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Par Yuko, le 18/10/2011
L'Abolition de
Robert Badinter
Cette émergence-là, d'une passion qui n'avait pas sa place dans une enceinte parlementaire, donnait à mes paroles une tonalité singulière. Ce n'était pas un discours ministériel, tant s'en faut. Ce n'était pas non plus une plaidoirie, comme beaucoup le dirent qui ne m'avaient jamais entendu plaider. C'était pour moi une sorte d'ultime appel, au-delà de l'hémicycle, à libérer notre Justice de l'emprise de la mort.
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Par Yuko, le 18/10/2011
L'Abolition de
Robert Badinter
"L'avocat ne mérite pas l'habit de lumière, disaît mon maître, enfant du Sud-Ouest et grand amateur de corridas (que je réprouvais pour ma part). Il est tout au plus bon à porter le deuil de son client. D'ailleurs, il est déjà prêt,dans sa robe noire !" Et il ajoutait en souriant de l'excès du propos : "Tandis que l'avocat général [Le procureur], lui, mérite bien sa robe rouge : elle est couleur de sang".
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Par Yuko, le 19/07/2010
L'Exécution de
Robert Badinter
Dans l'appartement, les lumières étaient demeurées allumées. Tout était silencieux. Je suis allé à la cuisine. La théière, les tasses étaient encore sur la table. Nous nous sommes assis, ma femme et moi, l'un en face de l'autre, comme tout à l'heure. [...]
J'ai regardé l'heure. Il était six heures passées. Hier, à la même heure, Bontems dormait sans doute. Son angoisse de la nuit était achevée. Aujourd'hui aussi. Et pour toujours.
Bontems était mort. J'avais vu Bontems aller à sa mort. J'avais vu mourir un homme que j'avais défendu. Plus jamais je ne pourrais faire quoi que ce soit pour le défendre encore. on ne plaide pas pour un mort. L'avocat d'un mort, c'est un homme qui se souvient, voilà tout. [...]
Quel était donc le sens de tout ce qui s'était passé, de tout ce que nous avions fait ou voulu faire pour lui, nous ses avocats ? Je regardais mon image dans la glace. Ce n'était pas là que s'inscrivait la réponse. Il n'y a pas de tête d'assassin. Il n'y a pas non plus de visage d'avocat vaincu. J'éteignis la lumière. La vie, ma vie continuait. Je n'en étais pas quitte pour autant. Cette nuit-là, je le savais maintenant, ne s'achèverait pas à l'aube.
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Les épines et les roses de
Robert Badinter
Puisque la preuve était établie que lorsque vacillait ou s'éteignait la flamme de la liberté, la France plongeait dans la honte ou la barbarie, je mesurais toute politique à cette aune.
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Les épines et les roses de
Robert Badinter
La grandeur et l'influence de la France sont pour moi à la mesure de son rôle au service des libertés. Qu'elles brillent chez elle d'un éclat sans pareil, alors son influence dans le monde se révèle supérieure à sa puissance réelle.
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Les épines et les roses de
Robert Badinter
Un cabinet ministériel, c'est une équipe de football. Soudée par l'amitié, consciente des enjeux collectifs, elle peut accomplir de grandes choses et marquer bien des buts. Qu'elle soit rongée par des rivalités personnelles, que le souci des carrières l'emporte sur l'esprit d'équipe, et son efficacité s'altère ou disparaît.
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Les épines et les roses de
Robert Badinter
Certes, le président savait mon expérience politique limitée et, par quelque remarque ironique, exprimait volontiers ses doutes sur mon habileté. Mais, au-delà de tout rapport d'amitié, je bénéficiais d'un double crédit : j'étais travailleur et secret, vertus cardinales à ses yeux.
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Les épines et les roses de
Robert Badinter
Dans notre monarchie républicaine, le sort du ministre repose sur la confiance du président de la République. Qu'elle s'altère ou disparaisse, et les jours du ministre sont comptés.
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Les épines et les roses de
Robert Badinter
J'appris ainsi que la vie ministérielle est faite de patientes négociations.
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Les épines et les roses de
Robert Badinter
Je mesurai vite que dans la condition ministérielle je n'aimais guère que le pouvoir de décider, si souvent limité fût-il dans son exercice. Le propos de Mendès France : "Gouverner, c'est choisir", s'avère exact, même si la marge de choix est resserrée par des contraintes de tous ordres.