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Critiques de Pierre Jourde


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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 13/11/2012


    La Littérature sans estomac La Littérature sans estomac de Pierre Jourde

    Lire "La Littérature sans estomac", c'est comme entrer dans un bon restaurant gastronomique. Véritable réjouissance pour nos papilles cérébrales, cet ouvrage (dont le titre est certainement un clin d'œil au pamphlet de Julien Gracq intitulé "La Littérature à l'estomac") distille une fine liqueur critique dont la saveur est inégalable. Mais celui qui nous régale ici, qui met du sel et du piquant sur des morceaux réchauffés, c'est Pierre Jourde. Car les ouvrages présentés sont fades et sans saveur. Pourtant, et c'est bien là tout le scandale, leurs auteurs ont été montés au pinacle par une sorte d'intelligentsia où mercantilisme, hypocrisie et ronds de jambe sont les sirènes du succès (et la cerise sur le gâteau).

    On rit à la lecture de ces textes. Jourde se veut piquant et emploie toute la palette de l'ironie pour faire mouche. J'avais déjà lu le fameux "Jourde et Naulleau". J'ai retrouvé dans "La Littérature sans estomac" ce ton qui m'avait plu, ces remarques assassines, cette autopsie minutieuse des romans cités.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-des-xxe-et-xxie-si%C3%A8cle...

    Critique de qualité ? (52 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par araucaria, le 05/05/2013


    La Littérature sans estomac La Littérature sans estomac de Pierre Jourde

    Un livre intéressant qui peut conduire à faire de sérieuses économies de temps et d'argent en faisant une sélection "d'auteurs" à ne surtout pas lire. J'ai pu le vérifier personnellement ayant acheté des oeuvres de quelques prétendus écrivains cités ici, et m'étant rebellée contre la médiocre qualité des livres et la pauvreté des styles et des sujets. Ces oeuvres je les avais lus sans conviction, ou plutôt avec la conviction que ces textes étaient creux, sans intérêt, des attrapes-nigauds pour lecteurs non avertis, pour naïfs pensant que toute écriture devait nécessairement être de qualité.
    Je ne distribue cependant que trois étoiles à cet essai, car j'y ai détecté des longueurs. Le texte est souvent ardu et je me suis ennuyée à la lecture du dernier chapitre, représentant la valeur de près de cent pages.


    Lien : http://araucaria.20six.fr

    Critique de qualité ? (25 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 09/09/2012


    Le Jourde et Naulleau : Précis de littérature du XXIe siècle Le Jourde et Naulleau : Précis de littérature du XXIe siècle de Pierre Jourde

    Pour me guérir de ma panne de lecture et de mes déceptions de ces dernières semaines, rien de tel qu’un ouvrage peau de vache et langue de vipère. Le sous-titre de cet ouvrage est Le petit livre noir du roman contemporain, mais ses auteurs le présentent comme le volume manquant de la collection des Lagarde & Michard. Ils se posent en archéologues de la littérature, à une époque où celle-ci serait morte depuis des décennies. Leur ouvrage est donc un hommage essentiel : « Les textes qui figurent dans ce recueil, aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd’hui, ont bel et bien été écrits, relus, publiés et vendus. C’étaient d’autres mœurs. » (p. 8)

    Vous l’aurez compris, le second degré est de rigueur. Si vous en êtes dépourvus, euh… tant pis ! En portant ironiquement aux nues des écrivains controversés, Pierre Jourde et Éric Naulleau pointent ce qui les exaspère dans la littérature contemporaine. Et pour que le lecteur saisisse pleinement ces (nombreux défauts), les deux auteurs trublions proposent à la fin de chaque chapitre des exercices de réécritures ou d’argumentation. « Rétablissez la syntaxe normale. Profitez-en pour réviser les règles de l’indirect libre. » (p. 20)

    Devant le succès commercial de Marc Levy, ils estiment qu’« il n’est pas imaginable que tant de millions de gens puissent avoir un goût déplorable. L’histoire le prouve. » (p. 9) Passons à l’autofiction : « Quant à la vacuité, le lecteur de Christine Angot ne perd en effet rien pour attendre. » (p. 27) Pour ce qui est d’Anna Gavalda, les auteurs portent un jugement définitif sur son écriture : « Encore une expression toute faite. Très important pour donner à un texte cette allure sympa, simple et franche qui attire toute de suite la sympathie. Surtout pas la moindre difficulté. Il faut que ça coule tout seul. » (p. 47 & 48) Finissons avec Alexandre Jardin : « Comme beaucoup de grands écrivains, Alexandre Jardin n’a pas de biographie : sa vie est dans son œuvre. » (p. 133)

    Et ils en ont autant pour Madeleine Chapsal, Philippe Labro, Philippe Sollers, Bernard-Henri Lévy, Marie Darriessecq, Camille Laurens, Patrick Besson, Florian Zeller, Emmanuelle Bernheim et Dominique de Villepin. Il paraît que c’est snob de dire du mal de Musso et consorts. Mais en quoi est-ce snob de dire qu’on préfère un rumsteck à l’échalote plutôt qu’une tranche de jambon blanc allégé et pauvre en sel ? Pierre Jourde et Éric Naulleau n’ont pas de tels complexes et ils nous rappellent que la littérature doit avoir du corps et qu’il est de bon goût d’être fine bouche.

