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Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
[ Incipit ]
Avant-propos.
Les êtres lents n'avaient pas bonne réputation. On les disait empotés, on les prétendait maladroits, même s'ils exécutaient des gestes difficiles. On les croyait lourdauds, même quand ils avançaient avec une certaine grâce. On les soupçonnait de ne pas mettre beaucoup de coeur à l'ouvrage. On leur préférait les dégourdis - ceux qui, d'une main leste, savent desservir une table, entendre à mi-voix les ordres et s'empresser à les réaliser et qui, enfin, triomphent dans le calcul mental. Leur vivacité éclatait dans leurs mouvements, leurs répliques, et même dans l'acuité de leur regard, la netteté de leurs traits : de vif-argent. « Ne vous faites pas de souci pour eux, ils se tireront toujours d'affaire.» J'ai choisi mon camp, celui de la lenteur. J'éprouvais trop d'affection pour les méandres du Lot, un petit paresseux, et pour cette lumière qui en septembre s'attarde sur les derniers fruits de l'été et décline insensiblement.
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Par kathy, le 17/03/2012
Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
Un homme libre c'est un individu qui prend conscience des nécessités qui pèsent sur lui et qui tente de les contrarier, ou mieux de les utiliser pour s'épanouir.
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Par kathy, le 28/02/2012
Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
Ce qui est nouveau, c'est que l'agir (qui dépasse les frontières du travail) apparaît aujourd'hui comme une valeur supérieure, comme si, faute d'agir, un individu s'exténuait et disparaissait. De ce fait, les rêveurs, ceux qui contemplent ou qui prient, qui aiment silencieusement ou qui se contentent du plaisir d'exister, dérangent et sont stigmatisés.
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Par kathy, le 28/02/2012
Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
Autour de moi, on parle d'interaction, d'interactivité, d'Internet. (...) Je voudrais faire remarquer que nous nous éloignons de l'écoute. Avec ces nouvelles technologies nous avons affaire à des individus qui échangent des informations, plus rarement des émotions. Ce n'est pas par hasard que la notion d'agir revient souvent dans ces expressions - on en oublie la richesse du pâtir, du laisser-être, du laisser-advenir. Nos amis se félicitent de pouvoir se brancher sur un Japonais, un étudiant de l'Ohio, et d'être à leur tour sollicités de tous les points, de tous les réseaux du globe. Quelle peut être la qualité d'un échange qui débute sous ces fâcheux auspices et aussi brutalement?
J'aime qu'un visiteur, même s'il m'est proche, demeure sur le seuil, qu'il frappe à ma porte, que j'aie à deviner le sens de sa visite, parfois en vertu de la seule amitié. (....)
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Par kathy, le 19/03/2012
Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
Demain naîtra un autre jour. Demain je redeviendrai un voyant. J'approcherai mes mains des choses. Je ferai tourner la roue des saisons : printemps, été, automne, hiver, tout me sera bon. J'accompagnerai la lumière jusqu'à son déclin et la nuit jusqu'à son déchirement. Ce monde en loques, je le vêtirai d'une parure royale ou plutôt, connaissant mes véritables impulsions, je lui déroberai quelques haillons.
Demain, une nouvelle fois, je mesurerai ma chance d'être encore un vivant.
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Par kathy, le 28/02/2012
Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
Ecouter ne constitue pas le pôle passif de l'échange, comme si chacun d'entre nous prenait à tour de rôle l'initiative. Il me faut beaucoup de vigilance et d'intériorité créatrice pour susciter cet ESPACE D'ACCUEIL dans lequel les propos de l'autre pourront prendre place.
Recevoir, se montrer capable de recevoir, nécessite autant d'initiative et de générosité que donner, à tel point que les égoïstes, les infirmes de l'échange, ne sauront jamais écouter. Il ne suffit pas qu'ils ouvrent toutes grandes leurs oreilles ou qu'ils cherchent à comprendre ce qui leur est dit. Il leur faudrait d'un geste superbe instaurer un vide stellaire dans lequel les mots de l'autre voltigent, papillonnent avant de se loger à leur aise. De même nous nous effaçons devant les choses pour qu'elles emplissent notre regard; A la suite de quoi se produit une sorte d'expérience merveilleuse. Une pensée autre que la mienne prend sens en moi. Je ne la traque pas, je ne cours pas après elle, je ne l'interprète pas. (...) Ainsi, en me démettant je m'enrichis, en oubliant de prendre l'intitiative et d'aller au plus pressé, en acceptant les intempéries, les temps morts et les silences, je m'augmente d'une autre expérience.
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Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
Pour parer aux empressements du temps.
Ce qui me scandalise chez ceux que je nomme les infatigables, c'est que leur énergie ne s'épuise jamais. Nous devrions disposer, les uns les autres, d'une quantité plus ou moins importante, mais de toute manière limitée, d'énergie. A la suite d'une débauche d'efforts, elle diminuerait, quitte à se reconstituer après une période de latence. Je n'ai pas remarqué un tel processus chez mes infatigables et les explications de ce phénomène demeurent incertaines. Le mental peut-il avoir chez un individu une telle importance ? L'ivresse de se dépasser, joies et douleurs mêlées, ouvrirait des vannes d'énergies supplémentaires, et ce serait alors une crue, et non point la sécheresse attendue.
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Par kathy, le 28/02/2012
Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
En exaltant l'agir sous sa forme la plus large, on l'a étendu en dehors du monde et de temps de travail. En particulier, il se donne comme vertu majeure là où l'on parlait de repos et non point du loisir, et il envahira tous les âges de la vie.
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Du bon usage de la lenteur de
Pierre Sansot
Flâner, ce n'est pas suspendre le temps mais s'en accommoder sans qu'il nous bouscule.
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Par Rouska, le 07/03/2011
Poétique de la ville de
Pierre Sansot
....le véritable lieu urbain est celui qui nous modifie, nous ne serons plus en le quittant celui que nous étions en y pénétrant.