Critiques de Samuel Beckett


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    • Livres 4.00/5
    Par Sedrik, le 16/08/2011


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    En attendant Godot. Tout la pièce se livre en trois mots. Oui tout est là, car cette pièce n'est rien moins que le jeu auquel se livre l'existence dans toute son étrangeté. Un jour, puis un autre. Que se passe-t-il ? Peu, bien peu de choses, dans cet espace clos où le temps rétrécit. D'ici l'action est presque bannie : "Il n'y a rien à faire", rien si ce n'est attendre. Car que faisons nous de nos vies si ce n'est attendre, attendre encore, attendre toujours. Alors attendons, oui attendons, l'inconnu qui fait nos lendemains, pour vaincre l'ennui qui compose nos existences parfois ternes, toujours brèves, trop brèves, et fragiles. Dans cette pièce, les protagonistes sont vaincus, irrémédiablement vaincus par un temps qui ne passe pas, ce vide, ce précipice, cette béance trop ordinaire où tout homme s'abandonne. Sous l’étendard de l'ennui, règne le fardeau de la pensée, la malédiction reine. Puisqu'il est impossible de se taire, puisque tout est dit, essayons comme Didi et Gogo, dans cette épuisante attente qu'est la vie, de nous livrer aux mots "sans trop nous exalter", restons sobre et profitons de l'instant. Mais notre temps n'est il pas voué à la vanité quoiqu'on en fasse ? Ne sommes nous pas que temps consommé ? C'est une des nombreuses questions que peut susciter cette œuvre fade ou amer, assurément minimaliste et pourtant d'une inépuisable richesse...

    Critique de qualité ? (8 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par ianf, le 22/12/2010


    Fin de partie Fin de partie de Samuel Beckett

    On ne peut pas résumer Fin de partie, simplement parce qu'il n'y a pas d'intrigue, pas d'histoire au sens propre. Ce sont quatre personnages - Clov et Hamm, Nagg et Nell ; c'est un lieu clos - car au dehors, c'est "Mortibus" ; c'est une boucle sans fin ; c'est un temps inexistant ; c'est surtout des répliques, des dialogues, des relations entre les personnages magnifiquement mis en scène par le génie de Beckett.
    Fin de partie, c'est aussi la mise en évidence de la misère de la condition humaine dans tout ce qu'elle a de plus ignoble, de plus inutile. Oui, l'homme est inutile, la vie est un fardeau (Hamm dira à son père : "Salopard ! Pourquoi m'as-tu fait ?"), et l'attente d'une mort qui semble refuser de se montrer : Hamm prie pour que ça ne "rebondisse pas", et si "quelque chose suit son cours", si "ça avance", les personnages continuent d'attendre, mais en vain : la fin de la pièce est un écho au début, et si quelques éléments peuvent faire penser qu'en effet, ça va finir, l'impression de boucle et d'éternel recommencement nous fait réaliser que ce n'est pas fini. Clov l'annonce lui-même, dès la première (et somptueuse) réplique de Fin de partie : "Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir." Fin de partie nous raconte une fin qui n'en finit pas de finir, et qui au fond, semble ne jamais vouloir s'achever.
    Mais, plus que tout encore, Fin de partie est l'éloge du théâtre le plus fascinant qui existe. Cette pièce, si elle s'éloigne du théâtre traditionnel comme le théâtre shakespearien (d'ailleurs, Beckett y fait de multiples allusions : "Mon royaume pour un boueux", dira Hamm), est en fait au plus proche du théâtre, car c'est dans cet art qu'elle puise toute sa force. Les personnages sont des acteurs en train de jouer (Clov sert "à donner la réplique" à Hamm, qui se demande : "Pourquoi cette comédie, tous les jours ?"), comme le suggère la première pantomime de Clov ; ils dialoguent dans cet espace exigu qu'est la scène de théâtre. Les objets, le décor, les mouvements comptent davantage que les paroles et que l'intrigue, preuve évidente que c'est au coeur de l'essence théâtrale que Beckett puise toute la force de son oeuvre.
    Fin de partie, pièce en un acte emplie de métathéâtralité (théâtre dans le théâtre), combine tous les thèmes chers à Beckett : la condition humaine faible et misérable (on n'est pas sans penser à Pascal en lisant la pièce), les relations entre individus, le langage qui perd sa splendeur et se déconstruit ("tout est a - (bâillements) - bsolu"...), et surtout le théâtre. Car Fin de partie, en tant que pièce qui va à l'encontre du modèle théâtral ordinaire (personnages vides, absence de scène d'exposition et de fin, langage déconstruit, aucune intrigue, références classiques détournées tel le couple maître-valet qui devient le couple parodique Hamm-Clov, etc.), est en fait le théâtre en lui-même. C'est ça qui en fait un chef-d'oeuvre, et même très certainement supérieur à En attendant Godot.