    Voilà un ouvrage très drôle et particulièrement féroce qui rappelle au lecteur qu’il ne doit pas se fier aux sirènes corrompues de la grande distribution éditoriale. Pour ma part, je sais que je peux toujours revenir vers mes chers classiques du 19° siècle. La littérature y est bien vivante.

    Critique de qualité ? (25 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par oops, le 02/04/2012


    Pays perdu Pays perdu de Pierre Jourde

    Pierre, le narrateur et son frère quittent pour quelques jours la ville afin de se rendre dans un hameau perdu de vingt cinq habitants dans le Cantal où ils ont eu l’habitude de passer leurs vacances durant leur enfance. Le vieux cousin Joseph a fait du frère de Pierre son héritier, c’est dans une masure crasseuse à la ressemblance de l’infâme solitaire qui y vivait, que les deux frères débarquent. A leur arrivée, ils apprennent le décès de Lucie, la fille des voisins avec laquelle ils ont partagé quelques heures de leur enfance. Dans ces terres reculées les veillées funèbres sont l’occasion de se souvenir et de rencontrer les habitants du village restants, ceux notamment que l’auteur a connu puisqu’ils l’ont vu grandir au fur et à mesure qu’il venait en vacances. Ainsi l’auteur fait le portrait de ces villageois d’un autre temps où le froid et le désoeuvrement les amènent à se noyer dans l’alcool avec des conséquences impitoyables. Un roman âpre et rugueux qui décrit un monde paysan désuet que l’on préfère ignoré de l’intérieur de notre petit confort douillet. Cette chronique autobiographique a d’ailleurs valu un procès à l’auteur, tant les villageois se sont insurgés contre ce qu’il avait écrit sur eux. Pour connaître la région et le monde paysan, j’ai trouvé les portraits authentiques et la vie des uns et des autres très réalistes. Avec une certaine poésie l’auteur fait passer de vraies émotions tout en assumant de dire avec ces mots ce que ces villageois auraient sans doute voulu ne pas étaler au grand public !


    Lien : http://ma-bouquinerie.blogspot.com

    Critique de qualité ? (20 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 18/01/2013


    Le Tibet sans peine Le Tibet sans peine de Pierre Jourde

    Mi descente aux enfers façon Nicolas Bouvier relatée dans Oeuvres, mi folle équipée de Tintin au Tibet avec capitaine Haddock, épuisement et tempête aux basques, Le Tibet sans peine de Pierre Jourde s'avère plus que sans.
    C'est avec un humour mordant, que cette "tête folle" relate son périple vers le Zaskar (qui, on s'en doute "a peu de points communs avec l'île de Ré") au côté de son copain Thierry Tullipe, une "tête brûlée".
    Après être revenu dans la première partie de ce récit autobiographique sur les deux voyages précédents qui ont mené de "jeunes banlieusards occidentaux" vers l'Inde du nord et le Népal en 1980, puis le Tibet, Pierre Jourde évoque en se moquant leur "impréparation" et leurs motivations de touristes voulant récupérer sur place leurs précieuses diapos volées à Paris.
    Point de guide du parfait voyageur ici, mais un parcours du combattant entrecoupé d'épreuves: escarbille de bois dans l'oeil,crevaison de bus,orage de grêle,beuveries,crasse,manque de vivres,chaussures gelées réchauffes au camping gaz,gastroentérite....bref les voilà entre "l'homme et la merguez"!!!
    Outre l'autodérision constante qui rend le style de ce récit alerte et agréable à lire, Pierre Jourdre parle aussi d'amitié car des liens se tissent entre baroudeurs embarqués sur une même galère enneigée, abrupte et un brin délirante car les dégaines changent: lui même devient un "monstre" couvert de croutes, alors que Thierry "s'apprête à passer la porte d'un rade de Cavaillon pour commander une mauresque",Christian qui se joint au groupe a l'air "de chercher un camping quatre étoiles de Saint Jean de Luz, Moe qui suit leurs pas est un "Juif woodyallenien" et l'Anglaise Pamela, ramassée en route "s'en va faire la manche à Picadilly Circus".
    De blanc "sans issue et sans repères" en "enfants moines" souriants en lamaseries accueillantes, ce sont des paysages absolus qui se révèlent à eux et des habitants à l'hospitalité incroyable qui leur ouvrent leur porte.
    Le Tibet sans peine est un chemin de croix mais une victoire sur les peurs d'enfants, une rencontre sur leur propre chemin intérieur qui sans nul doute en valait la peine.
    Auteur de plusieurs romans, Pierre Jourde qui confie dans Le Tibet sans peine qu'il venait d'obtenir son agrégation après un an d'école normale, a écrit Pays perdu, Festins secrets et La littérature sans estomac...

