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Par joedi, le 20/05/2012
La diagonale du vide de
Pierre Péju
C'était il y a dix-sept ans, Irène, à New York, centre du monde, où misère et brutalité étaient transfigurées par un mirage d'opulence et de sécurité. Les tours encore fièrement dressées ! Pas de fêlure apparente chez des citadins confits dans le vinaigre reaganien. Aucun soupçon de la grande menace. Aucune prémoinition de futurs bourbiers guerriers. Optimisme, dollars, agitation, et ce qu'ils appelaient "notre liberté" !
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Par joedi, le 17/05/2012
La diagonale du vide de
Pierre Péju
J'ai toujours associé l'amitié à une porte à laquelle, lorsque plus rien ne va, on peut venir frapper à tout moment, même au milieu de la nuit. La porte s'ouvre. L'ami est là. Bienveillant. Pas même surpris. Il dit seulement : "Entre." Il ne demande rien. Il écoute sans juger. Il sait se taire. Il prépare du café à trois heures du matin.
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Par joedi, le 20/05/2012
La diagonale du vide de
Pierre Péju
Brutalement, l'hiver a pris fin. On a souvent l'impression, à partir de petites sensations - soirées plus fraîches, fruits trop mûrs, ombres plus bleues, premières feuilles brunes arrachées par le vent qui se recroquevillent dans les angles morts -, que l'été, à peine commencé, est déjà en train de finir. Mais, à l'inverse, il semble généralement que l'hiver ne finira jamais, qu'on est définitivement cerné par l'humidité glacée, engoncé dans des épaisseurs de laine, voué aux nuits interminables, aux journées trop courtes, à une pénible et fatale frilosité du corps et de l'âme.
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Naissances de
Pierre Péju
« Fidèlement, timidement ou crânement, le père ne peut que se tenir sur le rivage de toute maternité, bras ballants, un peu maladroit. Patient et impatient. Inquiet et rassurant. Jusqu’au bout. » (Pierre Péju)
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Par joedi, le 17/05/2012
La diagonale du vide de
Pierre Péju
Démontrer est une chose, disait-il, démontrer avec élégance en est une autre.
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La Petite Chartreuse de
Pierre Péju
Lorsque Vollard apercevait des livres nouveaux dans leurs cartons béants, une lueur étrangement sensuelle éclairait son regard, un pli de gourmandise tordait un peu ses lèvres. Il aimait aussi éventrer les cartons d'un coup de cutter bien placé, et puis vite, arracher les entrailles. Bouquins palpitants, pissant leurs phrases comme du sang. Toujours la même fringale. Après tant d'années. Un frisson de plaisir secouait Vollard.
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La Vie courante de
Pierre Péju
Après le choc des mauvaises nouvelles, on est tenté de revenir à la flaque des habitudes. Il existe forcément un petit coin du monde où l'on s'est vaguement installé, où l'on a pris des responsabilités dérisoires. Nom de pays ou de quartier. Nom de rue. Nom de ville ou de village. Métier, fonctions et fonctionnements. Odeurs familières, clapotis des paroles maintes fois répétées, tiédeur exacte des corps, gestes connus par cœur jusqu'à l'écœurement. Le bonheur et l'angoisse assis dans le même fauteuil. La vie dans les délaissés. La vie sur sa seule pente et épousant ses plis.
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Naissances de
Pierre Péju
Où sont cachés les stigmates du pire quand la vie courante nous contraint chaque jour à renaître à la banalité écoeurante et splendide ?
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La diagonale du vide de
Pierre Péju
Mais là-bas après chaque journée étouffante il y a ce que j'appelle la récompense du soir, ce moment de pure clarté afghane, lorsque les choses semblent posées dans la transparence et comme nimbées par un poudroiement doré, une pluie de particules d'or, poussière ou pollen autour des corps, tandis que les ombres des maisons, des hommes et des bêtes, ombres épaisses et brunes comme du feutre, s'allongent démesurément sur le sol encore brûlant jusqu'à ce que le soleil disparaisse et que le poudroiement ne soit plus qu'une nuée lasse et soudain cendreuse, soulevée par les sabots des bêtes qui ne bougent presque plus dans la nuit qui tombe, ou par les pneus d'un de ces magnifiques camions afghans, qui surgit tout à coup, surchargé, avec des images naïves, souvent drôles, peinturlurées partout sur son capot et ses portières.
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Par torevan, le 31/03/2012
La Petite Chartreuse de
Pierre Péju
Vollard n'avait jamais conçu la littérature comme un apaisement, ni la lecture comme une consolation. Au contraire. Lire follement, comme il avait toujours lu, consistait plutôt à découvrir la blessure d'un autre. Blessure d'un type seul, désarroi d'une femme seule. Lire consistait à descendre en cette blessure, à la parcourir. Derrière les phrases, même les plus belles, les mieux maîtrisées, toujours entendre des cris.