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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 20/08/2010


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    C’est en découvrant le tableau d’un peintre hollandais (dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom !)dans une salle du Rijksmuseum d’Amsterdam que j’ai imaginé Samuel Beckett s’en servir comme point de départ pour sa pièce "En attendant Godot". Deux personnages sont représentés en train de deviser au pied d’un arbre devant un paysage de plaine cultivée. Il ne manque plus que les chapeaux melons et la pièce peut démarrer. C’est la force du théâtre de Beckett. Avec lui s’est imposée l’idée que tout peut faire théâtre, qu’un rien peut tenir le spectateur en haleine si les acteurs ne cherchent pas à raconter d’histoires mais sont l’histoire. Car peut importe ce qu’ils racontent, le spectateur veut voir la vie sur un plateau, absurde ou incompréhensible, mais la vie tout simplement.

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    • Livres 5.00/5
    Par 270778, le 12/07/2010


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    Je découvre Beckett avec cette pièce et j'adore ce que je lis (voir la pièce jouée doit être une expérience différente) : c'est très moderne et on du mal à croire que ça date de 1952. On nage dans l'absurde, le prosaïsme et, en même temps, sous la légèreté apparente, on y parle de la mort, de l'incommunicabilité, de la possibilité du suicide et surtout de l'ennui et de la vacuité de la condition humaine.

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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 29/06/2010


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    Qu'est-ce que c'est que cette pièce ? Becket ne le sait pas lui-même. Deux hommes attendent. Attendent quoi ? Godot. C'est vrai. Qui est Godot ? Dieu ? Il a une barbe blanche. On parle des larrons, d'Abel, de Caïn ? Dieu pour autant ? Peut-être. Deux autres hommes, le maître, le chien. Le lendemain, un aveugle, un sourd. Tout le monde a tout oublié, sauf Vladimir, la tête. Estragon, le corps, a mal. On l'a battu cette nuit. Qui ? Il y avait Lucky. Il ne s'en souvient pas. De quoi parle la pièce ? de rien et peut-être de plein de chose, comme ça. L'amitié, émouvante, Vladimir et Estragon impossibles l'un sans l'autre. Pourquoi ? Parce ce qu'ils attendent Godot. La religion ? Y croit-on vraiment ? La condition humaine ? La lecture allégorique aplatirait. Pourtant, des éclats de sens : "L'appel que nous venons d'entendre, c'est plutôt à l'humanité tout entière qu'il s'adresse. Mais à cet endroit, en ce moment, l'humanité c'est nous, que ça nous plaise ou non". Notre responsabilité dans la Shoah ? Trop simple. Un peu de ça quand même. Nous passons nos vies à attendre. A attendre quoi ? Godot. C'est vrai. Tout est simple, sauf quand Lucky pense, et rien. Y comprendre quelque chose ? Non, attendre que Godot, demain, nous sauve. La nuit est tombée, brusquement. Il n'est même plus temps de se pendre.

