-
Désert américain de
Percival Everett
"Le choeur entonna un chant intitulé, Ce chemin qui nous mène au Seigneur Jésus-Christ, Notre Sauveur, tandis que l'assemblée debout, missels ouverts, articulait des paroles en silence, et que s'échangeaient des regards stupéfaits. C'est alors, dans l'harmonieuse vibration de l'ultime amen, que Théodore Larue se redressa dans son cercueil. Un silence incompréhensible, quoique de courte durée se fit dans l'église. Emily Larue poussa un cri et, agrippant sa mère, tenta de se hisser dans ses bras, tandis que sur la bouche de Perry Larue se formaient en continu les syllabes "pa-pa". Gloria Larue s'évanouit mais resta figée debout, les yeux écarquillés. Sa soeur s'enfuit vers la porte, prit se grands pieds dans le tapis rouge presque au bout de l'allée et vint rouler aux pieds d'un aveugle, robe par dessus tête. Orville Orson se mit à lâcher des pets à répétition, le doyen à prier à voix haute. Dame Beowulf saisit dans son sac la bombe au poivre dont son fiancé lui avait fait cadeau. Face tournée vers le plafond de la Première Eglise chrétienne du Sang sacré et de l'Esprit éternel, Larville Cène leva les mains au ciel et se mit à crier, "Seigneur Jésus-Christ ! Seigneur Jésus, Mon Dieu ! Alléluia ! Un miracle dans mon église ! Dans ma maison de Dieu à moi ! Jésus ! Jésus ! Jésus !
Puis la chorale à l'unisson se mit à clamer : "Jésus ! Jésus ! Jésus !"
Parmi les clameurs, les cris et les pets, Ted Larue sortit de son cercueil et fit face à l'assemblée. Son pantalon s'étant trouvé être juste à la taille du sieur Sandre, il était nu à partir de la ceinture, ses organes décrivant devant lui un courbe élégante."
> lire la suite
-
Par alicejo, le 05/09/2011
Pas Sidney Poitier de
Percival Everett
Comme la plupart des gens, je suis plus intelligent que certains, moins que d'autres, plus maigrichon que la plupart, plus gros qu'un petit nombre, mais plus troublé que moi, ça ne s'est jamais vu.
-
Par kathel, le 01/05/2010
Désert américain de
Percival Everett
Emily fondit en larmes.
Affligé de la voir plongée dans la peur et la confusion, Ted n’avait pas les idées plus claires, et il essayait en vain de reconstituer le fil des événements, dont ne lui restaient que la vision du camion s’approchant à vive allure et une sensation d’éclaboussure. D’après les lieux où il avait pris – ou plutôt recouvré – conscience, il comprit qu’on l’avait cru mort. Mais il lui était difficile de se faire à l’idée qu’il sortait de son propre enterrement. Il se toucha le tour du cou, sentit les coutures grossières qui tenaient sa tête en place, le fil lisse, les bourrelets gênants sous ses doigts.
“Ma tête a été…” Il s’interrompit.
— Complètement arrachée, confirma Gloria.
— Aïe.”
Le souci se lisait sur le visage de Gloria et des enfants.
“Rien que l’idée, fit Ted.
— J’ai dû identifier ta tête à la morgue, reprit Gloria, à nouveau submergée par le choc de ce souvenir récent. Elle se remit à pleurer, tout en poursuivant “Tu étais là, dans une coupe métallique, on m’a fait te regarder sur un téléviseur, tu avais les yeux fermés, mais la bouche ouverte comme si tu essayais de me dire quelque chose et puis, et puis…”
Ted prit Gloria dans ses bras. “Je suis là maintenant. Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais je suis là.” Se tournant vers les enfants, il leur toucha la tête, peut-être pour vérifier qu’elle tenait bien.
> lire la suite
-
Par annie, le 01/04/2009
Glyphe de
Percival Everett
« Si le langage était ma prison, alors l'écriture était le mur que j'escaladais pour m'échapper »
-
Par Chouchane, le 12/07/2010
Désert américain de
Percival Everett
Je voudrais ne pas avoir de bouche pour que mon silence ait autant de sens que mes paroles. Je voudrais qu'elles n'aient pas de sens,mais que tous puissent éprouver ce que je ressens mort, afin que la mort ne vous fasse plus peur.
-
Blessés de
Percival Everett
« S'il fait froid, allume un feu, s'il fait chaud, saute dans le ruisseau. La vie n'est pas plus compliquée. »
-
Par alicejo, le 28/01/2011
Blessés de
Percival Everett
- Mais pourquoi m'avoir appelé d'ailleurs?
- Je voulais un témoin, pour le shérif. Qu'il se sache observé.
- Tu ne fais pas confiance à Bucky?"
Daniel secoua la tête, sortit une cigarette, qu'il alluma. "Je lui fais confiance comme à un blanc avec un fusil.
-
Par alicejo, le 14/09/2011
Pas Sidney Poitier de
Percival Everett
"Percival Everett. Vous n'avez pas écrit un livre qui s'appelle Effacement ?"
Everett hocha la tête.
"Ça ne m'a pas plu, dit Ted.
- A moi non plus. Je n'ai pas aimé l'écriture, et je ne l'ai pas plus aimé quand je l'ai eu fini.
-
Par alicejo, le 28/01/2011
Blessés de
Percival Everett
Je fus saisi de peur, d'un ordre différent cette fois, une peur véritable, que ne provoquent ni un lieu, ni une tempête, pas même une bête, mais les humains et eux seuls.
-
Par alicejo, le 14/09/2011
Pas Sidney Poitier de
Percival Everett
Il y avait dans la nuit des gens à mes trousses avides de mes cinquante mille dollars. Je savais qu'ils étaient prêts à me tuer et me demandais s'ils ne l'avaient pas déjà fait. En sortant de la morgue de fortune, je songeai que, si le corps allongé dans le coffre était Pas Sydney Poitier, alors je n'étais pas Pas Sydney Poitier, ce qui d'après mon savoir en matière de logique et de double négation, faisait de moi Sydney Poitier. J'étais Sydney Poitier.