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Felix Nussbaum de
Philippe Dagen
« J’attends, je cherche, ce qui veut dire que je ne peux pas chercher Dieu. La seule chose que je puisse faire, c’est croire en mes parents, et par amour pour eux (peut-être parce que je suis un idiot) observer les fêtes. Est-ce que ce n’est pas Dieu, ça ? Si cet attachement que j’aie pour mes parents est Dieu, je n’en sais rien. Tout, la peinture, la nature, la joie de vivre, etc. est peut-être Dieu ; mais si on en revient au « Grand Tout », cela se résume au mot « parents ». Bien sûr, la peinture peut être la chose la plus importante pour moi, mais cela ne me ramène pas moins à mes parents. Alors que j’ai encore mes parents devant moi, ce serait un péché de rechercher ce qui, selon la pensée humaine, entre dans cette notion de « Grand Tout ». Suis-je un peu limité, je ne le crois pas. Trop jeune, certes. »
Lettre à Ludwig Meidner, 21 avril 1925
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Felix Nussbaum de
Philippe Dagen
On ne saura dire assez combien sa peinture est tributaire de l’art allemand des années 1920 et 1930, hanté par les horreurs de la guerre. L’effondrement de la République de Weimar, les crises successives en Europe, la montée des fascismes constituent des matrices inquiétantes de la perversion des valeurs démocratiques et humanistes auxquelles avaient prétendu les régimes européens depuis le 19e siècle. Personnages ricaneurs et pantins, squelettes et croque-morts peuplent l’œuvre de Nussbaum, écartelée entre les atrocités de la Grande Guerre et celles de la guerre à venir, terrifiantes, inconnues, et pour ainsi dire inimaginables ; ces personnages incarnent aisément, et de manière parfois interchangeable, le cours des évènements.
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Felix Nussbaum de
Philippe Dagen
La réflexion sur l’art de la Shoah tend souvent vers la quête de l’image de l’horreur ultime, mais ceux qui l’ont vue ne sont pas revenus. Il en est ainsi avec l’œuvre de Félix Nussbaum : il est de ceux qui ont entrevu et sont demeurés dans l’effroi. Il ramène de sa déportation dans le camp d’internement français de Saint-Cyprien, de mai à août 1940, le sujet de quelques toiles quasi métaphysiques, mais d’image de la mort infligée dans les ghettos et les camps d’extermination, il n’y en aura point. Déporté à Auschwitz avec son épouse, Felka Platek, le 31 juillet 1944, par le dernier convoi qui part de Belgique, il n’en reviendra pas.
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Felix Nussbaum de
Philippe Dagen
Les nouvelles de l’arrestation, en août 1943, de toute sa famille à Amsterdam et de son transfert au camp de Westerbork, le confinement est insupportable, la certitude d’une issue inéluctable donnent naissance, dans une palette restreinte et délavée, à un groupe d’œuvres –représentation de son couple, évocation de ses parents- peuplée de personnages reclus aux visages livides et émaciés, aux yeux démesurés, aux corps amaigris, recouvert de tallit, de suaires ou de vêtement rapiécés, portant l’étoile jaune, souvent placés auprès d’une fenêtre dont les montants évoquent le motif de la croix, et qui n’attendent plus rien.
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Felix Nussbaum de
Philippe Dagen
[…] Nussbaum arbore pour la première fois, en 1928, dans un autoportrait, un masque ridicule et poignant, aux yeux fermés, au nez rouge et à la bouche entrouverte, qui cache la bas de son visage, mais par-dessus lequel il lance un regard interrogateur, disant la contradiction entre l’identité qu’il endosse, celle qu’il donne à voir, et la réalité intime des peurs qui l’habitent. Devenu un artiste sans patrie, le masque lui sert à exprimer les variations de ses états d’âme d’exilé, entre prostration et rébellion, et des procédures par lesquelles il fait face au difficile exercice de son art.
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Felix Nussbaum de
Philippe Dagen
Devant lui, à côté de la palette, sont posés quelques flacons dont les étiquettes révèlent ce qu’ils contiennent : « la mort », « la nostalgie », « la souffrence » (sic). Un autre flacon, portant l’inscription « humeur », renvoie, sans doute, aux sentiments variés qui s’emparent d’un artiste –et de tout homme. Aussi, la toile apparaît-elle comme une définition hautement affirmée de ce qu’est la peinture pour Nussbaum : une exigence de lucidité et de précision, et l’inscription sans équivoque des maux et des douleurs du temps.
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Felix Nussbaum de
Philippe Dagen
Qu’elle agite les mâts dans le port d’Ostende, qu’elle figure sur le titre du journal Le Soir ou dans ses natures mortes, ou encore qu’elle soit placardée sur les murs de la ville, la tempête traverse l’œuvre de guerre de Felix Nussbaum et devient la métaphore de la tragédie que vit l’Europe et de la persécution.
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Felix Nussbaum de
Philippe Dagen
Le motif de la mère et de l’enfant a été utilisé et héroïsé dans la propagande visuelle de la guerre civile espagnole, tant par ceux qui furent à l’origine de la guerre que par leurs adversaires. Nussbaum y réagit, mais construit une représentation allégorique annonçant le désastre à venir.