    Critique de qualité ? (17 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par madameduberry, le 10/03/2014


    Pays perdu Pays perdu de Pierre Jourde

    C'est le premier ouvrage de Pierre Jourde que je lis, avec fascination. Comment ne pas être happé par l'écriture jourdienne, qui épouse si bien les reliefs de la Montagne cantalienne, et les visages ravinés de ses autochtones? Quiconque connaît ce terroir du Centre de la France, cette terre d'oubli entre forêts sombres et villages de basalte noir, ceinturée par l'autoroute, sera sidéré par le travail littéraire, le tableau si expressif de cette solitude du fond des âges, qui échappe cependant au double piège du réalisme et du symbolisme, par un savant et infinitésimal dosage des deux, alchimie particulière réussie grâce au précipité de l'émotion et de l'âme.
    Le titre sans doute m'a attirée, dans sa mélancolie et sa brutalité mêlées.
    La référence proustienne, cependant inscrite dans le rapport de Jourde à la littérature, est ici balayée d'un revers de main. Ici toute recherche s'arrête, ici commence la rencontre avec un pays perdu depuis toujours, au sens du bled paumé comme à celui de la séparation subjective. Jourde ne risque pas même le mot de retour, puisque cet écrit qui parle tant d'humus, de racines végétales, mais aussi de cloaque et de destruction lente ou accidentelle des corps, résonne quelque peu comme un adieu. Il y a dans ce livre une triple référence à la mort d'un individu: celle du père de l'auteur, à qui semble dédié ce livre, la mort du lointain cousin, qui fait signe aux vivants en lèguant son maigre bien au seul des apparentés qui venait , de loin en loin, lui rendre visite, et celle, cruellement absurde, d'une fillette dont le sourire et la beauté enfantine marquent les souvenirs de l'auteur.
    Le livre est construit autour d'un bref voyage afin de règler une improbable succession, et les obsèques d'une enfant, Lucie (lumière…), décédée de leucémie. Ce rituel funèbre, ainsi que la coutume des visites à la défunte sont le champ dans lequel entrent et sortent vivants et morts, ceux qui viennent et ceux qui ne viennent pas rendre ce dernier hommage. La caméra subjective, le regard de Pierre Jourde, nous fait découvrir en plan serré ou en champ-contrechamp toute une humanité isolée du reste de l'humanité, sculptée par le travail, à peine déviée de son cheminement sourd et aveugle au reste du monde par les unions dont certaines sont brèves, et les autres génératrices de coupures familiales définitives.
    C'est là que la littérature devient réalité, et c'est là que prit naissance le ressort de la haine et du rejet, manifestée par une forme de lynchage des personnages de Jourde contre lui et contre sa famille, après la parution de Pays perdu..
    Sans prendre position sur le fond, sûrement complexe, de l'affaire, sans revenir au débat sur l'auto fiction et ses conséquences, et sans remettre aucunement en cause la qualité littéraire de l'oeuvre ni l'intention de l'auteur,
    je partage quelques réflexions, qui resteront sûrement superficielles.
    La force et le pouvoir de l'écriture, est aussi, comme le disait magnifiquement Levi- Strauss, ce qui permet l'existence et le maintien d'une forme de domination. Face à ce qu'ils ont reçu comme une intrusion et une insulte, les personnages ripostent, non avec l'usage des mots dont ils n'ont pas la maîtrise, mais avec la violence qu'ils pensent leur être faite. Et ils chassent le traître du pays, obéissant à la même logique que celle qui anime Jourde, en n'en conservant que la versant du rejet. Car la fascination-répulsion de l'auteur pour ses origines a pu être traitée par l'écriture. Mais il n'en va pas de même pour ses personnages, qui n'ont pas sur eux-mêmes un regard transcendé par la littérature et la poésie, pour eux un mot est un mot, et une pierre est une pierre.

    Critique de qualité ? (13 l'ont appréciée)


    • Livres 2.00/5
    Par paroles, le 31/08/2013


    La Littérature sans estomac La Littérature sans estomac de Pierre Jourde

    Pourquoi ai-je lu ce livre ? Soyons franche, j'ai sauté pas mal de paragraphes.
    Pourquoi ferai-je miennes les critiques de Jourde ? Je préfère garder mon libre arbitre, même si je reconnais que certaines proses sont indigestes et que les best-sellers sont affaires de monnaie et non de style.
    Oui oui oui.

    Les critiques sont traitées très sérieusement. Je les aurais aimées saupoudrées d'un peu d'humour. Elles sont démonstratives (beaucoup d'extraits choisis), analysées (plutôt démontées avec preuves à l'appui) et parfois ennuyeuses (c'est vrai, il ne peut s'adresser au commun des lecteurs, alors parfois je me suis perdue).
    Si si si.

