Par urbanbike, le 10/03/2010
Au coeur de Bornéo de
Redmond O'Hanlon
Dana se munit de son fusil — une arme à canon simple qui ne conservait son intégrité que par la vertu de bouts de fil de fer et de liens de rotang — et s'en alla chasser le cochon sauvage. Leon et Inghaï s'éloignèrent eux aussi pour pêcher au harpon. Nullement épargné par l'humidité ambiante, le Balkan Sobranie dont j'avais bourré ma pipe avait à peu près le même fumet qu'un coulis de graillons, et plus j'absorbais d'arak, plus j'avais l'impression que pour obtenir pareil breuvage on avait assurément distillé du sparadrap fermenté. Sans compter qu'un étouffe-bougre pareil ne tarde guère à vous donner des visions.
La preuve, c'est que sur la berge d'en face je vis une bande de mousseline blanche se détacher de l'exubérant fouillis d'arbres et de lianes pour évoluer au-dessus de la rivière et la traverser en diagonale, par de lentes et molle ondulations faisant songer à celle d'une lamproie dans un lac. Apparition très féminine, ma foi, évocatrice de tout ce dont l'absence commençait à me peser quelque peu : soie froufroutante, petites culottes de dentelle, porte-jarretelles mystérieusement compliqués, longs bas clairs et soyeux glissant au bas du lit. Je considérai l'arak avec un respect accru et en pris un autre gorgeon.
Au terme d'un laborieux débat intérieur, une interrogation finit par se préciser dans mon esprit. Et si — comme il n'était pas interdit d'en formuler l'hypothèse par commodité —, oui, et si ce que je voyais n'était pas un porte-jarretelles, mais un papillon ?
Par urbanbike, le 19/03/2008
O'hanlon au congo de
Redmond O'Hanlon
Nous partîmes, comme je le croyais, pour nous baigner. Je me déshabillai, sautai à l'extrémité d'un arbre mort dans l'eau noire et profonde et me suis mis à nager dans l'eau fraîche… « Reviens ! » entendis-je à travers le gargouillis de l'eau dans mes oreilles. « Reviens ! »
C'était le cri le plus aigu que Marcellin pût produire, un appel angoissé. « Redmond ! Des crocodiles ! » De bout sur son arbre, il agitait les deux bras. « C'est le plus gros crocodile que j'aie jamais vu ! Il vit dans l'angle ! Crocodile ! Crocodile ! »
Je pris conscience de mes génitoires blanches, sans protection, qui pendait comme un appât à poissons. L'écorce de l'arbre était distante de vingt longs mètres, noirs et opaques.
« Tu n'appendras jamais rien ? dit Marcellin, trop en colère pour jurer, alors que je me hissais sur la berge, sain et sauf mais agité de tremblements. Tu n'apprendras donc jamais rien ? On ne sa baigne pas. On se lave. Quand on dit se baigner, ça veut simplement dire se laver. Et quand l'eau est noire et profonde, on se lave à un pas de la rive. Pas plus »