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René Girard

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Note moyenne : 3.57/5 (sur 49 notes) René Girard

Biographie et informations

Nationalité : France
Né(e) à : Avignon , le 25/12/1923

Biographie :

René Noël Théophile Girard est un philosophe français, membre de l'Académie française depuis 2005.

Ancien élève de l'École des chartes et professeur émérite de littérature comparée à l'université Stanford et à l'Université Duke aux États-Unis, il est l’inventeur de la théorie mimétique qui, à partir de la découverte du caractère mimétique du désir, a jeté les bases d’une nouvelle anthropologie.

Il se définit lui-même comme un anthropologue de la violence et du religieux.

Son premier livre est publié en 1961, Mensonge romantique et vérité romanesque, où il expose sa découverte du désir mimétique. Puis il commence à réfléchir aux aspects anthropologiques du mimétisme : la question du sacrifice.

Ce sera l'objet de son livre le plus connu, La violence et le sacré, publié en 1972.

Il prépare son troisième ouvrage, Des choses cachées depuis la fondation du monde, dès 1971. La relative incompréhension qu'a rencontrée La violence et le sacré lui fait éprouver la difficulté de rendre ses idées accessibles.

Avec l'aide de Michel Oughourlian et de Guy Lefort, deux psychiatres français, il met au point l'ouvrage qui expose l'ensemble de sa pensée y compris, pour la première fois, le rôle central qu'ont pour lui les textes bibliques. Ce livre, paru en 1978, est bien accueilli par le grand public français mais « reçu par un silence à peu près total » par les milieux universitaires. Il poursuit depuis sa recherche et a précisé sa pensée dans de nombreux ouvrages.

Il termine sa carrière académique, de 1980 à sa retraite en 1995, à Stanford, où il réside toujours. Il y dirige, avec Jean-Pierre Dupuy, le Program for interdisciplinary research qui organise plusieurs colloques importants.

Le 17 mars 2005, René Girard est élu à l'Académie française.


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Etiquettes

roman   littérature   entretiens   essai   violence   sciences humaines   mythes   analyse littéraire   désir   sacrifice   littérature comparée   philosophie contemporaine   religion   christianisme   Aspect religieux   ethnologie   anthropologie   philosophie   sociologie   20ème siècle  

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"René Girard, la violence et le sacré" (Collection Regards)
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  • Par Piling, le 04/05/2010

    Quand ces choses commenceront-- de René Girard

    Pour préparer son intervention, pour la rendre décisive, Jésus a besoin d'un peu de recueillement, il a besoin de gagner du temps, et il écrit dans la poussière avec son doigt. On se demande toujours ce qu'il a pu écrire. Cette question me paraît oiseuse. Il faut la laisser aux entichés de langage et d'écriture. Il ne faut pas toujours recommencer le moyen âge.
    Ce n'est pas dans le dessein d'écrire que Jésus se penche, c'est parce qu'il s'est penché qu'il écrit. Il s'est penché pour ne pas regarder ceux qui le défient du regard. Si Jésus renvoyait ce regard, la foule se sentirait à son tour défiée, c'est son propre regard, c'est son propre défi qu'elle croirait reconnaître dans les yeux de Jésus. L'affrontement mènerait tout droit à la violence, c'est-à-dire à la mort de la victime qu'il s'agit de sauver. Jésus évite jusqu'à l'ombre d'une provocation.
    Et enfin il parle : "Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre !" Pourquoi la première pierre ? Parce qu'elle est seule décisive. Celui qui la jette n'a personne à imiter. Rien de plus facile que d'imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l'exemple est tout autre chose.
    La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu'un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient.
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  • Par Piling, le 22/04/2010

    La Route antique des hommes pervers de René Girard

    Dans un monde violent, le divin pur de toute violence se manifeste obligatoirement par l'intermédiaire de l'événement qui fournit déjà au sacré violent son mécanisme générateur. L'épiphanie du Dieu des victimes suit la même "route antique" et passe par les mêmes phases exactement que toutes les épiphanies du sacré persécuteur. En conséquence de quoi, pour le regard violent, le Dieu des victimes ne se distingue absolument pas du Dieu des persécuteurs. Notre pseudo-sciences des religions repose toute entière sur la conviction qu'il n'y a pas de différence essentielle entre les diverses religions.
    Cette confusion affecte le christianisme historique, le détermine jusqu'à un certain point. De nos jours, l'antichristianisme s'efforce de la perpétuer. Il s'accroche désespérément à la théologie la plus sacrificielle pour ne pas perdre ce qui le nourrit, pour se croire toujours habilité à dire : le christianisme n'est qu'une religion de la violence parmi d'autres, voire même la pire de toutes.