    Et puis pourquoi justifierses choix ? Chacun peut lire ce qui lui plaît. Et si lire "la première gorgée de bière" procure à son lecteur un instant de plaisir ou de paix, pourquoi l'en priver ?

    Encore une question ("une freudolacanerie ça peut être amusant"). La vraie littérature, qu'est ce c'est ? Moi, je suis bête, je ne sais pas. Enfin, j'ai bien un petit avis, mais c'est le mien, c'est à dire pas grand chose (oui je plagie !). Pour moi, la vraie littérature c'est celle qui vous fait voyager, apprendre, rêver, espérer, aimer.

    Enfin, tout le monde peut se tromper puisque Pierre Jourde, lui-même, a apprécié le dernier livre de Camille Laurens (voir article du Nouvel Obs du 22 avril 2013), auteure si décriée ici.

    Critique de qualité ? (13 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par fureuretmystere, le 15/01/2014


    La première pierre La première pierre de Pierre Jourde

    Suite à la parution de "Pays perdu", où il se livre à un portrait du très reculé village auvergnat de son enfance, l'auteur s'est vu lynché par les familles du village, qui ont très mal reçu ce témoignage, qui se voulait pourtant lyrique et laudatif. La mise au jour de certains secrets de famille autant que la description de leur misère ont été très mal vécues par les habitants qui ont jeté l'opprobre sur Jourde et les siens. "La Première Pierre" raconte les suites de cette affaire, le procès, les conséquences plusieurs années après....L'auteur se livre à une poignante explication de texte, en mettant l'accent une nouvelle fois sur ce "pays perdu" qui malgré sa boue, son absence de modernité, ses vices et ses travers, demeure pour lui un éden pur et simple auquel il revient toujours et qu'il a voulu louer et sublimer par une oeuvre littéraire. Un très beau récit, porté par une plume somptueuse.

    Critique de qualité ? (10 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Tempuslegendae, le 09/06/2013


    Le Maréchal absolu Le Maréchal absolu de Pierre Jourde

    Un potentat sanguinaire et paumé se raconte. Assiégé dans son palais par des factions rebelles, le maréchal se confie à son secrétaire particulier. Régnant en despote depuis des années sur la République d’Hycrasie (Il s’agit d’un État imaginaire du tiers monde), il refuse qu’un autre s’approprie son histoire. Il se souvient de sa garde secrète, de ses maîtresses, et même de ses fils, qu’il a liquidés. Alors qu’au dehors les insurgés se préparent à livrer un dernier assaut, il s’efforce de reprendre la main tout comme de retrouver prise sur une réalité qui lui échappe.
    Entreprise ubuesque pour cet expert en simulacres que de rétablir la vérité sur son empire. Dans ses délires paranoïaques, il avait engagé tant de sosies qu’il doute aujourd’hui de sa propre identité. Se sentant aculé, l’autocrate (mélange parfait de Staline, de Kadhafi, d’Hamin Dada) déclenche une véritable apocalypse de faits. Son théâtre d’ombres s’écroule, et lui avec.
    Une chute décrite à tous les stades (l’avant, le pendant, l’après) par quatre narrateurs à autant d’interlocuteurs. Ce récit choral, foisonnant de personnages, d’intrigues, de complots malsains, entrelace les versions d’une même histoire afin de révéler l’infinie complexité humaine. C’est alors que la fiction rattrape curieusement la réalité. Est-ce un défit?
    Miroir du passé et du présent, le roman peut se lire comme une synthèse des régimes totalitaires post-coloniaux, de l’effondrement de l’URSS et des dictatures latino-américaines jusqu’au printemps arabe, sans oublier le renversement de Saddam Hussein. Pierre JOURDE recrée un monde issu de cette déliquescence politique, idéologique et morale. On aimerait passer le plus vite possible devant ce miroir tant il nous éprouve. Nos sociétés contemporaines seraient-elles à l’abri? Que (ou qui) se cacherait-il en embuscade? Les systèmes et les noms changent mais l’esprit reste, si l’on croit, bien sûr, que ce mot convient à la chose.
    Il faut saluer l’habile travail de composition: toutes les parties s’éclairent l’une par rapport à l’autre, et les fragments s’assemblent en une absurdité sale, sanglante, cauchemardesque. C’est ainsi que les personnages se dévoilent progressivement. Á la stricte linéarité des faits, Pierre JOURDE préfère les prolepses, les flash-back, les piétinements, afin de réorchestrer l’incompréhension face à l’hystérie collective mais aussi l’inconsistance humaine. Les tyrans et les opprimés ne joueraient-ils pas un même jeu? C’est au fond ce qui désole le maréchal; ses sujets, il ne les possède que lors de leur exécution: «Tu as beau les tuer, ils s’obstinent à mourir.»
    Un beau roman et un livre atroce, qui vous marche de suite sur les pieds et qui ne se laisse pas oublier facilement. Au fond, n’est-ce pas vraiment ceci qui nous ébranle, voire même nous attire en littérature?

