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Par Sesheta, le 28/10/2010
Chant des Tourterelles (le) de
Sema Kiliçkaya
Alep, 1943
- Je ferai brûler tous les cierges du monde, je t'offrirai toutes les fleurs de la terre, je pleurerai toutes les larmes de mon corps et égrènerai toutes les sourates du Coran jusqu'à ce que mon gosier se dessèche et se craquelle. Par Ali et le Prophète, épargne-le. Que mes enfants ne deviennent pas orphelins sur cette terre étrangère. Renonce à l'emporter, toi le Miséricordieux, amen.
Mais il étai mort malgré ses prières.
(p.7)
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Par Sesheta, le 02/11/2010
Chant des Tourterelles (le) de
Sema Kiliçkaya
C'était du temps de la splendeur de la ville, à l'époque où Antakya se nommait Antioche, la capitale du royaume séleucide. [...]
Par dix fois, la terre, depuis ses tréfonds, était montée à l'assaut, ébranlant la cité jusque dans ses fondations. Les bâtiments les plus robustes avaient tenu bon avant, pour certains, de s'écrouler comme des bêtes tombées sur leur flanc.
Par dix fois, la ville, probablement nourrie du sang de la vierge, s'était relevée, plus somptueuse qu'auparavant, la mégalomanie d'un Caligula, d'un Titus ou d'un Commode faisant ajouter des colonnades, des portiques, des temples ou des thermes, tous plus gigantesques les uns que les autres.
La Couronne de l'Orient avait continué à briller au firmament du christianisme naissant. Elle était devenue le siège de l'un des patriarcats chrétiens d'Orient se réclamant de saint Pierre. Mais les éclats se ternissent. Grandeur et décadence. C'est le principe qui régit toute chose de ce monde.
(p.18)
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Par Sesheta, le 02/11/2010
Chant des Tourterelles (le) de
Sema Kiliçkaya
Au fur et à mesure que leurs pas les rapprochaient de la maison, le cœur de Djémilé se mettait à battre plus vite. Sa hâte lui faisait voir le premier coude du fleuve Asi au détour de chaque rocher. Son oreille croyait surprendre des bruits familiers. Là, n'était-ce pas le chant des tourterelles, invisibles dans le marronnier qui se dressait dans la cour du mausoléée Saint-Hidir ?
(p.10)
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Par Sesheta, le 02/11/2010
Chant des Tourterelles (le) de
Sema Kiliçkaya
La terre, la poussière, les cailloux, plus tard la stèle, les fleurs. L'imam récita ses sourates. [...]
Le petit corps, la terre, la poussière, les cailloux. Seules Sakiné et Djémilé gardaient les yeux secs. La première parce qu'elle était encore trop jeune pour prendre la pleine mesure du décès de sa sœur, la seconde parce qu'elle n'avait plus de larmes à verser.
(p.37)
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Par Sesheta, le 02/11/2010
Chant des Tourterelles (le) de
Sema Kiliçkaya
La période faste des rêves et des illusions était terminée. La vie était un chemin long qui ne revenait pas.
(p.41)
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Par Sesheta, le 02/11/2010
Chant des Tourterelles (le) de
Sema Kiliçkaya
Il est des yeux dont le noir est de velours, lisse et brillant comme le satin. Ceux de l'homme étaient de ceux-là, deux brasiers de jais, perçants et doux à la fois. Le regard de Djémilé était irrésistiblement attiré par la silhouette de l'homme et comme elle n'osait pas relever le menton, seules ses pupilles s'arrêtaient à chaque fois sur ses lèvre. Djémilé remarqua combien elles étaient bien dessinées, pleines et sensuelles sous la moustache. Elle se sentit rougir et s'obligea à détourner la tête.
(p.15)
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Par Sesheta, le 02/11/2010
Chant des Tourterelles (le) de
Sema Kiliçkaya
Grandeur et décadence. Toute chose, grande ou petite, qu'elle appartienne au microcosme ou au macrocosme, qu'elle soit plus petite que l'ongle du nouveau-né ou plus vaste que l'expérience du vieillard ; de la fourmi à l'étoile, de l'idée abstraite à sa réalisation concrète, est régie par ce principe. C'est ce que disaient les Anciens.
Le fleuve que l'on connaissait sous le nom d'Asi n'échappait pas à cette loi.
(p.17)
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Par Sesheta, le 02/11/2010
Chant des Tourterelles (le) de
Sema Kiliçkaya
Elle s'en irait comme s'en va le fleuve Asi qui coule depuis les montagnes du Liban jusqu'au cœur d'Antakya en Turquie, la ville où elle était née, où elle avait vécu jusqu'à ce que son époux ne décide de rejoindre Alep au lendemain de l'annexion de la région de Hatay par la Turquie.
(p.8)