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    • Livres 5.00/5
    Par Buster_Keaton, le 05/08/2008


    Le dépeupleur Le dépeupleur de Samuel Beckett

    Beckett n'écrit pas sur le silence, il "DIT" le silence…
    Au fil de ses ouvrages les pages se raréfient, les mots se concentrent, mettant en exergue l'absurdité de l'existence.
    Les mots ne sont plus alors des signes chargés d'une signification (symboles), mais ils deviennent la chose qu’ils nomment (Rimbaud n’est pas très loin : A noir, I rouge, U vert, O bleu...)
    John Coltrane avait un idéal: écrire une musique ou il n'y aurait aucune note.
    Samuel Beckett a finalement écrit sans mots au sens strict : seule l’émotion est présente.

    Critique de qualité ? (4 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par spicyfrog, le 18/11/2011


    Fin de partie Fin de partie de Samuel Beckett

    Fin de Partie est une pièce de théâtre qui nous laisse perplexe du début à la fin. Beckett à pour habitude que la pièce suit un cours inattendu et surtout, on se demande qu'elle est le but de cette pièce. L'extinction de l'espèce humaine où il ne resterait que deux personnes qui se détestent en même temps qu'ils doivent s'apprécier vis-à-vis du fait qu'ils ne restent plus qu'eux? Les personnages sont à la fois comique, touchant, fascinant et celui de Hamm nous montre ce que peut être la cruauté humaine. Chapeau à Beckett qui manie le théâtre de l'absurde avec un talent incroyable.

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    • Livres 0.00/5
    Par philip-paul, le 30/05/2011


    Premier amour Premier amour de Samuel Beckett

    L'art de bien parler, même à partir du banal.

    Surréaliste et théâtral, humour et absurde sont les 4 mots qui me viennent à l'esprit. Fulgurance de l'écriture aussi, peut-être.

    Critique de qualité ? (3 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 27/12/2007


    Fin de partie Fin de partie de Samuel Beckett

    Samuel Beckett, un inconnu, un mystère, une énigme. Tellement encensé par certains, tellement honni par d’autres (beaucoup moins nombreux peut-être.) Je ne pouvais rester plus longtemps dans l’ignorance et avant de connaître l’homme, j’ai découvert l’une de ses nombreuses pièces, « Fin de partie ». Ce choix s’est fait logiquement, parce que j’avais pu voir une mise en scène de cette œuvre (par Jean-Claude Fall au CDN Languedoc-Roussillon, à l’automne 2006). Si je n’ai pas gardé un très grand souvenir de la pièce jouée, j’ai tout de même senti le besoin de lire le texte, et ce fut un vrai bonheur. Si Samuel Beckett a marqué son époque, c’est sûrement parce qu’il a renouvelé le théâtre. Tout d’abord, on est saisi par la surabondance et le pointillisme des didascalies. Elles sont, en effet, omniprésentes, précisant le moindre geste, la moindre attitude ou pause de chaque personnage. Je ne saurais expliquer les raisons de cette méticulosité formelle, mais elle réduit considérablement la liberté du metteur en scène et des acteurs. Mais ce dirigisme apparent s’accompagne d’une grande liberté d’interprétation du sens de la pièce.

    Elle montre le temps qui passe inexorablement, pour Hamm, son serviteur Clov ainsi qu’un duo probable de vieux parents, Nagg et Nell. La parcimonie des informations sur les raisons de la présence de tous ces personnages, ainsi que sur leurs liens réciproques aide à mettre au premier plan de la pièce l’absurdité de leurs faits et gestes. Samuel Beckett expose des êtres vivant dans leur routine et leur morne quotidien, attendant passivement la fin prochaine de leur petit manège. Cette impuissance de l’Homme face à l’existence est symbolisée par la paralysie des personnages. Hamm ne peut quitter son fauteuil roulant, Nagg et Nell vivent cloîtrés dans leurs poubelles, et Clov, le seul être pourtant mobile, reste soumis aux ordres et volontés de Hamm.

    Les personnages de cette pièce sont donc des êtres insignifiants, englués dans leurs petits passe-temps quotidiens, spectateurs du vide existentiel à l’image de Clov qui répète inlassablement : « quelque chose suit son cours ». Samuel Beckett ne nous raconte pas une histoire pour occuper un peu de notre temps, mais il ouvre grand nos yeux sur ce temps qui passe.

