Par Lefso, le 23/02/2011
Le guetteur du midi de
Michèle Lajoux
Les premiers vers de la chanson, car il pouvait s'agir d'une poésie qui se serait bien accommodée d'une mélodie, paraissaient bucoliques et anodins. Mais à mesure que l'on entrait dans le récit, les mots devenaient crus, les allusions cruelles et les images évoquaient des scènes macabres et barbares. Le texte était composé comme ces retables qui montrent, sur la surface des volets extérieurs, des images reposantes évoquant le paradis et qui, à l'intérieur, sont peints de scènes hideuses représentant l'enfer. En lisant, on entrait petit à petit dans les méandres d'un esprit torturé ou dans les péripéties d'une prophétie effroyable.
Quand là, une nouvelle alouette chantera,
Et que le premier pommier donnera,
Les bourgeons pourront éclore de multiples flores
D'ellébore et de mandragore.
Enfin, des graines plantées germera la folie
La mort blanche, la mort noire aussi,
Des treize traîtres le démon se chargera
En sa couleur le changera.
L'un en un crabe livide se jettera,
Sur les épines de la ronde.
L'autre en un gisant tout blanc se transformera
Dans la fontaine des arondes.
Si le premier couplet me semblait assez banal et d'une tonalité bucolique assez commune quoiqu'un peu mâtinée d'allusions à des plantes plus médicinales que poétiques, les autres quatrains, eux, me frappèrent par la similitude avec les événements qui venaient de se produire. Je compris dans l'instant le raisonnement de Barthélemy : les deux morts des jours précédents étaient annoncés dans les vers gravés sur le basalte noir. Il n'était pas nécessaire de faire preuve d'un raisonnement farfelu ou d'une imagination délirante pour rapprocher la description des deux cadavres, celui de maître Vandorme et celui d'Hyacinthe Pierrard, des images évoquées sur la pierre noire.
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Par Lefso, le 30/03/2011
Puisque c'est ça la vie de
Michèle Lajoux
Angeline s'étonne et se dit que le ciel se joue malicieusement des attentes des parents, il embrouille tout avec ses mélanges hasardeux. Elle a entendu les adultes parler de chromosomes, ce doit être comme les pastilles de gouache avec lesquelles elle peint les personnages des albums à colorier. Pourtant, les chromosomes doivent s'associer de manière différente, leurs appariements sont plus imprévisibles que les mélanges de couleurs. Paulette est blonde , yeux bleus, cheveux raides, elle pourrait être la mère d'Angeline, elle n'est que sa marraine, Anne serait mieux accordée au physique d'Irène. En fait, Anne a pris tout le physique de son père comme Angeline se calque sur celui du sien. Aucun mélange susceptible d'atténuer les caractéristiques physiques, comme en peinture où le rouge et le blanc donnent le rose, le bleu et le jaune, le vert le jaune et le rouge, l'orange. Le sort se moque des mères, les naissances arrivent comme ça, sans qu'on les désire déjà, et les enfants ne sont pas ceux que leurs parents attendent. Paulette adore son bébé tout brun aux doux cheveux frisés, mais elle aurait préféré qu'il naisse plus tard, qu'il lui laisse le temps de revenir vivre auprès de sa mère, quelques mois seulement, les quelques mois nécessaires à son mari pour obtenir sa mutation.
Angeline se pose souvent la question, pourquoi n'est-elle pas telle que l'aurait souhaité sa mère, brune et garçon, puisque sa mère n'aime pas les filles, puisqu'elle déteste la fade teinte blonde de ses cheveux. Le destin est un démon qui s'est amusé à contrarier ses vœux.
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