Par MISTY75, le 10/12/2011
Rien n’est trop beau de
Rona Jaffe
La couverture en noir et blanc de ce roman de 550 pages nous met tout de suite dans le bain : une jeune femme au look très années 50 marche en funambule sur le Brooklyn Bridge, à New-York, et semble réfléchir à la meilleure manière de ne pas tomber.
Ce 1er roman, publié en 1958 et réédité aujourd’hui par les Presse de la cité, fut une véritable révélation pour des milliers d’Américaines qui se reconnurent dans le destin des personnages. Il nous emmène au cœur de la Grande Pomme des années 50, dans un monde à la « Mad Men » gouverné par des hommes, et où les femmes n’ont souvent qu’un seul choix pour se construire un avenir : le mariage.
Ainsi, nous suivons les destins croisés de cinq secrétaires dans une grande maison d’édition de Manhattan, les éditions Fabian. Elles débarquent, fraîches et pleines d’espoir, avec un but commun et avoué : gagner une place au soleil, par leurs compétences ou en se faisant épouser (comme toute femme qui se respecte.. .).
Sur fond de harcèlement sexuel au travail, d’histoires d’amour cachées , d’amitiés naissantes, et d’ambitions inassouvies, Rona Jaffe nous livre un tableau sincère et moderne de la vie quotidienne de ces New-yorkaises.
Marie-Agnès, la « presque mariée fière de l’être », prépare fébrilement son mariage, jour après jour. Barbara, divorcée, ce qui est une quasi malédiction, souhaite rencontrer un homme qui prendra soin d’elle et de sa fille. Gregg, l’apprentie comédienne, a dû mal à gérer sa liaison, entre passion et possession, avec une personnalité connue. April, naïve et romantique, fantasme sur des relations d’une sincérité douteuse. Quant à Caroline, la plus affranchie des cinq, elle soigne ses peines de cœur en se jetant à corps perdu dans le travail et ambitionne de gravir les échelons. Toutes vont déployer une incroyable énergie pour atteindre leur but. Y parviendront-elles ? Cela n’est pas simple et le temps presse. À cette époque, une célibataire de 25 ans était de facto étiquetée vieille fille.
Le roman se déroule sur trois ans et l’évolution des héroïnes est spectaculaire. Chacune fait à sa manière son apprentissage de la vie et leurs expériences bonnes ou mauvaises les rendront plus fortes.
Je me suis régalée de l’atmosphère de ce livre. Fan de la série « Mad Men », j’y ai retrouvé tous les ingrédients : l’ambiance New-yorkaise de l’époque, le frémissement du féminisme, les cocktails après le travail, la cigarette, les références à la mode... D’ailleurs, ce roman est le livre de chevet de Don Draper dans la 1ère saison. Mais il reste aussi très actuel, car les émotions qu’ils provoquent chez le lecteur sont intemporelles. Comme l’écrit Rona Jaffe, en 2005 : Rien n’est trop beau est un document sociologique, mais il parle aussi de ce qui change (rêves, existence), et comment tout changement en entraîne un autre. Et cela, ça ne change pas.
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