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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 27/08/2011


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    "Le fait de vivre le supplice de Sisyphe affirmait Albert Camus,signifie que l'on vit une situation absurde répétitive dont on ne voit jamais la fin ou l'aboutissement"
    Ici, point de caillou à rouler indéfiniment,point trop d'effort à fournir pour les deux vagabonds Vladimir dit Didi et Estragon dit Gogo qui se roulent les pouces sous un arbre, ou plutôt si, un caillou symbolique, celui du jour qui monte et redescend sa pente,et revient indéfiniment car jour après jour,s'enclenchent inlassablement des jours d'attente.
    Et ils attendent quoi ces deux ostrogoths?
    "-Allons nous en!
    -On ne peut pas.
    -Pourquoi?
    -On attend Godot."
    Godot! God, Dieu,retour au ventre de la mère,mort ou rien?
    Nul ne sait,pas même Samuel Beckett qui a écrit le texte.Anti-théatre qui a fait scandale tout en rendant la pièce célèbre.Théatre de l'absurde à contre sens de toute logique.
    Ils attendent un sauveur qui ne vient pas,ce que l'auteur a contesté.
    Pieds et poings liés à Godot, ils ont beau parler,rire,chanter,s'engueuler,s'interroger,se démener,s'impatienter,essayer en vain de se pendre car la mort serait leur seule consolation, ils restent là, tels qu'ils sont, avec leur mal de vivre,leur vide existentiel.
    "-Si on se repentait?
    -De quoi?
    -Eh bien,on n'aurait pas à entrer dans les détails.
    -D'être né?"
    Débarquent deux autres gugusses.Pozzo le maître inhumain et Lucky, l'esclave porteur de bagages remplis de sable, le "knouk" traité comme un chien.
    "Debout charogne!"
    Le cou, lacéré par la corde est à vif. Le fouet claque.
    "C'est une honte!" s'écrie Vladimir.
    "C'est un scandale!" recopie Estragon, pas trop convaincu tout de même.
    "Danse pouacre!" "Pense porc!" "Hue!"
    Pozzo est ignoble, les ordres pleuvent,le bouffon exécute, mais les deux zouaves s'y mettront bientôt aussi à cette ignominie.
    Et l'autre pleure mais accepte son sort sans se rebeller.
    Ainsi est la nature humaine.
    Ils jouent à être quelqu'un comme dans L'être et le néant de Jean Paul Sartre.
    Qui?
    Laurel et Hardy, Don Quichotte et Sancho Pansa? Le plus énergique et le plus faible? L'adulte et l'enfant?Sade et sa Justine?
    Une vision du monde dominée par le dégout et le désespoir et l'"être là" gratuit des choses.L'homme est le seul artisan de sa manière de vivre prônent les existentialistes, le bonheur est illusoire.
    A quatre, ces personnages, représentent un microcosme.
    Ainsi que l'affirmait Schopenhauer :vivre avec les autres est difficile,mais il nous est difficile de vivre sans eux.
    Vladimir et Estragon voudraient bien se quitter mais une étrange corde, comme celle qui attache Lucky à Pozzo, les relie.
    Un sot reste un sot, dit encore ce philosophe pessimiste, un balourd demeure un balourd seraient-ils entourés des houris du paradis.
    "-Tu connais l'histoire de l'anglais dans un bordel?"
    "-Assez!"
    "-Pardon!"
    Une pièce entre rêve et réalité où les distorsions du temps font qu'en un jour Pozzo devient aveugle et Lucky muet,à moins que ce soit une semaine, un mois qui sait? Nul ne sait!
    A la manière surréaliste,tout se dérègle.
    Et l'attente revient encore et encore car le garçon passe pour les avertir,pour NOUS avertir: "Il ne viendra pas ce soir".
    Samuel Beckett, écrivain irlandais(1906-1989), installé à Paris en 1937 a commencé à écrire certaines de ses oeuvres en français en 1945.
    En attendant Godot a été publié en 1952.
    En 1969, lui a été attribué le prix Nobel de littérature.

