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Chemin Faisant de
Odile Jacquemet
Il y avait la danse sur charbons ardents et la danse au rythme du feu intérieur. Mais le feu menait toujours la danse, qu’il soit au-dehors ou au-dedans, voir les deux en même temps. Qui connaissait encore la brûlure de la flamme sur sa peau ? La douce et non moins virulente caresse du feu au cœur de ses entrailles ? L’emportement des fureurs passionnées ? Ou tout cela ne faisait-il plus que consumer du dedans ? Non, nourrir du dedans. Alimenter en direct. A la source. Sorte d’interminable feu sans flamme ? Résidus de souvenirs anciens avant le grand refroidissement final annonçant l’approche de la Grande Œuvre. Le Feu Eternel.
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Chemin Faisant de
Odile Jacquemet
Oui, la vérité est cette femme nous étant si chère, cette femme restant toujours voilée à nos yeux. Nous, hommes, toujours à courir derrière elle comme des mendiants se sentant cruellement rejetés. Nous la voudrions nue devant nos yeux ébahis ! Mais elle reste elle-même cette coquine. Elle reste fière, entière et lointaine. Hautaine. Elle reste cette séductrice infernale faisant pleurer et se réjouir le monde à ses pieds.
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La voie d'Alfrodull de
Odile Jacquemet
Il fut une époque lointaine où les Hommes eurent à apprendre la mort.
Apprendre la mort.
A prendre la Mort.
A prendre la Mort à bras-le-corps.
Apprendre à mourir. A mourir à petit feu. Sur le grill. Le grill de la Vie. La Vie se chargeant de les faire sauter chacun à leur tour dans sa grande poêle à frire. Dans sa grande poêle à passion.
Feu vif !
D’une passion à une autre. D’une non passion à une autre.
Tout. Ils savaient tout de leur destin. C’était écrit. Tout était écrit. Noté. Annoté. Souligné.
Destiné.
Tout était gravé à l’encre de feu. La mort pour chacun d’entre eux. Hommes tout comme Dieux.
C’était avant, bien avant, aux temps anciens du dieu Odin et des siens. Au temps de l’œuvre au noir, ce long apprentissage de la grande faucheuse, des ailes de corbeaux* menant la danse sur les épaules d’un dieu.
Mais c’était aussi aux temps anciens d’un Dieu blanc. Aux temps anciens d’un fils de Dieu cloué sur une croix.
Au temps de l’œuvre au blanc, ce refrain lancinant courant sur les lèvres de chacun :
« Purifiez-vous », « Purifiez-vous », « Purifiez-vous »…
Mais encore ! Aux temps anciens d’une certaine Renaissance. Cette Renaissance sublimant la beauté fatale d’une déesse. Vénus. Celle-là même qui entraînerait l’Homme dans son sillage, celui de tous les excès, de toutes les passions, de toutes les folies, abominations comprises. Le temps des épurations. Le temps de l’œuvre au jaune, la fureur d’un führer en point d’orgue.
Mais aussi ! Aux temps anciens qui suivirent ce déferlement de fureur, qui suivirent le Ragnarok**. Les balbutiements de l’œuvre au rouge. Plus rien ne ressemblant à rien. La mort et la séparation ne voulant plus rien dire. La mort et la séparation n’étant plus les Maîtres mots. Le logos en déperdition. Tous déjà morts, mais des morts vivants. Soit, les conditions idéales pour réaliser l’union si chère à l’œuvre au rouge. Pour réaliser l’unification. Cette unification porte royale de l’immortalité, ouverture sur l’Eternité.
Car pour devenir immortel, il faut d’abord et avant tout bien s’appliquer à mourir.
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Chemin Faisant de
Odile Jacquemet
Je vais là où le vent me porte. Et s’il me mène au bûcher ? J’irai sur ce bûcher. Il y a tant à dire au milieu des flammes.
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Chemin Faisant de
Odile Jacquemet
Pour lui, rien ne vaut une bonne cuite, même si tu te prends une gueule de bois après. Pour elle, rien ne vaut les délices de se sentir partir, même si elle ne se laisse jamais complètement aller.