    Critique de qualité ? (10 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par PetitDragon, le 12/01/2013


    La Littérature sans estomac La Littérature sans estomac de Pierre Jourde

    Pour qui a décidé depuis longtemps de ne plus acheter les Goncourts, pour qui se désole de la sottise de livres qu'on achète, non pas pour les lire, mais parce qu'il faut les avoir achetés, pour qui est consterné par la béatification d'une certaine intelligentia parisienne, ce pamphlet est un contrepoison bien plaisant. On peut cependant regretter que les auteurs estimés par Jourde soient eux ausssi assez abscons.
    Les citations qui illustrent les critiques sont hilarantes.

    Critique de qualité ? (10 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par jcfvc, le 26/10/2009


    La Littérature sans estomac La Littérature sans estomac de Pierre Jourde

    Un violent pamphlet contre le monde littéraire parisien, qui selon Jourde, autour du grand gourou Sollers et de la rédactrice en chef du Monde des livres, encense des auteurs qu'il juge médiocres. Il déplore le manque de polémiques dans le monde littéraire, le "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Parmi les "scribouilleurs" éreintés dans cet ouvrage : Sollers, Begbeider, Angot, etc..... >Il dit aussi du mal de Houellebecq, mais lui reconnait un certain talent. Même chose pour Catherine Millet. Suite à ce brulôt ("la littérature sans estomac") Jourde a d'ailleurs dû comparaître devant la justice pour diffamation à l'égard de la rédactrice du monde des livres (Josiane Savignon).


    Lien : http://jcfvc.over-blog.com

    Critique de qualité ? (10 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Shan_Ze, le 01/09/2014


    La présence La présence de Pierre Jourde

    Petit livre sur les maisons et sur les craintes qu’elles nous inspirent. Qu’elles soient maisons de campagne de famille ou maisons de passage, avant de retourner chez soi, chacune de ses maisons donne l’impression d’ « être » à part entière. L’auteur laisse ses terreurs le submerger, prendre forme et faire de la nuit, le moment propice à les réveiller.
    Ceci n’est pas un roman, ni une histoire simplement des impressions d’enfance et d’adulte sur ce que lui inspire les maisons. J’ai parfois eu un écho en moi de cette « présence » de maison qui n’avait pas encore de nom. C’est un texte angoissant par moments mais qui tombe juste. Un auteur que je relirai.

    Critique de qualité ? (9 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par mdhennin, le 21/10/2012


    Festins secrets Festins secrets de Pierre Jourde

    Le talent de Pierre Jourde éclate dès les premières pages de ces festins secrets. Son écriture est ébouriffante, anxieuse, frénétique. Elle prend le lecteur par la main et l'emmène loin, dans des territoires inconnus, aux frontières du réel, dans les tréfonds de l'âme humaine. Cet endroit que Jourde appelle Logres nous semble aussi familier qu'irréel. Là, angoisses et cauchemars sont au rendez-vous. On y passe un moment pas forcément toujours agréable, mais de ce malaise, on en ressort plus fort, plus vivant. Le tout est très précis, à la limite de la surenchère lexicale.
    Ce livre est un véritable remue-ménage de l'esprit.

    Critique de qualité ? (9 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par nath45, le 06/10/2013


    Pays perdu Pays perdu de Pierre Jourde

    Le narrateur nous emmène dans le village ou il a passé son enfance il est accompagné de son frère car celui-ci doit hériter du cousin Joseph. A leur arrivée ils apprennent le décès de Lucie qui petite les regardait lire et dont ils gardent en mémoire le sourire qui ne l’a jamais quitté malgré la maladie. C’est l’occasion pour l’auteur de nous offrir une description réaliste de ce petit hameau, avec les habitudes de ses villageois, il nous fait partager leur vie, ses émotions, ses souvenirs dans une écriture sans concession, mais poétique. Je n’ai pas trouvé ce livre dérangeant, il m’a rappelé mes vacances dans un petit village jurassien dont les habitudes étaient parfois similaires. Je pense que certains villageois se sont sentis insultés, les mots peuvent devenir des coups de poignard et être très douloureux quand ils ne sont pas compris ou expliqués.

    Critique de qualité ? (8 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 19/08/2009


    Le Jourde et Naulleau : Précis de littérature du XXIe siècle Le Jourde et Naulleau : Précis de littérature du XXIe siècle de Pierre Jourde

    Pour celles et ceux qui se plaignent de l'aridité de l'actuel paysage littéraire français, en tous cas tel que nous le révèlent les grandes maisons d'édition, ce "Précis de littérature du XXIème siècle", qui parodie avec verve le mythique "Lagarde & Michard" (en plusieurs volumes) de notre studieuse jeunesse, est incontournable.

