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Le Réprouvé de
Mikaël Hirsch
Je ne suis pas l'un d'eux,quels qu'ils soient. Je ne le serai jamais. J'ai beau faire des efforts, mentir , me cacher. Tout n'est que travestissement. Je suis comme amputé des hommes. C'est la certitude viscérale de ma propre étrangeté qui m'a permis jusqu'alors de gagner la confiance d'autrui. Je ne dérange pas. N'étant pas des leurs, j'ai facilement pu devenir un confident, un messager. On m'a prêté du talent, mais on ne prête qu'aux riches et mon seul nom me tient lieu de fortune. Je suis un animal dont on caresse l'encolure, rien qu'un élément du décor. Il est pourtant loin le théâtre!
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Par Zazette97, le 20/09/2011
Les successions de
Mikaël Hirsch
Son affection véritable pour Ferdinand, cette gémellité fictive, s'ancrait à présent dans la réalité.
Au fil du temps, il s'était inventé une vie où le tableau et Ferdinand étaient aussi proches de lui que Sylvie ou ses propres parents. Il était finalement le produit d'une lignée, mais aussi d'une parenté rêvée, d'un agglomérat de fictions successives.
Il avait désormais l'impression que cette famille étendue se révélait à lui progressivement, comme si des cousins éloignés, ou même disparus, refaisaient soudain surface. p.143
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Par Zazette97, le 20/09/2011
Les successions de
Mikaël Hirsch
Pascal était rentré chez lui, investi de sa nouvelle mission. Tant que le tableau poursuivait sa trajectoire dans la clandestinité, son père n'était pas tout à fait mort.
Une part de lui continuait à vivre avec le cheval bleu.
La somme des émotions investies par son père dans cet objet avait produit un lien presque charnel. Cette relation survivait à la disparition de l'un des contractants.
Pascal en était maintenant le dépositaire, l'héritier en quelque sorte.
Il n'avait pas tout de suite compris à quel point le passé était une charge transmissible.
En guise de patrimoine, il avait reçu une responsabilité. Il avait beau se persuader que toute cette histoire était une vue de l'esprit, l'expression de ses propres remords, il ressentait l'appel de la toile.
Elle le voulait à son tour, lui, le fils. p.204
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Par yv1, le 29/08/2011
Les successions de
Mikaël Hirsch
L'idée même de beauté paraissait obsolète. A quoi bon s'obstiner après Michel-Ange et Dali ? Les machines aussi pouvaient prétendre à une beauté, certes aléatoire et binaire, mais souvent convaincante pour les sens. Peu importait le résultat pourvu qu'il y ait une idée. Seule comptait à présent l'intention. Ce qu'il fallait avant tout, c'était creuser une veine encore inconnue, avoir un concept original, se démarquer du voisin par un procédé quelconque. Une fois la beauté considérée comme ringarde, le support avait sombré au profit de son explication. [...] L'originalité, en tant que credo, engendrait une surenchère inévitable. (p.35/36)
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Par Zazette97, le 17/11/2010
Le Réprouvé de
Mikaël Hirsch
La rivalité est un jeu qui nous stimule et nous déride tous. C'est une guerre de positions à laquelle nous jouons dans un périmètre restreint, un champ de manoeuvre débordant sur deux arrondissements tout au plus.
Chacun place ses pions, intrigue, rivalise de publicité et d'esbroufe. Avec l'ami Giono au coeur de la machine à médailles, l'avenir de Gallimard semble maintenant assuré pour les années à venir. C'est qu'il nous les faut ces récompenses en chocolat, ces satisfecit absurdes. Le monde fonctionne comme ça, notre monde dérisoire que l'on croit universel et qui nous obsède à longueur d'années. Triste consolation. p.114
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Par Aifelle, le 12/11/2010
Le Réprouvé de
Mikaël Hirsch
"Aujourd'hui, les portes sont ouvertes et beaucoup de bureaux vides. On se prépare sûrement aux célébrations. Quelque part, on dresse déjà les tables, on attend les petits fours avec gourmandise. Rive droite, ce sera bourriche d'huîtres, poulet et blanc de blanc, mais le fameux repas est réservé aux membres de l'Académie. Des rumeurs ont filtré. Il faut dire à quel point cette journée est ici comme une fête religieuse et républicaine, Pâques et le quatorze juillet tout à la fois. Si le prix devait revenir à l'ennemi Grasset, 1954 serait une année pour rien, une année de foutue tout simplement".
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Les successions de
Mikaël Hirsch
Dans un monde où l'obsolescence est programmée par le commerce, il attachait une attention particulière aux témoignages historiographiques. Les tableaux le fascinaient par leur capacité à s'extraire du temps ordinaire. Il s'agissait d'objets secrétement destinés à lier les générations. Ils contenaient en quelque sorte les vies de ceux qui les avaient possédés tout au long de l'histoire. Lorsque Pascal regardait un tableau, il voyait avant tout une succession.
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Par Zazette97, le 17/11/2010
Le Réprouvé de
Mikaël Hirsch
Comme son nom l'indique, le Milieu se trouve au centre. Il ne touche pas les bords, évite soigneusement tout contact avec la périphérie. La force centrifuge est sa seule angoisse.
Lorsqu'il s'éparpille, ce n'est que pour mieux occuper le terrain disponible. Episodiquement, il se regroupe alors en un point géographique qui, l'espace d'un instant, devient l'épicentre du microcosme. p.16
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Par Aifelle, le 30/08/2011
Les successions de
Mikaël Hirsch
"Pascal était pragmatique. Son intérêt pour les artistes et leurs oeuvres était sincère, mais il savait par expérience que la sensibilité est intransmissible. Il avait affaire à des millionnaires un peu bornés et traitait avec eux sans mépris, de la manière la plus simple possible. Pourquoi se voiler la face ? Il exposait pour son plaisir et vendait parce qu'il était doué pour cela. Il y avait bien certains clients qui, plus roublards ou plus snobs que leurs congénères, faisaient mine de s'intéresser au galbe d'une compression, aux couleurs d'une toile de Rothko. Ils jetaient alors dans la conversation quelques noms obscurs, comme on jette un peu mollement du pain à un canard pour l'attirer près de la berge. Ceux-là étaient pires que les autres. Il préférait de loin parler argent avec de fortunés incultes que peinture avec ce type de singes savants."
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Par yv1, le 29/08/2011
Les successions de
Mikaël Hirsch
Pascal était pragmatique. Son intérêt pour les artistes et leurs oeuvres était sincère, mais il savait par expérience que la sensibilité est intransmissible. Il avait affaire à des milionnaires un peu bornés et traitait avec eux sans mépris, de la manière la plus simple possible. (p.33)