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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 13/07/2011


    Molloy Molloy de Samuel Beckett

    Molloy est le premier roman d’une trilogie qui se poursuit avec Malone meurt et l’Innommable.

    Beckett en dramaturge et Beckett en romancier sont deux auteurs qu’on ne lit pas de la même façon. Si les pièces de théâtre de Beckett se lisent sans grande difficulté, ses romans requièrent plus d’attention.
    La structure est déboussolante. On suit tout d’abord le personnage de Molloy, vagabond errant sans but dans un monde dépeuplé. Les seules rencontres qu’il effectue ont lieu dans le creuset de sa mémoire. Il s’agit une fois de sa mère, monstre sans visage auquel Molloy essaie d’échapper, sans y parvenir toutefois à cause de la solitude qui le ronge et de l’acharnement dont il fait preuve à vouloir réussir là où l’espoir du triomphe est impossible.

    « Malheureusement ce n’est pas de cela qu’il s’agit mais de celle qui me donna le jour, par le trou de son cul si j’ai bonne mémoire. Premier emmerdement. […] / Ma mère me voyait volontiers, c’est-à-dire qu’elle me recevait volontiers, car il y avait belle lurette qu’elle ne voyait plus rien. Je m’efforcerai d’en parler avec calme. Nous étions si vieux, elle et moi, elle m’avait eu si jeune, que cela faisait comme un couple de vieux compères, sans sexe, sans parenté, avec les mêmes souvenirs, les mêmes rancunes, la même expectative. Elle ne m’appelait jamais fils, d’ailleurs je ne l’aurais pas supporté, mais Dan, je ne sais pourquoi, je ne m’appelle pas Dan. »

    On retrouve dans ce roman le même désespoir qui surplombe les œuvres principales de Beckett : En attendant Godot ou encore Fin de partie. Les relations humaines sont dénuées de sens. Elles se prêtent seulement à un jeu de rôles où chacun est contraint de simuler des sentiments qu’il ne ressent pas. Le dégoût, la haine viscérale de l’autre, surgissent dans chaque paragraphe dans lequel Molloy ressasse ses anciens souvenirs. Qu’il s’agisse d’une de ses femmes ou d’un chien, il ressent le même dégoût :

    « Elle s’appelait du nom paisible de Ruth je crois, mais je ne peux le certifier. Peut-être qu’elle s’appelait Edith. Elle avait un trou entre les jambes, oh pas la bonde que j’avais toujours imaginée, mais une fente, et je mettais, elle mettait plutôt, mon membre soi-disant viril dedans, non sans mal, et je poussais et ahanais jusqu’à ce que j’émisse ou que j’y renonçasse ou qu’elle me suppliât de me désister. Un jeu de con à mon avis et avec ça fatigant, à la longue. Mais je m’y prêtais d’assez bonne grâce, sachant que c’était l’amour, car elle me l’avait dit. Elle se penchait par-dessus le cosy, à cause de ses rhumatismes, et je l’enfilais par derrière. C’était la seule position qu’elle pût supporter, à cause de son lumbago. Moi je trouvais cela naturel, car j’avais vu les chiens, et je fus étonné quand elle me confia qu’on pouvait s’y prendre autrement. »

    « Elles avaient un aberdeen appelé Zoulou. On l’appelait Zoulou. Quelquefois, quand j’étais de bonne humeur, j’appelais Zoulou ! Petit Zoulou ! Et il venait me dire bonjour, à travers la grille. Mais il me fallait être joyeux. Je n’aime pas les bêtes. C’est curieux, je n’aime pas les hommes et je n’aime pas les bêtes. Quant à Dieu, il commence à me dégoûter. Accroupi, je lui taquinais les oreilles, à travers la grille, en lui disant des mots câlins. Il ne se rendait pas compte qu’il me dégoûtait. Il se dressait sur ses pattes de derrière et appuyait sa poitrine contre les barreaux. Alors je voyais son petit pénis noir que prolongeait une maigre tresse de poils mouillés. »

    Beckett est un auteur qui m’interpelle énormément. Son sens de l’absurdité est poussé à l’extrême. Dans cette démarche, il me semble plus sincère et plus lucide que n’importe quel autre auteur. Il ne cherche pas à justifier ses actes par des motifs qui paraîtraient nobles aux yeux des autres. Jeté sur Terre pour accomplir une mission dont il n’a pas la connaissance et qu’il ne cherche pas à connaître, tout ce qui l’entoure est vidé de sens. Si ces personnages agissent malgré tout, c’est uniquement pour meubler le vide qui les entoure.