    Avec un sadisme et une allégresse que Voltaire ne renierait pas, Pierre Jourde et Eric Naulleau tirent à boulets rouges sur leurs têtes de turc favorites (essentiellement Christine Angot, BHL et Philippe Sollers) en leur adjoignant de nouvelles cibles, comme Philipe Labro, Patrick Besson, Anna Gavalda et Marc Lévy (entre autres).

    "Répétitif", ont dit certains. "Réac'", en ont aboyé d'autres en montrant les dents (du moment qu'on s'attaque à la bien-pensance, en France et de nos jours, on est fatalement réactionnaire, c'est comme ça, tenez-vous-le pour dit. ) "Ah ! c'est facile, de se moquer !" a conclu le choeur des âmes généreuses (comme s'il y en avait au sein de ce qui s'autoproclame la "République" des Lettres.)

    Mais dans ces conditions, pourquoi rit-on tellement en assistant à ces mises à mort où la gaieté le dispute à une cruauté bien réelle ?

    Tout d'abord parce que Jourde et Naulleau ont du talent. De la première jusqu'à la dernière page, leur "Précis ..." en est bourré, serti dans une ironie dévastatrice de la plus belle eau et mis encore plus en valeur par une culture qui ne pourra que réveiller de doux souvenirs chez tout littéraire authentique.

    Ensuite parce que l'écrasante majorité des auteurs cités arborent en public, et notamment sous la loupe grossissante des caméras de télévision, un "Moi" hypertrophié, la morgue insoutenable de la créature qui se croit d'élite sans l'être le moins du monde et l'incroyable condescendance du Monsieur ou de la Madame Je-Sais-Tout-J'Ai-Tout-Vu-Et-Vous-Etes-Des-Cloches. Ajoutez à cela que certains membres de ce noble aréopage se permettent d'enseigner ou d'avoir enseigné ... la littérature (consternant, n'est-ce pas ? ).

    Enfin et surtout parce que, dans la culture de notre pays, la littérature, les livres et plus encore les romans relèvent du Sacré, de la Magie, de l'Intangible. Or, les auteurs (ou prétendus tels) abondamment cités par Jourde et Naulleau n'arrêtent pas de blasphémer. A la place de ce roman tant aimé, ils ont dressé cette idole infernale qu'ils nomment (pompeusement) "autofiction" et à laquelle ils ne sacrifient, sachez-le bien, que parce qu'il est beaucoup plus facile, quand on dispose d'un ego hyper-narcissique et de très peu d'imagination, d'écrire sur les frémissements de son nombril et les variations de son transit intestinal que d'imaginer une intrigue cohérente et passionnante, avec des personnages qui vous empoignent le coeur et ne le lâchent plus.

    Alors, forcément, quand on voit tout ce beau monde, qui s'avance d'ordinaire sous la lumière des projecteurs à un train digne d'un chef d'Etat en visite protocolaire - quand on voit tout ce beau monde, disais-je, s'étaler dans la poussière du ridicule, quand on voit leurs énormes fautes de grammaire, leurs phrases "à la Duras", la tonne de clichés qu'ils offrent comme dialogue (ou monologue) à leurs personnages, l'allure de limande-sole des personnages en question (trois idées dans la tête mais pas plus : elle éclaterait), le tout saupoudré d'une auto-complaisance qui, en l'espèce, constitue le seul trait remarquable de leur oeuvre ...

    ... on rit. Parfois même aux éclats. Très souvent, l'envie irrésistible de faire partager sa joie est telle qu'on court chercher un ou plusieurs auditeurs et qu'on lui lit l'extrait du "Précis ..." qui a déclenché notre hilarité. On en arrive d'ailleurs à penser que Jourde et Naulleau devraient songer à une édition audio tout en regrettant que Pierre Desproges ou Claude Piéplu ne soient plus là pour nous la faire savourer dans sa plénitude.

    Pour vous consoler, sachez que vous trouverez bientôt quelques extraits choisis de cet indispensable ouvrage dans notre rubrique adéquate. D'ici là, tâchez de vous le procurer : dans un siècle (et peut-être avant), "Le Précis de Littérature du XXIème Siècle", par Pierre Jourde & Eric Naulleau, vaudra beaucoup plus que l'édition la plus rare de Philippe Sollers, Madeleine Chapsal ou BHL. ;o)

    Critique de qualité ? (7 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par marcbordier, le 26/11/2012


