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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Voyageur de minuit de
Sayd Bahodine Majrouh
En lieu et place de ses vestiges se dressait une ville dont la renommée avait conquis le monde. On s'y rendait en traversant l'immensité des prairies les plus vastes, des forêts les plus denses, des monts et des vallées brassant leurs fleurs sauvages, leurs lacs et leurs rivières aux ondes transparentes, leurs torrents fracassants descendus des hauteurs où rêve la neige bleue.
Chevaux en liberté par les herbes et le vent, cerfs, chevreuils, biches, troupeaux de grâce dans l'éclat des graminées, animaux sans frayeur qui venaient jusqu'au bord de la ville jouer avec les enfants et manger dans leurs mains : voilà ce que trouvait le voyageur, avec les trilles des oiseaux sous l'ombre des jardins.
En ce temps-là, on n'inventait pas la cage.
En ce temps-là la ville était sans porte.
En ce temps-là, on ne dressait pas muraille, on ne creusait nul fossé.
La ville était un parc ; la ville était fleurs, bosquets, maisons sobres, discrètes, agréables à l'oeil, reposantes à vivre.
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Voyageur de minuit de
Sayd Bahodine Majrouh
Le Voyageur de Minuit aimait à se retirer, à s'isoler, se taisant des jours entiers.
Il se laissait captiver des heures durant par la grâce d'un feuillage. Il goûtait sa danse dans les bras de la brise. Il ne se lassait pas du chant des oiseaux.
Il était fou, évidemment.
Certains pensèrent à l'enfermer.
D'autres s'y opposèrent. Il était fou, pour sûr, mais nullement dangereux ni susceptible de faire du tort à quiconque. Il divertissait les enfants et les simples. Et puis, il contait bien, le Madjnoûn : ses histoires, ses délires de fou déclenchaient l'hilarité.
Seuls les enfants étaient attentifs au fil secret de ses récits.
Seuls, ils écoutaient avec l'âme.
Seuls ils trouvaient un sens où les autres riaient.
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Voyageur de minuit de
Sayd Bahodine Majrouh
L'Ordre bouleversa tout.
On apprit à connaître une activité d'un type nouveau, qui fut nommé travail. Jusqu'alors, on engageait une action par désir ; on la poursuivait par agrément ; on la menait à son terme pour le plaisir. On savourait la joie comme le repos, l'ouvrage exaltant comme l'oeuvre accomplie. Le travail, en revanche, s'avéra d'emblée marqué du sceau de l'effort, du pénible, du rebutant ; entamé dans le non-consentement, il se déployait en souffrance et s'achevait par dégoût. Ainsi s'érigea le joug. Ainsi, la geôle dont l'humanité domestique n'a jamais su se libérer.
Sous la férule du Chef Illimité, il fallût bâtir murailles et hautes tours, creuser fossés, faire forteresse de la Cité, édifier en son sein un aberrant palais de marbre.
... Les enfants ne jouaient plus. Ils n'avaient plus permission de rire. Ils ne furent plus voyants. Ni les amants ne se promenaient entre bois et jardins. Il était à toute occasion interdit de... Interdit de s'amuser, de plaisanter, de sourire, de s'embrasser dans les bosquets. Interdit, tout ce qui déplaisait au Grand Conquérant. Et ce qui déplaisait par-dessus tout au Guerrier Invincible, au Conquérant du Monde, au Chef illimité, c'étaient les rires et les jeux, les cris joyeux et libre des enfants, les chants des oiseaux, les baisers des amants.
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Voyageur de minuit de
Sayd Bahodine Majrouh
Que faire ? Je suis le Voyageur de Minuit. J'ai longtemps déserté les distances et les hommes. J'ai parcouru le monde habité, les pays dévastés, le silence, la solitude. Comment me faire entendre d'eux depuis ces latitudes ? Et dire à leur Cité la menace implicite ?
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Voyageur de minuit de
Sayd Bahodine Majrouh
Celui qui pousse les hommes à aimer la mort ne saurait prendre goût aux nourritures terrestres, aux fruits de la beauté vive. Celui qui invite à l'écoute outre-tombe, lui-même jamais n'ouvrira son coeur à la force qui danse, à la joie qui jaillit, à l'amour qui s'élève en chant.
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Voyageur de minuit de
Sayd Bahodine Majrouh
L'homme de Minuit s'éloigna.
Son heure approchait.
Il se retira en un lieu reculé, aux lisières des faubourgs, dans les décombres d'anciennes bâtisses désaffectées par le culte des temps.
Parmi les ruines il attendit que vienne son heure, avec l'heure même de la Ruine...
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Chants de l'errance de
Sayd Bahodine Majrouh
Le spirituel, ô amis, est un très vieil arbre, et les torrents des temps de ruines ne l'ont jamais déraciné. Ses racines enfoncent l'esprit dans la matière. Son tronc appuie le conscient sur l'inconscient.
Ses deux branches maîtresses sont la sagesse et l'amour. La profusion de ses ramures exalte les sciences et les arts, la connaissance et la poésie. Des fleurs de sang paraissent, et des fruits très amers, en tel endroit de ce grand arbre ; mais ces fleurs et ces fruits se fanent et pourrissent vite. Leur couleur flamboyante et leur goût trompeur n'empoisonnent que les ignorants, et le vieil arbre reste à jamais l'arbre du sens.
Mais il est aujourd'hui bien menacé, ô amis ! Des fleurs douteuses l'envahissent avec leurs fruits menteurs. Et des mains que manipule le Monstre ont empoigné la hache des révolution. Et le Monstre attend de votre complicité abusée, de votre souffrance, de votre égarement que vous joigniez vos mains à celles qui déjà veulent manier la ténébreuse hache.
Mais si vous résistez à cette tentation, si vous dépistez la ruse dans le principe, ô amis, ni le fer de la hache ni les terreurs ni les violences n'auront raison du très vieil arbre, qui est vous-mêmes. Il demeurera, avec ses nouvelles pousses et ses rides ancestrales, et il sera comme vous serez.
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Par nadejda, le 01/03/2011
Le Voyageur de minuit de
Sayd Bahodine Majrouh
Depuis la porte du Haut Temple, le vieux prêtre à l'habit jaune écoutait lui aussi le Voyageur.
Cet homme est fou, pensa-t-il. Fou de dévoilement, de révélation. Fou de courage ou d'inconscience. Sacrilège intrépide, fou ! Ne faut-il pas être fou, oui, pour mettre à nu la vérité avec tant d'irrespectueuse audace ? Mais d'où reçoit-il cette inspiration, cette parole, cette folie ? Fou, certes, mais en connivence de secret...
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Par Elisanne, le 18/05/2010
Le suicide et le chant de
Sayd Bahodine Majrouh
Que le mollad jette son appel à la prière de l’aube,
Tant que voudra mon amant, je ne me lèverai pas
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Par Elisanne, le 18/05/2010
Le suicide et le chant de
Sayd Bahodine Majrouh
Les autres se parent d’habits neufs pour la fête,
Moi je garde la robe qui porte encore l’odeur de mon amant