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La mort en poésie de
Pierre Marchand
"La rose et le réséda". Louis ARAGON. 1941
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule et se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda
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La mort en poésie de
Pierre Marchand
"A regret" . Claude ROY. 1949
A Darius et Madeleine Milhaud.
La mort en tablier qui rentre ses moissons,
Repliant les messieurs, les dames, les oiseaux,
La mort n'écoute pas nos discours de poissons,
Les mots que nous disons restent au fond des eaux.
Vous dites qu'il fait beau, qu'il fait chaud, le soleil,
Un cœur qui bat tout doux et le chant de l'eau vive,
Vous parlez de l'amour, des monts et des merveilles,
Mais pour vous écouter il n'est âme qui vive.
Vous pouvez parler fort ou feindre d'être ailleurs,
Détourner le regard ou jouer à saute-songe,
Descendre sous la mer comme un pêcheur d'éponges :
Elle est là qui vous guette et vous prend à revers,
Tricotant sans répit ses filets à vivants,
Elle est là installée en travers de mes vers,
Poursuivant son idée, têtue comme le vent.
Océan qui redonne et reprend la mémoire
Je m'intéresse au sel de tes franges savantes,
J'aime bien la façon qu'à la pluie sur l'eau noire
De poser ses pieds nus et sa fraîcheur bougeante.
Je me tresse un bonheur comme un panier de jonc,
Et j'y mets un grillon, une nuit de septembre,
Le ciel bien lessivé par un matin tout blond,
Une fille endormie avec ses quatre membres.
Mais l'autre est toujours là avec sa bouche ouverte
Et cet air très patient de qui sait son affaire,
Mais l'autre est toujours là, vivre est en pure perte,
La fausse, la butée, la sourde, la sorcière.
Une dernière fois nos mains nouées et déprises,
Et moi qui ne veux rien que d'être près de toi,
Puis l'autre sera là et nos pensées surprises,
La danse au temps conté et sa caisse de bois.
Viendra peut-être un jour pour d'autres plus habiles
La ruse qui saura détourner son chemin,
Mais pour nous c'est trop tard, il faut être dociles,
Poliment dire adieu aux plaisirs de demain.
La tête ailleurs déjà et le cœur barbouillé
Nous dirons à la mort ce que nous pensons d'elle.
Mais qui donc entendra les mots embrouillés
Perdus pour tout le monde et que la vie est belle ?
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La mer en poesie de
Pierre Marchand
"Chants de la mer" Henry JACQUES
Poètes de tous poils dont les pieds ont des bottes,
Dont l'aile est repliée au mitan des capotes,
Par ce que nous savons, par ce que nous aimons,
Par le vent et le sel qui brûlent nos poumons,
Par les hivers du Cap tatouant nos mains bleues,
Les torrides soleils où flambent nos cheveux,
Par l'espace cabré que domptent les filins,
Par les bois et le fer, par le chanvre et le lin,
Nous chanterons d'instinct, toute âme, toute chair,
N'importe la musique et n'importe le vers :
LA MER !
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La mer en poesie de
Pierre Marchand
"Oceano Nox" Victor HUGO [début]
O combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparus, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Dans l'aveugle océan à jamais enfouis !
Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !
Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh! Que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève,
Ce qui ne sont pas revenus !
On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor quelques temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !
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La mer en poesie de
Pierre Marchand
"Les poissons" Jules SUPERVIELLE
Mémoire des poissons dans les criques profondes,
Que puis-je faire ici de vos lents souvenirs,
Je ne sais rien de vous qu'un peu d'écume et d'ombre
Et qu'un jour, comme moi, il vous faudra mourir.
Alors que venez-vous interroger mes rêves
Comme si je pouvais vous être de secours ?
Allez en mer, laissez-moi sur ma terre sèche,
Nous ne somme pas faits pour mélanger nos jours.
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La mort en poésie de
Pierre Marchand
"A un qui va bientôt mourir". Walt WHITMAN. 1918
Entre tous les autres je te choisis, car j’ai un message pour toi,
Tu vas mourir – que d’autres te disent ce qu’ils veulent, je ne peux mentir,
Je suis juste et impitoyable, mais je t’aime – tu ne peux pas y échapper.
Doucement je pose ma main droite sur toi, tu la sens à peine,
Je ne discute pas, je penche la tête tout près et la cache à moitié,
Je suis assis tout contre, silencieux, je reste fidèle,
Je suis plus que garde-malade, plus que parent ou voisin.
Je t’absous de tout sauf de toi-même, spirituel corporellement,
donc éternel, et toi-même sûrement tu en réchapperas,
Le cadavre que tu laisses ne sera qu’excrémentiel.
Le soleil perce en directions imprévues,
De fortes pensées t’emplissent, et la confiance, tu souris,
Tu oublies que tu es malade, comme j’oublie que tu es malade,
Tu ne vois pas les médicaments, tu ne remarques pas les amis
qui pleurent, je suis avec toi,
J’écarte les autres de toi, il n’y a pas lieu de compatir,
Je ne compatis pas, je te félicite.
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La mer en poesie de
Pierre Marchand
"Le port" Charles BAUDELAIRE
Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.
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La mer en poesie de
Pierre Marchand
"La pêche à la baleine" Jacques PREVERT [début]
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Disait le père d'une voix courroucée
À son fils Prosper, sous l'armoire allongé,
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc ?
Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête
Qui ne m'a rien fait, papa,
Va la pêpé, va la pêcher toi-même,
Puisque ça te plaît,
J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston.
Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé
Sur la mer démontée...
Voilà le père sur la mer,
Voilà le fils à la maison,
Voilà la baleine en colère,
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,
La soupière au bouillon.
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La mer en poesie de
Pierre Marchand
Pierre de MARBEUF
Et la mer et l'amour ont l'amour pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour s'enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.
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La mer en poesie de
Pierre Marchand
"Buccin" Raymond QUENEAU
Dans sa coquille vivant
le mollusque ne parlait pas
facilement à l'homme
mort il raconte maintenant
toute la mer à l'oreille de l'enfant
qui s'en étonne
qui s'en étonne