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Par hootyowl, le 13/04/2010
Le Prince des Marées de
Pat Conroy
J’ai grandi en Caroline du Sud où je suis devenu un homme, un Blanc sudiste, et je vivais avec brio la haine que j’avais consciencieusement appris à nourrir contre les Noirs lorsque le mouvement en faveur des droits civiques m’est tombé dessus sans crier gare, au détour d’une barricade, me démontrant à la fois mon ignominie et mon erreur. Comme j’étais un garçon réfléchi, sensible et épris de justice, j’ai fait mon possible pour me réformer et jouer un petit rôle insignifiant dans ce mouvement, ce dont je me suis empressé de tirer un orgueil plus qu’excessif. Puis je me suis retrouvé à l’université où je suivais la préparation militaire des Officiers de Réserve composé exclusivement de jeunes mâles de race blanche, et je me suis fait craché dessus par des militants pacifistes que mon uniforme dérangeait. J’ai fini par rejoindre les rangs de ces manifestations, mais je n’ai jamais craché sur quiconque ne partageait pas mes opinions. Je pensais passer tranquillement le cap de la trentaine, en brave contemplatif à l’humanisme irréfutable, lorsque le mouvement de libération de la femme m’a coincé au détour d’une avenue et, une fois de plus, je me suis retrouvé du mauvais côté de la barricade. Apparemment, j’incarne tout ce que le XXe siècle compte de turpitudes.
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Par hootyowl, le 13/04/2010
Le Prince des Marées de
Pat Conroy
- Vous ne m'avez pas raconté toutes les histoires. Vous ne m'avez pas raconté toutes celles qui comptent vraiment. Vous m'avez servi l'histoire de votre famille telle que vous aimeriez vous en souvenir et la conserver. Le grand-père haut en couleur, la grand-mère complètement extravagante. Un papa un peu bizarre qui battait tout le monde quand il était soûl, mais une maman qui était un vraie princesse et dont l'amour assurait la cohérence de la famille.
- Je ne suis pas encore arrivé à la fin, Susan. Je m'efforce de replacer les choses dans leur contexte. Le premier jour que nous nous sommes vus, vous m'avez jeté une poignée de bande sur lesquelles Savannah hurlait des insanités. Une partie m'échappe. J'essaie de faire un tri, mais je ne peux pas vous raconter la fin si vous ne commencez pas par comprendre le début.
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Par Kalliope, le 21/01/2011
Charleston sud de
Pat Conroy
Sur ma porte, j'ai une affichette imprimée suspendue à un crochet qui dit ceci: "Léo King est plongé dans la rédaction d'une rubrique qui l'a rendu célèbre à Charleston pendant que le reste de ses collègues triment dans une obscurité bien méritée. En d'autres termes, je suis en train d'écrire un morceau d'anthologie qui ne disparaîtra jamais tant que les hommes et les femmes apprécieront l'esprit humain. Prière de tenir éloignés vos lamentables cerveaux tant que je n'aurai pas terminé".
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Par crapette, le 12/11/2010
Le Prince des Marées de
Pat Conroy
Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit. Moi, personne ne m'a prévenu quand j'étais petit, dis-je sérieusement, mais les parents ont été mis sur terre dans le seul but de rendre leurs enfants malheureux. C'est une des principales lois voulues par Dieu. Alors, écoutez-moi bien. Votre tâche à vous, c'est de faire croire à Maman et à moi que vous faites et que vous pensez tout ce qu'on a envie que vous fassiez et pensiez. Mais en fait, ce n'est pas vrai. Vous avez des opinions personnelles et vous partez en missions secrètes. Parce que Maman et moi, on vous bousille.
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Par REDSA, le 21/12/2011
Le Prince des Marées de
Pat Conroy
C'est dans leurs yeux que je lis ma vraie vie, ma destinée. Mais c'est la vie secrète qui me nourrit en cet instant, et alors que j'arrive au sommet de ce pont, je dis dans un murmure, je dis comme une prière, comme un regret, comme une louange, je dis sans savoir pourquoi je le dis, ni ce que cela signifie, mais chaque soir quand je rentre vers ma maison sudiste, ma vie sudiste, je murmure deux mots: "Lowenstein, Lowenstein."