    « Mais on change de merde. Et si toutes les merdes se ressemblent, ce qui n’est pas vrai, ça ne fait rien, ça fait du bien de changer de merde, d’aller dans une merde un peu plus loin, de temps en temps, de papillonner quoi, comme si l’on était éphémère. »

    « Qu’il est difficile de parler de la lune avec retenue ! Elle est si con, la lune. Ca doit être son cul qu’elle nous montre toujours. On voit que je m’intéressais à l’astronomie, autrefois. Je ne veux pas le nier. Puis ce fut la géologie qui me fit passer un bout de temps. Ensuite c’est avec l’anthropologie que je me fis brièvement chier et avec les autres disciplines, telle la psychiatrie, qui s’y rattachent, s’en détachent et s’y rattachent à nouveau, selon les dernières découvertes. »

    Dans la deuxième partie du livre, on suit Moran et son fils qui ont été chargés par Youdi de partir à la recherche de Molloy. Ici, moins de considérations existentielles. Moran représente la partie brute et vulgaire de Molloy, son penchant matérialiste, celui qui agit plus qu’il ne pense. On découvre ici une facette plutôt étonnante de Beckett qui ne transparaissait pas forcément dans ses pièces de théâtre. Ses digressions sexuelles et anales, caustiques à souhait, renforcent toute la sensation de dégoût qui suintait déjà dans la première partie. C’est jouissif, mais aussi complètement désespérant.

    « […] il y a une chose que j’abhorre, c’est qu’on entre dans ma chambre sans frapper. Je pourrais être précisément en posture de me masturber, devant mon miroir Brot. Spectacle en effet peu édifiant pour un jeune garçon que celui de son père, la braguette béante, les yeux exorbités, en train de s’arracher une sombre et revêche jouissance. »

    « As-tu chié, mon enfant ? dis-je tendrement. J’ai essayé, dit-il. Tu as envie ? dis-je. Oui, dit-il. Mais rien ne sort, dis-je. Non, dit-il. Un peu de vent, dis-je. Oui, dit-il. »

    « […] je dois dire que je ne pensais plus guère à lui. Mais par moments il me semblait que je n’en étais plus très loin, que je m’en approchais comme la grève de la vague qui s’enfle et blanchit, figure je dois dire peu appropriée à ma situation, qui était plutôt celle de la merde qui attend la chasse d’eau. »

    La vie vue à travers le regard de Beckett devient une raclure difficile à éliminer. Je ne sais pas s’il vaut mieux lire ce livre en étant soi-même de bonne humeur, afin de tolérer davantage les montées de désespoir qui le parcourent, quitte à en perdre sa bonne humeur, ou en étant de mauvaise humeur, mais Beckett est si convainquant qu’il risquerait vraiment de propager son désir de tout laisser tomber à son lecteur.

    « Car en moi il y a toujours eu deux pitres, entre autres, celui qui ne demande qu’à rester là où il se trouve et celui qui s’imagine qu’il serait un peu moins mal plus loin. De sorte que j’étais toujours servi, en quelque sorte, quoi que je fisse, dans ce domaine. Et je leur cédais à tour de rôle, à ces tristes compères, pour leur permettre de comprendre leur erreur. »

    Si ce livre m’avait déplu la première fois, à cause de ses passages déconstruits et de sa densité, il m’a plu à la seconde lecture pour les mêmes motifs. Cette œuvre est d’une richesse que ses pièces de théâtre ne parviennent pas à égaler, c’est peu dire.
    Cela fait du bien de lire des textes aussi dégoûtés pour les moments durant lesquels on se sent comme le Molloy ou le Moran de ce roman, alors que la plupart des choses autour de nous nous incitent à faire un effort permanent pour nous émerveiller de ce qui nous entoure. Si cette dernière démarche est louable, il faut être lucide : au quotidien, ce n’est pas le sentiment qu’on ressent le plus souvent. Et Beckett est là pour nous dire que nous ne sommes pas seuls à être dans cette situation.

