Considérations politiques sur l'état actuel de l'Allemagne de
Robert Fisher
[...] la destination de l'homme est de marcher sans cesse vers la perfection, et non de rester stationnaire. C'est cette tendance vers la perfection qui fait que ce que nous possédons ne nous paraît jamais parfait ; les maux qui s'attachent à tout nous rappellent sans cesse qu'il y a un mieux, et stimulent ainsi notre âme, qui dès lors applique toutes ses facultés à la recherche de la perfectibilité. Mais quelle singulière fatalité est attachée à la nature humaine ! Les hommes, avertis par les maux, cherchent un adoucissement, et cependant ceux qui leur indiquent les remèdes les plus salutaires ne sont presque jamais écoutés. On néglige leur avis, on les raille quelquefois, presque toujours on les oublie ; et ce n'est que quand des années, des siècles même se sont écoulés, qu'on découvre, en fouillant l'histoire, que des hommes prévoyans avaient voulu soulager leurs contemporains, et qu'ils ne furent pas écoutés. Cette singularité étonne d'abord ; mais un peu de réflexion l'explique. Ces hommes prévoyans avaient quitté les chemins battus de la routine, et s'étaient élancés dans le domaine de l'avenir ; la multitude, obligée de faire quelques efforts pour les suivre, se rebute, les abandonne, les oublie : et c'est en vain que des hauteurs où ils sont parvenus, ils crient à leurs contemporains qu'ils sont dans la fausse route ; ceux-ci continuent, entraînés par l'ignorance aveugle et par la confiante présomption. De ceci résulte une décourageante vérité : c'est que les hommes éclairés font un métier ingrat. Heureusement leur position même sert de contre-poids aux dégoûts dont ils sont abreuvés ; entraînés, par leur facilité, à sortir de l'horizon borné du présent, attendris par le tableau des besoins de leurs contemporains, ils cherchent dans la raison et l'expérience une instruction qu'on ne saurait trouver dans les passions et les préjugés ; et si leurs travaux sont inutiles au présent, du moins seront-ils de quelque utilité dans l'avenir.
Aujourd'hui, comme autrefois, beaucoup d'hommes méconnaissent le désir général du mieux et vivent dans une routine insouciante qui leur ramène des jours uniformes ; quelquefois ils éprouvent bien des sentimens étranges et des désirs vagues ; incapables de les démêler, ils retombent dans le cercle étroit de leurs habitudes routinières.
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