    Le Logos du Dieu des victimes est à peu près invisible aux yeux du monde. Quand les hommes réfléchissent à la façon dont Jésus mène son entreprise, ils ne voient guère que son échec, ils le voient même de mieux en mieux et, forcément, ils le voient comme définitif, sans appel.
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  • Par Piling, le 04/05/2010

    Quand ces choses commenceront-- de René Girard

    En attirant l'attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs dans cette foule le temps d'entendre sa parole et de s'examiner eux-mêmes. S'il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu'incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c'est pour s'en débarrasser qu'ils le projettent sur elle, d;autant plus aisément, bien sûr, qu'elle est vraiment coupable.
    Pour lapider une victime de bon cœur, il faut se croire différent d'elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s'accompagne d'une illusion de divergence. C'est la convergence réelle combinée avec l'illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire.
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  • Par Piling, le 04/05/2010

    Quand ces choses commenceront-- de René Girard

    La foule précède l'individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l'unanimité violente. Tous ne sont pas capables d'autant d'initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation.
    Cette imitation comporte une dimension authentiquement individuelle. La preuve, c'est le temps plus ou moins long qu'il requiert suivant les individus. La naissance de l'individu est naissance des temps individuels. Aussi longtemps qu'ils forment une foule,ces hommes se présentent tous ensembles et ils parlent tous ensemble pour dire exactement la même chose. La parole de Jésus dissout la foule. Les hommes s'en vont un à un, suivant la différence des temps qu'il faut à chacun pour entendre la Révélation.
    Comme la plupart des hommes passent leur vie à imiter, ils ne savent pas qu'ils imitent. Même les plus capables d'initiative n'en prennent presque jamais. Pour savoir de quoi un individu est capable, il faut une situation exceptionnelle, telle cette lapidation manquée.
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  • Par Piling, le 04/05/2010

    Quand ces choses commenceront-- de René Girard

    Dans les Évangiles tout est imitation puisque, puisque le Christ lui-même se veut imitant et imité. À la différence des gourous modernes qui prétendent n'imiter personne… mais veulent se faire imiter à ce titre-à, le Christ dit : "Imitez-moi comme j'imite le Père."
    Les règles du royaume de Dieu ne sont pas du tout utopiques : si vous voulez mettre fin à la rivalité mimétique, abandonnez tout au rival. Vous étoufferez la rivalité dans l'œuf. Il ne s'agit pas d'un programme politique, c'est beaucoup plus simple et plus fondamental. Si autrui vous propose des exigences excessives, c'est qu'il est déjà dans la rivalité mimétique, il s'attend à ce que vous participiez à la surenchère. Donc, pour y couper court, le seul moyen, c'est de faire le contraire de ce que la surenchère réclame : payer au double la demande provocatrice. Si on veut que vous marchiez un kilomètre, faites-en deux ; si on vous frappe la joue gauche, tendez la droite. Le Royaume de Dieu n'est rien d'autre, mais cela ne veut pas dire qu'il soit d'accès facile…
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  • Par Piling, le 03/05/2010

    Quand ces choses commenceront-- de René Girard

    Partout où le mythe voit dans le bouc émissaire "un vrai coupable", l'histoire de Joseph voit dans le bouc émissaire un innocent condamné à tort.

    Si vous gardez en tête ma lecture subversive d'Œdipe, qui reconnaît dans le mythe un système d'accusation faussement légitime, vous verrez sans peine que l'histoire de Joseph fait le contraire du mythe.De même que derrière le mythe il y a un mécanisme de bouc émissaire qui fonctionne à fond et que nous ne voyons pas, car nous prenons la culpabilité d'Œdipe à la lettre – comme vous l'avez fait vous-même –, derrière l'histoire de Joseph il doit y avoir, non pas le mythe d'Œdipe exactement, mais un mythe très analogue systématiquement remanié et contredit par le récit biblique. Cette contradiction systématique joue en faveur de l'accusé. Ce remaniement a une grande valeur sur le plan de l'interprétation du mythe, du rétablissement de la vérité violée par le mécanisme du bouc émissaire. L'histoire de Joseph est typiquement biblique au sens d'une rectification de ce qui est tordu au détriment de la victime.

