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Par Malaura, le 15/11/2011
La Grande Ville de
Nina Nikolaevna Berberova
Quand on se sépare, on peut emporter le « tu » au bout du monde, mais on ne peut pas emporter le « nous », il se brise à l’instant où l’on se quitte.
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Par zozocello, le 19/06/2009
Tchaïkovski de
Nina Nikolaevna Berberova
Il pleut à verse, la berge est déserte. Il descend vers la rivière noire. Sur l'autre rive, des feux brillent, un fiacre passe. Dans l'obscurité il s'avance vers l'eau et se glisse dans ce froid qui murmure. L'eau glacée lui fait mal, ses chaussures s'alourdissent, ses pantalons se mouillent. Ce gouffre noir, mort, l'attire. Non, impossible ! Que dirait-on ? Il pense aux petites Davydov: oncle Pétia s'est suicidé. Impossible ! Mais que faire ? L'eau est froide et lourde; ses os se glacent. Il rentrera à la maison fiévreux, et Antonina appellera le médecin. Il sera malade, très malade, sans connaissance, tremblant de fièvre. A Pétersbourg, à Kamenka, on le saura. L'eau monte maintenant jusqu'à ses genoux; il descend encore. Il ne faut pas tomber... Mais il perd l'équilibre, l'eau lui arrive aux aisselles. Il pleure, lève les bras; son corps est insensible, son pardessus déboutonné flotte autour de lui. Il perd sa canne. Au fil de l'eau, un morceau de bois, quelques feuilles mortes... Congestion pulmonaire ou inflamation des reins ? Encore un pas et tout serait fini... Il faut sortir !
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Par EMOTION, le 25/12/2011
Astachev à Paris de
Nina Nikolaevna Berberova
Et il se sentirait indispensable en ce monde, plus nécessaire que jamais, plus que maintenant-car maintenant tous étaient égaux, les sains et les malades, les doués et les ratés, tandis qu'ensuite, ensuite il n'y aurait plus que des Astachev, des Astachev, des Astachev : ici, là, partout.
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Par nanet, le 29/07/2011
L'Accompagnatrice de
Nina Nikolaevna Berberova
Si seulement j'avais pu régler mes comptes autrement - l'attaquer ouvertement, lui prendre Ber peut-être, faire que sa voix palisse à côté de mon jeu, que près de moi elle n'existe pas, ne serait-ce que pour une seule personne. Mais je n'avais rien. Je devais me venger brutalement
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Récits de l'exil : Volume II - De cape et de larmes ; Le Roseau révolté ; Le Mal noir de
Nina Nikolaevna Berberova
[Le Roseau révolté]
Je pars demain, Einar. Je le regarde attentivement, ses yeux sont si près de moi. Avant de vous quitter, je voudrais dire que j'ai appris quelque chose pendant ces années. Maintenant, quand une porte s'ouvre ou qu'une fenêtre se relève, les larmes de gratitude ne m'étouffent plus, non ! Je ne profite pas de toutes les occasions, je ne m'incline pas devant toutes les permissions. Après ce que j'ai vu, je n'ai pas envie d'être, en quoi que ce soit, l'animal que l'on met au pas, que l'on dresse, que l'on envoie quelque part, que l'on gave ou que l'on fait mourir de faim, que l'on punit ou que l'on congratule pour avoir bien obéi à la baguette.
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Par litolff, le 05/11/2010
L'Accompagnatrice de
Nina Nikolaevna Berberova
Il y a des gens comme ça. Ils ont en eux une espèce de magnificence. Près d'eux, on a peur un peu. Il est rare qu'on puisse les modifier, les rendre infirmes. Un être heureux, il vit comme au-dessus de tous les autres (et les écrase un peu, bien entendu). Et cela, on n'a même pas à le lui pardonner, parce qu'il l'a comme on a la santé, ou la beauté.
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Par Nanne, le 27/09/2011
Tchaïkovski de
Nina Nikolaevna Berberova
La vie à Votkinsk, l'atmosphère paisible et douce de cette maison où tout le monde l'aimait et où il aimait tout le monde, contribuaient aussi à le rendre heureux. {...} Mais Pierre ne pensait qu'à une chose : inventer, rimer, écrire, exprimer ses sentiments au monde entier, ces sentiments qui l'étouffaient et auxquels il cherchait une issue.
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Où il n'est pas question d'amour et Autres récits de
Nina Nikolaevna Berberova
Lorsque je m'ennuie, je sens que je suis la victime du temps. Les secondes bruissent sur le cadran de la pendule comme de grandes sauterelles. Leurs ailes sont palmées, légèrement incurvées et troubles avec de grosses veines comme sur les feuilles d'érable, leurs têtes sont petites et poilues. Elles bruissent autour de moi et j'oublie que le bruit provient de la pendule encastrée dans du granit rouge qui trône sur la cheminée. Toutes les demi-heures, elle sonne bruyamment, douloureusement, étouffant pour un temps le bruissement des aiguilles qui reprend aussitôt après. Et je sais qu'il n'aura jamais de fin et que toute ma vie durant, l'aiguille va se mouvoir autour du cadran encore et encore, les feuilles du calendrier s'envoleront une à une, les jours se fondront en une masse incolore et solide dans mon esprit, je ne pourrai en détacher aucun, lui rendre vie, le forcer à ses répéter, l'extraire du ciment du passé.
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Par litolff, le 05/11/2010
L'Accompagnatrice de
Nina Nikolaevna Berberova
Et puis ce fut la révolution. La famine commençait. Pour du savon et du saindoux, j'étais allée jouer de la musique de danse, des nuits entières, quelque part dans le port. Vint ensuite un travail régulier - tous les samedis - pour du pain et du sucre, dans un club de cheminots. Puis il y eut un chanteur qui avait besoin d'une accompagnatrice, avec lui j'appris le répertoire et j'apportais à la maison des sacs de provisions…Puis tout fut terminé : il mourut sur ses draps sales, sur sa taie d'oreiller déchirée, et il y eut beaucoup de tracas avec son enterrement. Je restai sans travail ; mes bottes étaient taillées dans un tapis, ma robe - dans une nappe, la pelisse dans la cape de maman et le chapeau dans un coussin brodé d'or.
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Récits de l'exil : Volume II - De cape et de larmes ; Le Roseau révolté ; Le Mal noir de
Nina Nikolaevna Berberova
[Le Roseau révolté]
Il arrive à chacun dans la vie que, soudain, la porte claquée au nez s'entrouvre, la grille qu'on venait d'abaisser se relève, le non définitif n'est plus qu'un peut-être, le monde se transfigure, un sang neuf coule dans nos veines. C'est l'espoir. Nous avons obtenu un sursis. Le verdict d'un juge, d'un médecin, d'un consul est ajourné. Une voix nous annonce que tout n'est pas perdu. Tremblants, des larmes de gratitude aux yeux, nous passons dans la pièce suivante où l'on nous prie de patienter, avant de nous jeter dans l'abîme.
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