    Le Maréchal absolu Le Maréchal absolu de Pierre Jourde

    Je suis enfin venu à bout du Maréchal absolu, le roman somme que Pierre Jourde a publié à la rentrée. Je l'avoue, cette lecture a été longue et laborieuse. Il m'aura fallu plus d'un mois pour l'achever. A ma décharge, il faut dire que ce pavé se lit difficilement, pas tellement à cause de sa longueur (un peu plus de 750 pages), mais plutôt de son contenu, qui déroutera plus d'un lecteur par son ambition et sa démesure. L'auteur lui-même s'en inquiète dans une interview donnée au Salon littéraire début septembre. Plus récemment, il a reconnu à demi-mot sur son blog que le roman n'a pas rencontré son public. C'est bien dommage, car malgré ces difficultés, l'ouvrage mérite qu'on lui accorde un peu d'attention.
    Construit sous la forme d'une tétralogie, le livre raconte la fin d'une dictature post-coloniale dans un pays imaginaire. Le premier chapitre s'ouvre sur un monologue dans lequel le tyran assiégé par les rebelles dans la capitale s'adresse à son fidèle secrétaire particulier avant de finir les vertèbres brisées dans une scène de pendaison qui rappelle fortement celle de Saddam Hussein. Dans le deuxième chapitre, le lecteur apprend avec stupeur que l'homme qui a été pendu n'était qu'un des innombrables sosies du Maréchal. Le vrai, lui (mais peut-être ne s'agit-il là encore que d'un double...), commente la chute du régime depuis l'une de ses innombrables abris secrets. Dans le troisième, c'est un personnage jusqu'alors secondaire qui prend la parole : cinquante ans après la chute du régime, l'agent des services spéciaux Schlangenfeld raconte à un journaliste les évènements auxquels elle a assisté et met en scène le rôle trouble joué par les services secrets dans l'ascension et la chute du despote. Enfin, dans le quatrième et dernier chapitre, c'est le secrétaire particulier lui-même qui, encore bien des années plus tard, se remémore depuis son lit d'hôpital les derniers jours du Maréchal et sa tentative désespérée pour reconquérir le pouvoir.
    Vous l'aurez deviné à la lecture de ce résumé : Le Maréchal absolu est un récit complexe, polyphonique et multiple. Il fait se croiser une série de points de vue différents sur des événements par nature confus, navigue entre le passé, le présent et l'avenir dans un tourbillon vertigineux qui laisse le lecteur étourdi. Cette narration sophistiquée pousse jusqu'à son paroxysme un jeu de reflets dans lequel nous venons à douter de la réalité et de la fiction. Qui parle ? Qui est le vrai Maréchal parmi tous ces sosies ? Qui se cache derrière ce "tu" destinataire ? Comment se retrouver dans ce délire égotiste ?
    L'ouvrage porte le nom de roman, mais, à y regarder de plus près, il appartient en fait à une multiplicité de genres littéraires : l'épopée, le récit fantastique, le manuel de sciences politiques, le roman d'apprentissage, le roman historique, le récit picaresque, le roman d'espionnage, la farce rabelaisienne, le roman burlesque et même le théâtre comique entrent dans sa composition. Il y a du Machiavel dans ce récit, par la manière dont il met à nu les rouages de la mécanique du pouvoir, mais aussi une réflexion philosophique sur les rapports entre la réalité et la fiction, une synthèse historique des régimes dictatoriaux issus de la décolonisation et de la guerre froide, une farce burlesque à la Ubu roi, un plaidoyer humaniste pour la libération de la femme dans les régimes soumis à la loi islamique…. Ce roman touche à tout est un objet à l'ambition démesurée. Pas étonnant qu'il ait dérouté les lecteurs et la critique.
    Pour ma part, je l'avoue, j'ai dû me faire un peu violence pour l'apprécier véritablement. Dans un premier temps, j'ai été rebuté par la trivialité et la truculence dont il se réclame. Il est vrai que le corps y est omniprésent, de préférence laid, obscène, obèse, difforme, gangréné, répugnant, déliquescent et putréfié. Mais une fois parvenu à rentrer dans l'univers de l'écrivain, je me suis pris au jeu, et au moment de refermer le livre, je n'ai pas regretté mes efforts.


    Lien : http://www.marcbordier.com

    Critique de qualité ? (6 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Sand94, le 06/06/2011


    La présence La présence de Pierre Jourde

    Le peur nocturne, les vieilles maisons silencieuses, le silence pesant, les réminiscences de l’enfance, le parquet qui craque, la porte qui s’ouvre et se ferme comme d’elle-même. Pierre Jourde dans ce court texte revient sur ses peurs anciennes et toujours présentes. Ces peurs que je connais si bien, depuis l’enfance aussi, irraisonnées, incontrôlables, comme Jourde j’ai en mémoire de ces nuits d’insomnie passées la lampe de chevet allumée toute la nuit, les livres lus, les lettres écrites pour faire diversion, et l’endormissement aux premières lueurs du jour perçant à travers les volets non clos. J’ai fini ce texte ce matin, la maison était silencieuse et déserte, cette maison qui est la mienne, que je connais bien, et pourtant, malgré le jour, les angoisses de Jourde ont su répondre aux miennes. Peur, de la mort, du silence, de ceux qui ne sont plus, de ce que nous ne serons plus, un jour.


    Lien : http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2011/06/06/la-presence-pierre...

