagne, mais de l'autre Espagne. L'Espagne intérieure de ceux du dehors.
    Cioran écrit quelque part que la musique nous aide à être un peu mieux malheureux. Il y a de cela chez Michel del Castillo, à condition de remplacer le malheur par la mélancolie face aux ravages d'une enfance dénaturée. Il n'a eu de cesse de s'interroger sur la cruauté de cette femme qui a livré son mari aux Allemands et a abandonné son fils à une solitude monstrueuse après l'avoir marchandé dans l'espoir de mieux s'en tirer à la fin de la guerre, après avoir joué un jeu trouble. Cette femme, qui l'a ballotté pendant toute son enfance, qui n'a jamais cherché à revoir son fils (avant qu'il ne la retrouve par hasard rue des Archives en 1955), qui a même réussi à le déposséder de sa souffrance alors qu'il lui doit tout de même d'avoir passé quatre années d'horreur parmi des délinquants mineurs dans une maison de redressement au lendemain de la guerre, à l'époque la plus sombre du franquisme, il la découvre encore quinze ans après sa mort en creusant au-delà du possible sa complexité. Ne vous demandez pas si ce roman a des accents autobiographiques : tous les livres de Michel del Castillo sont la sonate de sa vie. Louons cet interprète hors pair, car sa sensibilité est déchirante. Ce roman est son dernier enregistrement en date. Faites une place à ce Nocturne intérieur d'un enfant, d'un adolescent et d'un homme dont le voeu le plus cher aura été de se faire accepter.

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    • Livres 4.00/5
    Par mustango, le 12/08/2010


    Rue des Archives Rue des Archives de Michel del Castillo

    Del Castillo nous parle de sa mère, une grande exentrique, pas conventionnelle, jamais responsable, toujours à se justifier. Elle a eu 6 enfants de pères différents, dont deux sont morts en bas âge, et les 4 autres abandonnés, ce qui est le cas de l'auteur, ayant servi de "monnaie d'échange" à 9 ans, en 1942...
    Del Castillo mène l'enquête : évoque Aldo, un demi frère, élevé par trois soeurs devotes, qui s'était fait publié chez Julliard, et dont Del Castillo découvre l'existence en lisant son livre et en reconnaissant "sa mère" dans les écrits d'Aldo.
    Del Castillo, au moment de la mort de sa mère, va faire le ménage chez elle. Elle vivait recluse, dans une saleté incroyable.
    C'est l'histoire d'une femme, toujours en fuite.

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    • Livres 4.00/5
    Par mustango, le 27/05/2010


    De père français De père français de Michel del Castillo

    Le livre aurait pu s'appeler la Nausée comme le livre le suggère ou "grosse mesquinerie" mais ça fait pas très littéraire. Le père de Del Castillo est peu commun : en plus de s'être très peu occupé de femme et enfant, il n'a pas hésité à les dénoncer dans les années 40 pour s'en "débarasser", ne pas compromettre sa position chez Michelin et les faire interner au camp de Rieucros à Mende. C'est pas ce biais là que je connaissait Del Castillo, par contre j'étais loin d'imaginer les circonstances de l'internement.
    Le père est bas, mesquin, raciste, imbu de lui même, fuyant d'un bout à l'autre de son existence.

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