Par Noukette, le 10/07/2011
Les collines du tigre de
Sarita Mandanna
La souffrance s'accumule. Sauf si on ne la repousse pas délibérément, elle s'accumule et se nourrit d'elle-même. Durcissant, caparaçonnant, évidant les coeurs. Au début, on essaye de gratter les croûtes, pour retrouver l'être pur et innocent qu'on était avant. Mais avec le temps cela devient trop difficile. Cette mise à nu qu'on s'impose, ces retours permanents sur des souvenirs pénibles. C'est bien plus simple de l'enfermer à clé, sans un regard et sans un mot. De la traîner ainsi qu'une pierre invisible autour du cou. On ne touche pas aux cicatrices. Couche après couche, elles s'épaississent et, un beau matin, on se réveille définitivement endurci. Irrémédiablement enraciné dans un passé enkysté pendant que le monde a continué à tourner. (...) Se débarrasser de la souffrance, repousser l'amertume. C'est le seul moyen d'avancer. Mettre la souffrance de côté et redonner une chance à l'espoir. On dérive à travers le temps, tantôt dans l'ombre, tantôt sous le soleil brûlant, exposé aux cieux. Et un jour, inévitablement, on commence à guérir, les lèvres de la plaie se referment lentement. On s'emplit de lumière, de grâce, et l'on est à nouveau capable d'ouvrir son coeur, de laisser quelqu'un y entrer. A nouveau, le vent nous souffle dans les ailes. (p. 477)
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