-
Par nadejda, le 30/12/2011
La Ravine de
Sergueï Essenine
Silencieux, Karev regardait Olimpia essuyant avec un torchon jaune les tasses de terre cuite.
Rougissante, elle lissait discrètement ses sourcils en broussaille et on aurait pu voir dans ses yeux passer des colombes.
Elle ne savait pas au juste pourquoi elle ne pouvait regarder l'étranger sans que son coeur défaille, que son sang bouillonne.
-
Par nadejda, le 18/05/2011
L'Homme noir (1910-1925) de
Sergueï Essenine
Horizons dorés et si flous !
La vie brûle tous ses convives.
Et j'ai fait le porc et le fou
Pour que ma flamme soit plus vive.
Le poète griffe et caresse,
C'est son destin et son devoir.
J'ai cherché à marier sans cesse
La rose blanche au crapaud noir.
Et qu'importe que dans les flammes
Mes desseins roses aient péri.
Si des démons nichaient dans l'âme,
Les anges y vivaient aussi.
....
1923
> lire la suite
-
Par nadejda, le 18/05/2011
L'Homme noir (1910-1925) de
Sergueï Essenine
Houligan
La crotte des saules dans les prés,
Les balais de la pluie la nettoient.
Recrache, vent, tes jonchées de feuilles,
Je suis un houligan comme toi.
....
Ma Russie, ô ma Russie de bois !
Je suis ton seul héraut, ton seul chantre,
Et mes vers tristes comme des bêtes
Sont nourris de réséda, de menthe.
....
Mais ne crains rien pour mes chants, vent fou,
Recrache les feuilles calmement :
Malgré ce sobriquet de "poète",
Comme toi je reste un houligan.
1920
> lire la suite
-
Par nadejda, le 18/05/2011
L'Homme noir (1910-1925) de
Sergueï Essenine
Mais nous sommes tous mortels, c'est ainsi,
Des feuilles d'érable s'écoule le cuivre...
Que soit perpétuellement béni
Ce qui est venu fleurir et mourir
1921
-
Par nadejda, le 11/05/2011
Sergueï Essenine
Au revoir, mon ami, au revoir,
Mon tendre ami que je garde en mon cœur.
Cette séparation prédestinée
Est promesse d’un revoir prochain.
Au revoir, mon ami, sans geste, sans mot,
Ne sois ni triste, ni chagrin.
Mourir en cette vie n'est pas nouveau,
Mais vivre, bien sûr n'est pas plus nouveau.
Poème écrit avec son sang dans la chambre d'hôtel où il s'est suicidé.
> lire la suite
-
Par nadejda, le 30/12/2011
La Ravine de
Sergueï Essenine
Sur les franges du marais tourbeux et moussu les loups se glissaient. Le meneur brun tendit le museau et fit claquer ses crocs. La horde, silencieuse, avait flairé la proie.
Les hurlements sourds et les appels lugubres réveillèrent le pivert acagnardé aux creux d’un pin.
Du fourré, deux lièvres renâclant débouchèrent et s’enfuirent dans un nuage de neige vers la lisière.
Un convoi grinçait sur le calicot blanc du chemin ; la sacs à fourrage ballotaient sous les licols ; soudain, les chevaux délaissèrent leur pâture et dressèrent les oreilles.
Entre les mailles des buissons, de petits tisons sinistres s’allumèrent puis disparurent.
-- Les loups, dit une grande ombre chancelante sous la lune.
-- Oui, répondirent les gorges rauques de tousseurs planqués.
Au murmure des aiguilles de pin se mêlaient les craquements inquiétants d’une fragile couche de glace...
> lire la suite
-
Par nadejda, le 11/05/2011
Sergueï Essenine
Mon ami, mon ami,
Je suis malade à en crever.
Mais cette douleur d'où me vient-elle ?
Est-ce le vent qui siffle
Sur les champs déserts, désolés,
Ou bien, comme les bois en septembre,
C'est l'alcool qui effeuille ma cervelle…
extrait de L'homme noir
-
Par nadejda, le 30/12/2011
La Ravine de
Sergueï Essenine
Le vent torturait les genévriers noueux et semait à la volée des mousses dans les creux frappés par le gel.
Le ciel embué affichait une couleur de merisier et la lune exsangue, brisée par la crête du coteau, s'amputait d'une moitié plongée vers le néant.
-
Par nadejda, le 30/12/2011
La Ravine de
Sergueï Essenine
Il prit un chemin où la neige était tassée, car il voulait couper au plus court. Sur un pin tordu, un pivert se nettoyait une aile rougeâtre comme blessée.
Dans une ébauche de sifflets, un bouvreuil s'envola vers un saule desséché.
Les clairières lointaines exhalaient une brume laiteuse qui drapaient les tilleuls épars et solitaires.