    La dernière partie du texte confirme mon idée, en ceci qu'elle révèle explicitement le rôle primordial joué par la question du bouc émissaire. Devenu grand vizir d'Égypte, Joseph ravitaille ses frères affamés qui sont venus le solliciter et qui ne l'ont pas reconnu sous es beaux habits égyptiens. Pour les mettre à l'épreuve, pour voir si, une fois de plus, ils expulseront un de ses frères comme ils l'ont expulsé lui-même, Joseph s'arrange pour accuser faussement le plus jeune, Benjamin : il le retient prisonnier et donne à tous les aînés la permission de s'en aller. Ceux-ci décident tous de partir, à l'exception de Juda qui offre de se constituer prisonnier à la place de Benjamin.

    Le fait que le seul Juda ait refusé le système du bouc émissaire suffit à attendrir Joseph qui se fait reconnaître par ses frères et leur pardonne à tous.

    Quand les chrétiens aperçoivent en Joseph et surtout en Juda une figure du Christ, figura Christi, ils ne sont pas les nigauds que voient en eux nos demi-habiles de la critiques pseudo-scientifique. Il y a vraiment un rapport étroit entre l'attitude du Christ et le geste de Juda acceptant d'être bouc émissaire afin que son frère ne le soit pas.
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  • Par Piling, le 19/04/2010

    La Route antique des hommes pervers de René Girard

    Nos savants s'imaginent "ne pas croire au mythe" parce qu'ils le tiennent tout entier pour fictif, mais le fait de prendre le parricide et l'inceste pour une donnée imprescriptible est une croyance qui perpétue l'illusion persécutrice, c'est-à-dire l'essentiel de l'illusion mythique.

    Les classicistes pieux en reviennent toujours à la fameuse fatalité qui escamote toute enquête sur les accusations mythologiques et fait du héros tragique un criminel à son insu, un criminel dûment authentifié bien que dépourvu de toute conscience dans le crime. Comme les amis de Job, les critiques se penchent sempiternellement sur le cas d'Œdipe et hochent la tête sentencieusement.
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  • Par Piling, le 22/04/2010

    La Route antique des hommes pervers de René Girard

    Dans les Evangiles, l'enseignement de Jésus et la Passion constituent donc le développement rigoureux d'une logique paradoxale. Tout ce qui rend un être divin aux yeux des hommes, le pouvoir de séduire ou de contraindre, l'aptitude à s'imposer irrésistiblement, Jésus n'en veut pas.

    On dirait qu'il veut tout le contraire. En réalité, il ne désire pas l'échec mais ne s'y dérobera pas si seul ce moyen lui permet de rester fidèle au Logos du Dieu des victimes. Ce n'est pas le goût de l'échec qui secrètement le motive, mais la logique du Dieu des victimes qui le conduit infailliblement à la mort.
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  • Par Piling, le 19/04/2010

    La Route antique des hommes pervers de René Girard

    Job est tout autre chose. Job est impensable chez les Grecs et leurs modernes héritiers. Imaginons un Œdipe irréductible et qui se moquerait de la fatalité, et surtout du parricide et de l'inceste ; un Œdipe qui persisterait à traiter les oracles de sinistres pièges à boucs émissaires. Ce qu'ils sont, indubitablement. Il aurait tout le monde contre lui, les hellénistes, Heidegger, Freud et derrière eux toute l'université. Il faudrait le tuer sur place ou l'enfermer dans un hôpital psychiatrique pour refoulement insurmontable

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  • Par Piling, le 04/05/2010

    Quand ces choses commenceront-- de René Girard

    La lapidation n'était requise que pour les épouses adultères, pas pour les époux. Au premier siècles de notre ère, cette prescription était contestée. Certains la jugeaient trop sévères. Jésus se trouve confronté à un dilemme redoutable. S'il dit non à la lapidation, le soupçon paraît confirmé. S'il dit oui, il trahit son propre enseignement, entièrement dirigé contre les contagions mimétiques, les emballements violents dont cette lapidation, si elle avait vraiment lieu, serait un exemple, au même titre que la Passion. À plusieurs reprises, Jésus est menacé de lapidation dans des scènes qui annoncent et préparent la Passion. Le révélateur et le dénonciateur du meurtre fondateur ne peut manquer d'intervenir en faveur de toutes les victimes du processus qui finalement aura raison de lui.
    Si les hommes qui interpellent Jésus ne désiraient pas susciter la lapidation, ils ne placeraient pas la coupable "bien en vue", ils ne l'exhiberaient pas complaisamment. Ils veulent que rayonne sur la foule, sur les passants éventuels, la puissance du scandale qui émane de l'adultère. Ils veulent pousser jusqu'à son terme fatal l'emballement mimétique qu'ils ont déclenché.
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