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Par jmfhcb, le 10/05/2011
Mes deux mondes de
Sergio Chejfec
Pendant longtemps, j'ai considéré l'écriture comme une tâche privée, qui toutefois doit devenir publique à un moment, sinon elle aurait beaucoup de mal à subsister, en particulier et en général. Mais la honte ne venait pas seulement du fait que je me consacre à quelque chose de privé aux yeux de tous, mais du fait que je faisais quelque chose d'improductif, une chose plus ou moins inutile et assez banale. Je sentais qu'on parlerait de moi comme de quelqu'un de léger, capable de perdre son temps sans se soucier de rien, étranger à tout intérêt élevé. Et je me connaissais trop bien pour ne pas leur donner raison par avance. Du coup, ma principale préoccupation ne consistait pas à surmonter mes défauts et mes illusions insensées d'écriture, mais à ne pas être découvert. C'est à cela que se réduisait ma vie, pouvais-je dire, juste avant cet anniversaire crucial : à ne pas être découvert. Chacun a un mensonge vital, sans lequel son existence quotidienne et routinière s'effondrerait ; le mien résidait dans les simulacres, de la littérature dans ce cas.
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Par jmfhcb, le 10/05/2011
Mes deux mondes de
Sergio Chejfec
Du coup, ces promenades d'anniversaire étaient approximatives à plus d'un titre. Mes anniversaires consistaient en exercices ambigus de ce type, un exil de quelques heures vers une partie du passé et un secteur de la géographie qui ne correspondaient plus à moi, mais que pour m'avoir appartenu je considérais jusqu'alors unis : les deux parties étaient une même chose, mélange de temps et de lieu. Lorsque la fin de la journée arrivait, je rentrais des faubourgs comme si je revenais non pas d'une autre réalité mais d'une planète sœur, une dimension extravagante que je ne pouvais approcher qu'une fois par an, quand le calendrier, en soulignant ma présence, disons, dans le monde, m'invitait par cette même opération à la suspendre, ou à la mettre en doute, ou du moins à la cacher.
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Mes deux mondes de
Sergio Chejfec
S'il est vrai que j'ai toujours pris plaisir à mes promenades...depuis un temps se promener s'est peu à peu vidé de sa signification, ou du moins de son mystère...Parfois je pense que la faute en revient aux villes elle-mêmes. A l'uniformité visuelle et économique, aux grandes chaînes commerciales, aux modes et aux styles transfrontaliers, qui relèguent le particulier à un second rang, à un flou de couleurs passées. J'ai du mal à trouver un style propre dans les rues, même si je le trouve et le reconnais, comme si la langue locale s'était tue et que s'étaient imposés les signes d'un langage pratique et omniprésent, archi-connus de tous et indistinct, voire non nécessaire, sans caractéristiques particulières.
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Par jmfhcb, le 10/05/2011
Mes deux mondes de
Sergio Chejfec
Un écrivain rêve toujours d'un public réel. [...] Car le public le plus réel est celui qui comprend le moins, c'est-à-dire celui qui brandit sa surdité, ou du moins une résistance, qui signale notre inutilité, etc.
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Par jmfhcb, le 10/05/2011
Mes deux mondes de
Sergio Chejfec
Les parcs et les promenades me séparent du temps et m'installent dans une dimension différente, parallèle, manifestement compatible avec, disons, la vraie, ou en tout cas l'effective, mais isolée et parfois autonome.