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Par litolff, le 10/05/2010
Le Prince des Marées de
Pat Conroy
Le lendemain, mon père partit pour la Corée et disparut un an dans une nouvelle guerre. Il nous éveilla tous les trois de bon matin. Il posa un baiser brutal sur nos trois joues. Ce fut la dernière fois que mon père m’embrassa jamais. Luke fut incapable de marcher pendant une semaine. Mais je pus arpenter sans père les trottoirs d’Atlanta, heureux comme un pape qu’il fût parti.
Le soir, dans le secret de murmures défendus, je priais pour que son avion fût abattu. Mes prières fleurissaient comme des tirs antiaériens dans le profond sommeil des enfants. En rêve, je le voyais surgir du ciel en flammes, il avait perdu le contrôle, il mourait. Il ne s’agissait pas de cauchemars. Tels étaient les doux rêves de bonheur d’un enfant de six ans qui avait subitement compris qu’il était né dans la maison de son ennemi.
J’ai souvent gravi les flancs de Stone Mountain depuis ce jour. Toujours m’attendait au sommet un petit garçon de six ans qui redoutait l’approche de son père. Ce petit garçon, cet homme inachevé, il vit dans la mémoire de la montagne. Quand je grimpe, je découvre les brèches invisibles dans le granite où j’entendis jadis mon père me traiter de fillette. Je n’oublierai jamais les paroles de mon père ce jour–là, ni la douleur sur mon visage après qu’il m’eut giflé, ni la vue du sang sur le pantalon de mon frère. Je ne comprenais pas, mais je savais au moins que je voulais prendre modèle sur ma mère. De ce jour-là, je répudiai la part de moi qui me venait de lui, de ce jour-là je détestai être né mâle. (Pages 195-196)
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Par Ikebukuro, le 08/07/2010
Le Prince des Marées de
Pat Conroy
A l'intérieur d'une famille, il n'est pas de crime inaccessible au pardon.
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Par pyrouette, le 17/12/2010
Beach music de
Pat Conroy
J'enviais la qualité solitaire et retirée de la vie contemplative. J'admirais l'intransigeance de la discipline monastique, et dans un siècle qui me paraissait chaque année plus ridicule, je me disais que la solitude et la prière et la peuvreté constituaient peut être la réponse la plus éloquente à ces temps absurdes où l'aliénation était à la fois une pose et une philosophie...
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Charleston sud de
Pat Conroy
Je porte la délicate beauté de Charleston pareille à une porcelaine, comme je le ferais du coquillage fermé d'un mollusque au corps mou. Mon âme a la forme d'une péninsule sous l'ardeur du soleil, gonflée par ses cours d'eau. Les marées hautes de la ville inondent chaque jour ma conscience, soumise aux caprices et aux harmonies des pleines lunes qui s'élèvent au-dessus de l'Atlantique. Je me calme lorsque je vois les alignements de palmiers nains qui montent la garde sur les rives du Colonial Lake, ou que j'entends les cloches de St Michael qui rythment le chant des cigales dans les arbres, le long de Meeting Street. Au plus profond de moi-même, je sus très tôt que j'étais l'une de ces incorrigibles créatures connues sous le nom de Charlestoniens. Il me vient une surprenante constatation : en fait, ma présence dans cette ville est due plus à une vocation qu'à un don ; c'est ma destinée et non mon choix.
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Par pyrouette, le 17/12/2010
Beach music de
Pat Conroy
"J'avais envie d'engagement, d'intrusion, que ma vie ressemblât un peu plus à mardi gras qu'à carême. A cause peut être de l'arrivée de ma mère et de sa surprenante vigueur, je me rendis compte que je me satisfaisais du rôle d'observateur du genre humain depuis trop longtemps. La prudence m'avait blessé. La peur me tenaillait trop : elle avait ralenti mon pas, éteint ma spontanéité, mon désir de prendre éventuellement des virages à la corde..."