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Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
Je n'aurais point le courage d'être heureux à tes dépens.
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L'Île des esclaves de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
Quand tu auras souffert, tu seras plus raisonnable ; tu sauras mieux ce qu'il est permis de faire souffrir aux autres.
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Le Jeu de l'amour et du hasard de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
Mario - Je ne saurais empêcher qu'il ne t'aime, belle Lisette, mais je ne veux pas qu'il te le dise.
Silvia - Il ne me le dit plus, il ne fait que me le répéter.
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Le Jeu de l'amour et du hasard de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
Arlequin - Comment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez-vous entrepris la fin de ma vie?
Lisette - Non, mon cher, la durée m'en est trop précieuse.
Arlequin - Ah, que ces paroles me fortifient !
Lisette - Et vous ne devez point douter de ma tendresse.
Arlequin - Je voudrais bien pourvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne.
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L'Île des esclaves de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
IPHICRATE :
Mais je suis en danger de perdre la liberté, et peut-être la vie : Arlequin, cela ne suffit-il pas pour me plaindre ?
ARLEQUIN (prenant sa bouteille pour boire) :
Ah ! je vous plains de tout mon cœur, cela est juste.
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Le Jeu de l'amour et du hasard de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
SILVIA - Tu peux te passer de me parler d'amour, je pense?
DORANTE - Tu pourrais bien te passer de m'en faire sentir, toi.
SILVIA - Ah ! je me fâcherai : tu m'impatientes ; encore une fois, laisse là ton amour.
DORANTE - Quitte donc ta figure.
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L'Île des esclaves de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
Dans le pays d'Athènes j'étais ton esclave, tu me traitais comme un pauvre animal, et tu disais que cela était juste, parce que tu étais le plus fort. Eh bien ! Iphicrate, tu vas trouver ici plus fort que toi ; on va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste, et nous verrons ce que tu penseras de cette justice-là ;
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La colonie suivi de L'Ile des esclaves de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
C'est une émeute, une ligue, un tintamarre, un charivari sur le gouvernement du royaume ; vous saurez que les femmes se sont mises tout en un tas pour être laides, elles vont quitter les pantoufles, on parle même de changer de robes, de se vêtir d'un sac, et de porter les cornettes de côté pour nous déplaire ; j'ai vu préparer un grand colloque, j'ai moi-même approché les bancs pour la commodité de la conversation ; je voulais m'y asseoir, on m'a chassé comme un gredin ; le monde va périr, et le tout à cause de vos lois, que ces braves dames veulent faire en communauté avec vous, et dont je vous conseille de leur céder la moitié de la façon, comme cela est juste.
La Colonie, Scène 12.
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L'Île des esclaves de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
CLÉANTHIS :
Ah ! vraiment, nous y voilà, avec vos beaux exemples. Voilà de nos gens qui nous méprisent dans le monde, qui font les fiers, qui nous maltraitent, qui nous regardent comme des vers de terre, et puis, qui sont trop heureux dans l'occasion de nous trouver cent fois plus honnêtes gens qu'eux. Fi ! que cela est vilain, de n'avoir eu pour tout mérite que de l'or, de l'argent et des dignités ! C'était bien la peine de faire tant les glorieux ! Où en seriez-vous aujourd'hui, si nous n'avions pas d'autre mérite que cela pour vous ? Voyons, ne seriez-vous pas bien attrapés ? Il s'agit de vous pardonner, et pour avoir cette bonté-là, que faut-il être, s'il vous plaît ? Riche ? non ; noble ? non ; grand seigneur ? point du tout. Vous étiez tout cela ; en valiez-vous mieux ? Et que faut-il donc ? Ah ! nous y voici. Il faut avoir le cœur bon, de la vertu et de la raison ; voilà ce qu'il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autres. Entendez-vous, Messieurs les honnêtes gens du monde ? Voilà avec quoi l'on donne les beaux exemples que vous demandez, et qui vous passent : et à qui les demandez-vous ? À de pauvres gens que vous avez toujours offensés, maltraités, accablés, tout riches que vous êtes, et qui ont aujourd'hui pitié de vous, tout pauvres qu'ils sont. Estimez-vous à cette heure, faites les superbes, vous aurez bonne grâce ! Allez, vous devriez rougir de honte.
ARLEQUIN :
Allons, ma mie, soyons bonnes gens sans le reprocher, faisons du bien sans dire d'injures. Ils sont contrits d'avoir été méchants, cela fait qu'ils nous valent bien ; car quand on se repent, on est bon.
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La Colonie de
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
ARTHÉNICE : Messieurs, daignez répondre à notre question ; vous allez faire des règlements pour la république, n'y travaillerons-nous pas de concert ? À quoi nous destinez-vous là-dessus ?
HERMOCRATE : À rien, comme à l'ordinaire.
UN AUTRE HOMME : C'est-à-dire à vous marier quand vous serez filles, à obéir à vos maris quand vous serez femmes, et à veiller sur votre maison : on ne saurait vous ôter cela, c'est votre lot.
MADAME SORBIN : Est-ce là votre dernier mot ? Battez tambour ; et vous, allez afficher l'ordonnance à cet arbre.
ARTHÉNICE : Elle vous apprendra que nous voulons nous mêler de tout, être associées à tout, exercer avec vous tous les emplois, ceux de finance, de judicature et d'épée.
HERMOCRATE : D'épée, Madame ?
ARTHÉNICE : Oui d'épée, Monsieur ; sachez que jusqu'ici nous n'avons été poltronnes que par éducation.
(…)
MADAME SORBIN : De même qu'au Palais à tenir l'audience, à être Présidente, Conseillère, Intendante, Capitaine ou Avocate.
UN HOMME : Des femmes avocates ?
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