    « C’est le nom de votre maman, dit le commissaire, ça devait être un commissaire. Molloy, dis-je, je m’appelle Molloy. Est-ce là le nom de votre maman ? dit le commissaire, Comment ? dis-je. Vous vous appelez Molloy, dit le commissaire. Oui, dis-je, ça me revient à l’instant. Et votre maman ? dit le commissaire. Je ne saisissais pas. S’appelle-t-elle Molloy aussi ? dit le commissaire. S’appelle-t-elle Molloy ?dis-je. Oui, dit le commissaire. Je réfléchis. Vous vous appelez Molloy, dit le commissaire. Oui, dis-je. Et votre maman, dit le commissaire, s’appelle-t-elle Molloy aussi ? Je réfléchis. Votre maman, dit le commissaire, s’appelle -, Laissez-moi réfléchir ! m’écriai-je. »


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-molloy-1951-de-samuel-beckett-7930374...

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    • Livres 5.00/5
    Par folivier, le 17/03/2011


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    Ouaouh ! Pièce archie connue que je n'avais pas encore lue, ni la chance de la voir au théâtre... eh oui il est toujours temps de combler ses lacunes !
    Quel style, quelle écriture ! J'ai été fasciné et impressionné par le long monologue de Lucky à la fin du premier acte. Tout en le lisant je me disais mais comment un acteur peut-il retenir ce texte pour le jouer sur scène.
    Le texte est truffé de situation absurde cocasse qui bascule en deux phrases dans le tragique, puis dans le ridicule. C'est fascinant.
    Les thèmes et les réflexions sont multiples. On peut discuter longtemps sur cette attente et qui est attendu cependant un thème revient de manière récurrente : le salut..
    "- On se pendra demain. A moins que Godot ne vienne. - Et s'il vient ? - Nous serons sauvés."
    Mais au lieu de l'attendre il vaut peut-être mieux le chercher.

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    • Livres 4.00/5
    Par Colonel, le 19/11/2010


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un court instant puis c'est la nuit à nouveau.

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    • Livres 0.00/5
    Par luthien, le 01/02/2012


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    Cette pièce en deux actes appartient au théâtre de l’absurde. Vladimir et Estragon sont deux personnages qui discutent pour faire passer le temps en attendant Godot. Leurs dialogues sont parfois vides, ils ne s’écoutent pas l’un et l’autre. Ainsi, l’un pose une question et l’autre revient sur un sujet précédent. Le premier répète sa question plusieurs fois sans pour autant que l’autre n’y réponde de suite. Deux autres personnages font leur apparition et rompent la monotonie du dialogue incessant et absurde de Vladimir et Estragon. Ce nouveau couple est encore plus particulier que le précédent. Pozzo est un homme qui se croit supérieur à tous les autres et qui traite son compagnon Lucky comme un esclave. Ce dernier n’a de chanceux que le nom, n’existant que pour obéir aux ordres de son maître. Le lecteur se demande ce qui les lie mais aucune réponse ne sera apportée. Un temps Vladimir se révolte du comportement de Pozzo envers Lucky mais aucun dialogue ne sera réellement engagé. Lucky est considéré à la fois comme un homme à tout faire, portant les affaires de Pozzo, ainsi que comme un animal de foire. En effet, il danse et parle lorsque Pozzo le lui ordonne. Son monologue est long, difficilement compréhensible avec des mots qui se répètent, d’autres qui disparaissent, des retours en arrière et surtout aucune ponctuation.

    Chronique entière sur mon blog.


