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Par athena1, le 29/01/2012
Obscura de
Régis Descott
Jusque dans l'aliénation mentale où toute raison est abolie, l'argent jouait son rôle discriminant : elle était plus douce du côté des nantis.
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Par caro64, le 27/06/2010
Obscura de
Régis Descott
Il* était né sous le Second Empire, en 1857, avait connu les rigueurs du siège de Paris en 1870, le passage à la IIIème République et les horreurs de la Commune, les rues jonchées de cadavres dont la vision l'avait si fortement impressionné. Il avait assisté à la modernisation de la ville, au percement de boulevards et d'avenues larges comme des cours d'eau, à la destruction de centaines de maisons, à la construction d'un nouveau type de bâtiments en pierre de taille et aux toits de zinc et d'ardoise. Tous ces chantiers nécessitaient l'apport de matériaux transportés par des barges toujours plus grandes sur le fleuve toujours plus encombré. Il avait été témoin de la modernisation de l'éclairage des rues, avec de nouveau bec de gaz, puis l'électricité; Il assistait encore à l'afflux de populations nouvelles rendu possible par l'essor du chemin de fer, ce peuple grouillant venu des quatre coins du pays et de plus loin encore, d'Espagne et d'Italie par exemple, cherche fortune ou plus raisonnablement gagner sa pitance. La ville en absorbait autant qu'il en arrivait, hommes, femmes, enfants, chacun participant à sa manière au changement de physionomie de la capitale qui réclamait tant de main-d'œuvre, tant de corps de métiers différents. Chaque année aussi elle en rejetait un certain nombre, des malades pour la plupart dont la santé n'avait pas résisté à des conditions de vie trop dures, aux logements surpeuplés, sous-ensoleillés et sous-aérés, à l'alimentation mal équilibrée et à des conditions de travail harassantes. Autant de tragédies anonymes qui n'empêchaient pas la cité de s'étendre, la population de croître et les lumières de briller toujours plus fort.
*Jean Corbel
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Par caro64, le 27/06/2010
Obscura de
Régis Descott
Ne pouvant égaler le génie de Manet, le tueur voulait le dépasser sur le terrain du scandale. En photographiant des mortes. Des modèles qu'il avait lui-même exécutés.
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Par caro64, le 27/06/2010
Obscura de
Régis Descott
Manet et le tueur, deux facettes de la médaille, le génie lumineux d'un côté, son reflet obscur de l'autre, le soleil noir. Manet invisible (puisque mort) mais omniprésent, après lequel court le tueur, lui aussi pour l'instant, en tout cas, encore invisible.
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Par caro64, le 27/06/2010
Obscura de
Régis Descott
Le drap noir formait au dessus de sa tête une tente qui retenait son souffle captif. Sous ce voile de nuit il pouvait entendre sa régularité rassurante et en sentir la chaleur réconfortante. Pénétrer dans cet abri de fortune, c’était reproduire ce qui se rapprochait le plus des conditions et des sensations de la vie in utero, lorsqu’il ne connaissait de l’existence que le ventre de sa mère. Paradis perdu où il n’avait expérimenté ni les contraintes, ni les vexations que réserve ce bas monde. Eden où l’esprit pouvait divaguer à loisir et échafauder toutes les constructions mentales imaginables. Eden envolé où l’absence de matière et de matériaux signifiait l’absence de limites.
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Par caro64, le 27/06/2010
Obscura de
Régis Descott
Et Obscura était donc complice. A moins qu'elle ne fut manipulée : Jean venait de se rappeler sa tenue lorsqu'il était venu l'interroger chez elle. Avec le gris de Gabon sur son perchoir et son déshabillé rose pâle, elle figurait exactement un autre tableau de Manet, La Femme au perroquet, l'un des plus doux du peintre, pour lequel avait posé Victorine Meurent assagie, presque timide après l'impudeur du Déjeuner et de l'Olympia. Obscura avait-elle seulement conscience d'être ainsi transformée en modèle jusque chez elle ? Certainement pas. Mais quel était son rôle véritable ?
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Par caro64, le 27/06/2010
Obscura de
Régis Descott
Soixante pour cent des médecins parisiens ne gagnaient pas de quoi vivre décemment, certains n’atteignaient pas le seuil de survie des trois mille francs. Même les charges officielles étaient misérables. La plupart des médecins gagnaient moins que la plupart des ouvriers, qu’il s’agisse de colleurs de papier, de charpentiers, de marbriers, de peintres en bâtiment ou de charretiers.
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Par Nanne, le 06/12/2010
Obscura de
Régis Descott
Jean se rappela les commentaires haineux qui avaient accueilli le tableau lors de sa première exposition au Salon : « odalisque au ventre jaune », « guenon grimaçant la pose et le mouvement du bras de la Vénus de Titien », « Vénus hottentote exposée nue comme un cadavre sur les dalles de la Morgue ». Et cette main soi-disant impudiquement crispée, qui avait choqué. Mais que lui reprochait-on, à cette main ? Comme si Olympia était en train de se titiller le clitoris placé très haut, rit-il intérieurement. Cette toile qui les premiers jours avait nécessité la présence de deux gardiens pour éviter qu'elle ne soit vandalisée, et qui moins de vingt-cinq ans plus tard, à en croire les démarches de Monet qui s'employait à lever une souscription pour qu'elle soit rachetée à sa veuve, était pressentie pour entrer au Louvre.
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L'année du rat de
Régis Descott
Cette année tu vas mourir.
L'annonce le surprit par sa brutalité. Puis elle perdit sa capacité de nuisance ; comme un refrain trop fredonné sa signification, une chanson d'amour écoutée jusqu'à en épuiser le désespoir.
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Obscura de
Régis Descott
Comment une oeuvre d'art pouvait-elle provoquer une telle passion et inspirer un tel crime?