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Par Eipoca, le 03/01/2012
Le chemin des flammes de
Pierre Feuga
- [...] Tout me paraît de plus en plus simple ou plutôt - difficile à exprimer - ce n'est ni compliqué ni simple. On peut juste dire: c'est.
- Comment concrètement ressens-tu cette évidence?
On ne peut pas être ailleurs que là où l'on est. Voilà, ça paraît peut-être bête mais, si tu creuses ce truisme, une lumière va jaillir. Par exemple tu vas voir que le problème de la concentration est un faux problème. On te dit: concentre-toi sur le présent, et ça paraît très difficile parce que très vite, si tu essaies, tu vas te sentir embarqué dans le passé, à travers un souvenir, ou dans le futur, à travers un projet. Mais c'est un leurre,un trompe l'oeil. En fait, tu es toujours dans le présent, tu ne peux pas être ailleurs. Tout ce à quoi tu penses est présent, que ce soit un souvenir ou un projet. Puis tu comprends que l'essentiel n'est pas l'objet qui est ici ou là-bas, mais ta présence à cet objet. Alors vient la présence pure. C'est ahurissant. Il n'y a plus d'objet ou, s'il y en a encore un, tu ne le sens plus différent de toi. Tu n'es plus "présent à", tu es la présence. Cet état se coule en toi, te pénètre tout naturellement, sans effort, il est là quand tu t'endors, il est là quand tu te réveilles. Alors il se passe une chose assez étrange et assez comique: les gens s'imaginent que tu as trouvé la réponse; en fait tu as perdu la question.
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Par Eipoca, le 03/01/2012
Le chemin des flammes de
Pierre Feuga
Nous n'attraperons jamais l'Eveil car nous sommes l'Eveil. C'est une joie si insupportable que nous préférons encore inventer un dieu, un diable, un maître, n'importe qui, n'importe quoi mais pas ça, pas cette chose toute simple et qui nous ferait brusquement rire et pleurer. Alors nous retardons, nous éludons, nous remettons à demain, à après-demain ou - chimère suprême - à une autre vie, nous proclamons que les hommes autrefois avaient l'Eveil ou que les hommes du siècle prochain l'auront. Ou bien nous reconnaissons à certains êtres privilégiés le droit d'avoir l'Eveil et pas nous.
Ainsi passe la vie et cela n'a pas vraiment d'importance. Même quand nous le refusons, l'Eveil est toujours là, dans la pénombre, souriant. Il n'attend pas son heure car il n'a pas d'heure. En chacune de nos joies il se glisse, en chacune de nos douleurs il se glisse.
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Par Eipoca, le 03/01/2012
Le chemin des flammes de
Pierre Feuga
Je traduis un vieux Tantra du Cachemire où il est dit: "En revoyant un certain lieu où l'on a vécu jadis, qu'on laisse aller son souvenir vers tel ou tel objet. Alors, voici que le corps perd tout appui et, là, le Souverain omniprésent s'avance." Je regarde ma propre vie comme une ruine. Toutes les colonnes se sont écroulées. Les bras de marbre des anciennes idoles se mêlent à des lambeaux moisis de vieux bouquins. J'erre en silence dans cette destruction mais je ne ressens pas de tristesse; seulement une paix immense, ineffable, la certitude de rentrer enfin chez moi.
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Par Eipoca, le 03/01/2012
Le chemin des flammes de
Pierre Feuga
La beauté du yoga, comme du tai-chi, est même, dirais-je sans paradoxe, qu'ils ne servent à rien, pas plus qu'un poème, une sonate ou un tableau. Il n'est sans doute pas indifférent de savoir que telle posture agit sur le plexus nerveux ou telle glande endocrine. Mais lorsqu'un Hindou traditionnel pratiquait jadis les âsanas, il rendait avant tout hommage à la Puissance divine. Chaque attitude corporelle était associée pour lui à un aspect de la Nature, à une "matrice" ou condition d'existence.
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Par Eipoca, le 03/01/2012
Le chemin des flammes de
Pierre Feuga
Il est bon de guérir [l'élève] de l'idée tenace d'un "progrès" construit, d'un "but" bien déterminé atteint au terme d'un "programme" clairement articulé. Tout cela est fiction car plus on avance, plus la notion de but s'estompe: on prend conscience qu'on est soi-même le but, que la pratique elle-même, avec la joie qu'elle donne, est le but. La seule fonction de l'enseignant est de faire saisir à l'élève ceci: "Tu es ton propre but, tu es ton propre Eveil. [...]."