    Lien : http://andimagine.wordpress.com/2012/02/01/en-attendant-godot-de-samuel-beckett/

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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 28/08/2011


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    Une pièce de théatre qui m'a choquée de par sa vision pessimiste du monde.Dominants-dominés et non-encore-dominés qui passent du côté des dominants avec un petit coup de pouce.A moins que je n'aie pas compris l'absurde de cette situation d'attente d'un sauveur improbable qui a battu donc dominant aussi?
    Un Godot bien désespérant pour désespérés en instance!

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    • Livres 5.00/5
    Par johaylex, le 09/08/2011


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    La vie dans la perte, la vie dans son absurdité...

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    • Livres 3.00/5
    Par cicou45, le 07/06/2011


    Le monde et le pantalon: Suivi de Peintres de l'empêchement Le monde et le pantalon: Suivi de Peintres de l'empêchement de Samuel Beckett

    Ce court ouvrage contient en effet deux textes Le monde et le pantalon et Peintres de l'empêchement, qui en réalité se complètent pour former une chronique sur l'art, et plus particulièrement sur la peinture. Dans la première partie de ce livre, Beckett affirme qu'il n'y a pas de bonne ou de mauvaise peinture, tout est question de goût. De quel droit le connaisseur devrait-il se permettre de dire à l'amateur d'art d'acheter tel ou tel tableau et de dénigrer ceux qui plaisent à ce dernier parce qu'ils n'ont pas été peints par les plus grands maîtres ou parce qu'il ne respectent pas les règles de l'art à proprement parler. Je trouve ce discours assez respectable et qu'il ne devrait pas seulement s'appliquer à l'art mais s'étendre dans d'autres domaines. Pourquoi n'aurais-je pas le droit de penser différemment de ce que la société nous dit de penser. N'ai-je pas mon propre libre-arbitre ?
    Puis, Beckett en vient à citer les frères van Velde qui sont non seulement de ses amis mais sont également peintres tous deux. Il s'attache particulièrement à leur cas en nous expliquant que ce qu'ils recherchent eux dans la peinture, ce n'est pas uniquement l'art pour l'art mais avant tout la condition humaine.
    J'ai trouvé cet ouvrage beaucoup plus accessible que l'image et les réflexions que l'auteur apporte intéressantes et nous incite, en tant que lecteur à réfléchir sur notre propre jugement. Par exemple, ce n'est pas parce que la majorité des critiques sont positives sur tel ou tel livre que je suis moi aussi obligée de l'aimer et d'en faire une éloge...

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    • Livres 2.00/5
    Par cicou45, le 07/06/2011


    L'Image L'Image de Samuel Beckett

    Court ouvrage de Samuel Beckett qui n'est en réalité composé que d'une seule phrase, voire éventuellement deux si mes souvenirs sont erronés
    C'est un texte dans lequel il ne se passe rien puisque l'auteur tente de prouver que les mots, s'ils sont mal formulés ou s'ils ont été traînés "dans la boue", ne servent plus à rien ou sont alors.dépourvus de sens.
    Dans ce texte, il se regarde lui-même et analyse toutes les mimiques qui accompagnent généralement la parole : mouvement des mains, de la langue...
    Bien que je sache que toute la grandeur du texte soit principalement dans cet esprit de lourdeur et de compression dans une seule phrase, j'avoue que j'ai eu du mal avec ce texte. Peut-être l'ai-jr lu trop tôt. A vous de juger...

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    • Livres 4.00/5
    Par Ulrikya, le 21/05/2011


    Fin de partie Fin de partie de Samuel Beckett

    Les conditions des personnages semblent être déroutantes mais les touches d'humour noir par ci et là de la part de Beckett nuancent cette atmosphère apocalyptique.
    Entre la vie et la mort, les personnages sont à court d'idée, seul l'isolement et la mort semblent être leur réconfort.
    Très beau livre.

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    • Livres 5.00/5
    Par cilla610, le 04/04/2011


    En attendant Godot En attendant Godot de Samuel Beckett

    Une pièce très déroutante mais magnifique et véridique. Deux hommes attendent... Pas seulement un autre homme, mais aussi un tournant que va prendre leur vie. Superbe

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