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Par Cath36, le 23/03/2011
Les Turbans de Venise de
Nedim Gürsel
C'était le gris le gardien des lieux. Il avait désormais autorité sur la nature, c'est lui qui déterminait la couleur de la lagune, des îlots, des canaux et du ciel. Le gris, il ne faut pas le sous-estimer. En hiver à Venise, l'eau comme les bâtiments sont gris. Mais les nuances en sont différentes, de même que le blanc nacré est différent du blanc de la pleine lune, le vert-de-gris du vert prairie. Un gris tirant sur le noir vient envahir les canaux, la neige recouvre le noir des gondoles comme un manteau blanc. Le rouge bien connu de la ville -les toits, les murs, les campaniles- supplante le blanc. Désormais ce sont le blanc et le gris qui règnent sur Venise, au fur et à mesure que la neige fond le blanc s'affadit tandis que la pluie dresse un rideau de grisaille entre la ville et les eaux.
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Par Cath36, le 23/03/2011
Les Turbans de Venise de
Nedim Gürsel
Le mendiant se mit à quémander. On le fit taire immédiatement. Et lui, imperturbable, entonna cette fois un hymne. Il avait une voix plaintive. Une voix qui évoquait l'infinie souffrance, la nostalgie, les grandes passions de l'Orient. Comme si elle surgissait non pas de la bouche édentée du mendiant mais du sol dallé et humide de la taverne. En dépit du vacarme, elle se répercutait sur les murs, flottait entre les tables et la cheminée puis s'élevait vers le plafond, se dirigeait vers la porte et cherchait à sortir. Le mendiant adressait son chant, douleur dune blessure encore vive, à tout Galata, à la mer et aux murs de briques, au vent qui hurlait sur les remparts.
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Par Cath36, le 24/03/2011
Les Turbans de Venise de
Nedim Gürsel
Car les tableaux ne parlent pas, la peinture est un éternel silence, peut-être aussi un dialogue du peintre avec lui-même, un long dialogue de toute une vie. Ou la révolte du Verbe dans les couleurs. Lui aussi s'était ;tu pendant des année en peignant, tandis qu'il luttait avec le tracé et la couleur ; il avait toujours dialogué avec lui-même et écouté sa propre voix.
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Par Cath36, le 23/03/2011
Les Turbans de Venise de
Nedim Gürsel
Après avoir baisé la main du cheikh, il était devenu son disciple et avait atteint le secret de la non-couleur.... L'important n'est pas ce bas monde. Pourquoi s'attacher aux couleurs trompeuses d'un monde éphémère ? ... Grâce au cheikh il avait fini par pouvoir s'immerger dans cette mer et, le Ciel soit loué, avait pu atteindre le secret de la couleur unique.... C’est à compter de ce jour que le mendiant fut enveloppé de lumière et qu'il commença à oublier les couleurs.
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Par Cath36, le 23/03/2011
Les Turbans de Venise de
Nedim Gürsel
Un jour Venise sombrera, dit-il au pianiste.
-Oui, monsieur, répondit ce dernier. Si l'on ne prend pas les précautions nécessaires, notre ville se transformera en musée sous-marin.
Kemil crut apercevoir une silhouette dans les profondeurs bleues. Des poissons nageaient dans les étroites rues moussues. En produisant des bulles d'air, un banc de sardines argentées s'engagea dans une maison par la fenêtre ouverte. Un crabe traversa lentement le salon d'un pas décidé.
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Par Cath36, le 23/03/2011
Les Turbans de Venise de
Nedim Gürsel
Dans sa captivité l'eau était devenue sa seule confidente. Il lui avait ouvert son coeur comme à un ami. Mais un jour le puits s'était mis à parler et avait tout dit à la maîtresse de maison. Tu as beau faire confiance au puits sans fond et prendre l'eau pour confidente, on ne peut éviter qu'elle parle, oui, même l'eau qui ne livre aucun secret parle un jour.La langue du puits se délie. Et ce n'est qu'un début.
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Par Cath36, le 23/03/2011
Les Turbans de Venise de
Nedim Gürsel
Il était là, tout seul, à prendre son repas comme un homme qui vivrait sous terre, dans son studio situé en dessous du niveau du canal. Non, il n'en soufffrait pas, il avait oublié depuis longtemps ce sentiment. Il songea que la solitude était en lui et que, avec elle, il ne serait jamais seul, comme le disait la chanson qu'il aimait tant autrefois. Et le jour ne s'acheva pas comme il avait débuté.
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Par Cath36, le 23/03/2011
Les Turbans de Venise de
Nedim Gürsel
Le monde était plongé dans le silence. C'est à ce moment-là qu'un air de ney avait commencé à s'élever. En vérité, c'était l'oreille de son âme qui entendait le son du ney, celle qui lui ouvrait la porte des beautés nouvelles, d'un autre monde.L'aube se levait.