    Critique de qualité ? (6 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Margotte, le 06/05/2011


    La présence La présence de Pierre Jourde

    Je ne connaissais de Pierre Jourde que les essais. La littérature sans estomac avait été l'occasion de bien des rires chez moi, et je me souvenais avec enthousiasme de Petit déjeuner chez tyrannie. Ce livre m'a permis de découvrir le romancier qui vaut le détour...
    Il nous convie ici à un étrange retour au monde de l'enfance et de l'adolescence. Une nuit d'insomnie angoissée dans une maison pourtant familière embraye le processus mémoriel qui va engendrer l'inflation de l'imaginaire.
    Si certains partent à la campagne pour se ressourcer, le narrateur, lui, cherche à se "vautrer" dans l'imaginaire... au risque de réveiller de bien sombres monstres qui sommeillent dans la "chambre du fond", lieu de tous les possibles, lieu de l'inhumain en devenir. Car cette présence qui donne son titre au recueil, c'est celle d'un étrange personnage au faciès de clown, mais qui peut aussi porter bien d'autres masques.
    Ce très beau texte inaugure une nouvelle collection de la maison d'édition Les Allusifs, Les Peurs. Dans un court texte, un auteur doit évoquer l'une de ses peurs. Ici, Pierre Jourde évoque celle des maisons vides. Le récit est émaillé d'instants aux frontières du fantastique. La terreur irrationnelle qui habite l'écrivain se développe à la nuit tombée, ce qui teinte l'ensemble d'un onirisme certain. Il sait à merveille faire parler les rais de lumière, les grains de poussière et les traces du temps jadis. Il se livre ici avec pudeur, dans un texte à l'écriture fort littéraire, comme je les aime...


    Lien : http://bruitdespages.blogspot.com/2011/05/la-presence-de-pierre-jourde.html

    Critique de qualité ? (6 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Charybde2, le 16/05/2013


    Festins secrets Festins secrets de Pierre Jourde

    Le premier grand roman de Pierre Jourde. Un vrai festin littéraire, en effet.

    Publié en 2005, "Festins secrets" fut sans doute le roman de la révélation pour Pierre Jourde (c'est en tout cas par là que je l'ai découvert à l'époque), pour cet écrivain jusqu'alors surtout connu pour ses talents de critique authentique, et malgré - déjà - l'écho et la polémique suscités par sa troisième fiction, "Pays perdu", en 2003.

    À la relecture, plus encore qu'en première approche, il est saisissant de constater à quel point l'exigence et le talent littéraire ici à l'œuvre permettent à l'auteur de sublimer son propos "de base"...

    Oui, le regard du narrateur, professeur de collège encore tout gorgé de passion de l'enseignement et de la littérature, muté dans cette sombre ville de province, très vite confronté à la double horreur sociale - élèves perdus et abrutis, bourgeoisie perfectionnant l'art de l'hypocrisie jusqu'à des sommets inégalés -, dresse un constat noir, virulent, voire provocateur, de la déliquescence d'une société et de la fermentation inexorable de ses pires miasmes.

    Mais utilisant toutes les ressources d'une panoplie technique et narrative de très haute volée, ce narrateur particulièrement peu fiable, et l'irruption contre toute incrédulité d'éléments quasiment fantastiques, dressent avant tout le chemin d'une exploration du Mal contemporain, thème de prédilection pour un auteur par ailleurs professeur et critique pointu, fin connaisseur du XIXème siècle tardif et de l'écriture de la décadence, comme le soutiennent bien entendu son "Empailler le toréador" ou plus encore son "Littérature monstre".

    La puissance de ce roman demeure, huit ans après, au delà de l'intense plaisir qu'en procure la lecture foisonnante, de dénicher le Mal à sa racine, qui n'est pas, contre toute attente politiquement correcte, d'ordre moral (ou presque marginalement), mais avant tout dans le triple manque d'exigence, d'ambition et d'honnêteté intellectuelle, engendrant de fait l'horreur économique, et donc l'horreur morale... On est en réalité infiniment loin des procès en "réaction" trop souvent intentés à l'auteur par une critique complaisante se voulant politisée mais se contentant une fois de plus d'accompagner la chute en sauvegardant ses petits privilèges personnels...

    Cette exploration se poursuivra, pour notre plus grand bonheur, dans les romans ultérieurs de l'auteur, pour culminer, à date, avec le monument que constitue "Le maréchal absolu" (2012).

    "Festins secrets" est une lecture nécessaire.

    Critique de qualité ? (5 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Hindy, le 24/12/2010


    Le Jourde et Naulleau : Précis de littérature du XXIe siècle Le Jourde et Naulleau : Précis de littérature du XXIe siècle de Pierre Jourde

    Lagarde et Michard nouvelle version !
    Version : on décapite les succès littéraires actuels avec verve et drôlerie !
    Implacablement, drôle et jouissif !

    Critique de qualité ? (5 l'ont appréciée)




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