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Par brigetoun, le 17/11/2009
écrits de la cage de
Michèle Dujardin
cela le Maigre l’accepte, le reconnaît, le sait dans sa chair plus que rare, au cou surtout que le soir crânement, librement, il offre au tranchoir que mes nuits avancent, place de l’oreiller, même lit même adresse, on le voit d’en bas détraqué, passe-lacet calleux sans oeillet ni coulisse, le Maigre, ni tout à fait planche ni tout à fait clou, saccadant le Carême en temps morts, en coucous frénétiques, on le voit remballé, descendu dans sa tête y voir ce qui l’attend, ce qui l’obsède, ce rien d’il n’y a rien à voir que le rien et voir quoi, au fond de ce rien qui le guette, tout est là qui se tient dans sa tête, dans ce rien qui sourd, perce et découpe et traverse exactement cette chose, ce rien, l’habitat cérébral hébété, tant qu’à la fin il se casse
il va crânement le Maigre, librement chaque nuit au charbon dans sa tête, par ma tête, sur le même oreiller même lit même nuit, par ma gauche, par mes os, temporal gauche nerf facial branche frontale, il y va le Maigre, atroce et méconnaissable, entêté infatigable, comprendre ce qu’il y a à voir dans ce rien à comprendre, rien à voir rien à comprendre, qui sourd, qui l’attend qui l’inquiète
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Par brigetoun, le 12/11/2009
Abadôn de
Michèle Dujardin
la petite se penche et fixe sans la voir, au bas du mur, l’ombre de la fenêtre, elle s’agite, puis se cale dans l’angle, les mains fermées sur ses pieds nus, elle voudrait parler mais balance, au bord du vide, et peu à peu la parole vient, et bientôt le silence tout autour se condense, se rassemble en un mur que l’on pourrait toucher, avec des brèches, durement, sèchement scindées par des claquements de portes
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Par brigetoun, le 05/02/2009
Abadôn de
Michèle Dujardin
et tes mains s’ouvrent, cueillent, caressent, dénombrent, et par-dessus les tombeaux des hommes, la lune avance libre, l’aube rouge brûle dans ta gorge avec ce reste de souffle tant râpeux, tant sifflant, et tu vas, le corps lourdement chargé des sacrifiés, leur vie, leur moment, leur soleil, leurs chants, reposant désormais en ta maigreur de spectre, et tu seras celui qui vient, et ta parole-silex éventrera le temps, et sa bourre de honte lavée à grande eau, en pleine lumière, retombera dans les mains de la mort, y fera lit de plumes, ils dormiront enfin les aimés, ils dormiront
et ce légendaire de la mer que la mer me commande, ma tâche, il repose mort-né sur mes paupières closes mais si je lui parle, si je le réchauffe il vit, il entraîne la mer dans la patience obscure de ses propres fonds et lui chante ses origines, de l’étincelle comprimée dans la coquille de noix à ce grand corps sans décence sous les assauts du ciel…
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Par brigetoun, le 17/11/2009
écrits de la cage de
Michèle Dujardin
mais on dansait, sous les omoplates ça charriait des grains, des calculs d’infinis à huit faces que tu réduisais dans mes pupilles malades à leur expression première : un pleur, infiniment lourd au bord d’un cil infiniment courbe, c’était beau dans le noir
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Par brigetoun, le 12/02/2011
Où s'arrête la terre de
Michèle Dujardin
le plus beau, c’est la nuit – vue du balcon, juste avant de fermer les volets de fer – la mer est toujours claire sous l’horizon – avec des masses plus sombres : ce sont les îles – on se cramponne aux barreaux – l’obscurité autour donne le vertige, surtout quand on lève la tête – le ciel est sans étoiles, à cause des fumées
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Par brigetoun, le 22/05/2011
Abadôn de
Michèle Dujardin
ils sont chair, souffle, nés mais jamais au monde, perdus sans retour dans la déraison de leur propre beauté, délices, lieux vertigineux de toutes mes peines et pourtant, ces rehauts bleus sous le front de lumière, force est que je les suive, et l’eau lustrale dans la nacre où je me vois, me fais face, où croit, balbutiante et chiffonnée, sauvage, flottant sans racines, oraculaire et pourpre entre les pierres, la parole vouée à la connaissance de la mort, force est que j’y plonge, mais un mot de toi et fumée au vent, poussière, aussitôt me dénouerai me déferai sans bruit, car je suis l’entre-deux, le bâtard dans le cône d’ombre, hors du champ de tes regards le vide, plus rien.
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Par brigetoun, le 12/02/2011
Où s'arrête la terre de
Michèle Dujardin
on est d’une ville forte – une ville comme une pâte à rêves – une ville qui agite, qui fabrique en nous – rien qu’à la regarder – être devant elle, en silence – et cela monte – nous emplit – on ne pense rien, on ne pense pas : juste, on est pris
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Par brigetoun, le 12/02/2011
Où s'arrête la terre de
Michèle Dujardin
on trouve quelque chose de triste, à ce blanc incandescent, ce bleu lourd de l’été : le silence – le père dit : le tragique – les fleurs dans les terrains vagues se fanent, l’herbe se dessèche, il n’y a pas d’ombre
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Par brigetoun, le 05/12/2009
centre du monde de
Michèle Dujardin
forêt drue de Downtown brûlant ses navires, vent debout : coques de verre et mirages plasma sur la mer électrique, les figures de proue, faméliques, attaquent le ciel qui monte, ébloui, toujours plus haut
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Par brigetoun, le 05/11/2011
Où s'arrête la terre de
Michèle Dujardin
c’est l’été qui règne dans les images – la pierre blanche à goût de craie – le corps qui roule, épuisé dans tout ce blanc – la côte durement grimpée jusqu’aux immeubles, la dalle de béton qui brûle les semelles – on aime le bleu dur de la mer, resserré, compact – un bleu antique – un bleu austère – la mer du balcon, l’été, comme peinte : fixe à jamais, un empâtement bleu en relief sur la toile