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Shaogong Han

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Note moyenne : 3.67/5 (sur 3 notes) Shaogong Han

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récits   quête initiatique   fantastique   nouvelles   légendes   cycle   campagne   femmes   quotidien   enfermement   paysans   croyances   assassin   montagnes   voyages   chine   chinois   chinoise   asie   littérature chinoise  

Citations de Shaogong Han

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  • Par zazy, le 11/07/2011

    Séduction de Shaogong Han

    Interview trouvé sur libération.fr


    Livres 21/03/2007 à 07h00
    Han Shaogong, de Mao au Tao

    Pour le "Salon du livre" Libération revisite ses écrivains sur plus de dix ans. Rencontres et interviews.


    L'INTERVIEW

    Né en 1953, dans la province du Hunan dans le Sud de la Chine, Han
    Shaogong est garde rouge à douze ans, et envoyé comme «jeune instruit» dans la campagne profonde pendant la Révolution culturelle. Il ne reprend ses études qu'à vingt-cinq ans. En 1985, il propose une littérature chinoise «à la recherche de ses racines».
    A travers son oeuvre, Han Shaogong se montre plus préoccupé par des questions culturelles que politiques. Les philosophes taoïstes et leur vision paradoxale du monde l'inspirent. Mais aussi le réalisme fantastique de García Márquez ou la pensée de Milan Kundera, dont il a traduit l'Insoutenable légèreté de l'être en chinois. Cependant, Han Shaogong est bien un contemporain et n'échappe pas à l'histoire de son pays. Dans l'Obsession des chaussures (1), c'était le suicide de son père, professeur de littérature, au commencement de la révolution culturelle, qui était évoqué. Dans son dernier recueil de nouvelles, Bruits dans la montagne, les superstitions des peuples montagnards, rencontrés lors de son séjour à la campagne, sont la matière de plusieurs récits oniriques. A «la Mort du dirigeant», l'instituteur redoute une rééducation idéologique parce qu'il n'arrive pas à pleurer durant les obsèques filmées par la télévision. Dans «Parfum secret», le personnage d'un roman subversif rend visite à son vieil auteur pour qu'il ne l'oublie pas. Chez Han Shaogong, l'atmosphère est irréelle et le sens laisse souvent place aux sens, on est porté par le bruit, les odeurs, les couleurs. L'écrivain qui vit actuellement dans l'île de Hainan, était de passage à Paris à l'occasion du colloqueà la Bibliothèque nationale de France sur la littérature chinoise contemporaine (2).
    Vous êtes à l'origine du mouvement de la littérature chinoise à la recherche de ses racines. Peut-on parler d'école?
    Je n'aime guère les écoles: chaque écrivain a sa voix, et je préfère me tenir à l'écart de ce genre de caractérisation, disons que c'est avant tout une réflexion. L'article que j'ai écrit sur «les Racines de la littérature» en 1985, dans la revue Ecrivains, avait seulement pour but de réintroduire dans le débat littéraire la question de la tradition parce que beaucoup d'écrivains à l'époque cherchaient à s'occidentaliser. C'était un phénomène global qui consistait à se tourner vers l'Occident, à écrire systématiquement à l'occidentale. Les écrivains chinois étaient obnubilés par l'idée d'imiter les grands maîtres occidentaux, comme Borges ou Kafka. Le problème n'est pas, bien sûr, qu'on s'intéresse à la littérature occidentale ou à d'autres littératures: au contraire, c'est tant mieux! Il s'agit plutôt de la capacité à digérer, à assimiler, à faire la synthèse. Ce n'est pas parce qu'on mange du boeuf que l'on se transforme soi-même en boeuf, on reste un homme.
    Quelles sont les racines propres de la littérature chinoise?
    La question des racines est toujours extrêmement difficile à déterminer. Au colloque, je m'étais demandé: «Qu'est-ce que la Chine, finalement?» Les influences se croisent toujours. Et partout, il y a eu des interférences et des mélanges. Certes, en Chine, on peut isoler divers courants: confucianiste, taoïste" Pour ma part, c'est le philosophe taoïste Zhuangzi qui me marque le plus. Zhuangzi dit que «les raisons essentielles sont indicibles», et aussi qu'on peut regarder une chose d'un côté comme de l'autre. Ce n'est peut-être pas d'une grande utilité dans un monde contemporain «efficace» et peu porté sur la nuance. Mais cela ne date pas d'aujourd'hui, à toutes les époques, empereurs et officiels se sont méfiés de la liberté d'esprit et du manque d'orthodoxie de Zhuangzi.
    A lire vos livres, on a l'impression que vous prônez le retour à une Chine préclassique, préconfucéenne. Ne craignez-vous pas d'être pris pour un rétrograde?
    Il y a eu effectivement ce genre de réactions. Comme tout le monde se tourne vers les Etats-Unis et les pays dits développés, on perçoit toute réflexion sur le passé comme quelque chose de réactionnaire. C'est un problème général de la pensée humaine ou de la parole de vouloir toujours tout simplifier. Quand on parle des racines de la littérature et de revenir à la tradition, ce n'est qu'un aspect du problème. Et puis, la littérature des racines n'a rien à voir avec cette littérature nostalgique, passéiste qui tend à se développer en Chine. Ça, c'est une littérature de gare, anecdotique, qui vise à l'exotisme du voyage facile dans l'espace ou dans le temps. Ça n'a d'ailleurs que très peu de rapports avec la littérature. Parce que la littérature est une perception contemporaine des choses: elle n'est ni un musée, ni une agence de tourisme.
    Les nouvelles de «Bruits dans la montagne» ont été écrites après le massacre de Tian Anmen (3), vous y évoquez des minorités non-Han (4) qui résistent à travers leurs coutumes à l'hégémonie du pouvoir central. C'est une façon détournée de critiquer l'absolutisme du régime?
    Dans le Hunan, au sud du Yangzi, en Chine profonde, les minorités ont des cultures extrêmement riches, et vivent effectivement à l'écart de la culture dominante. Il y a sans doute là une figure de la résistance. Mais on éprouve toute sorte de motifs de résister. Et il faut savoir qu'elles sont de toute nature: elles ne se limitent pas à la dissidence. L'essentiel est d'écrire des choses de qualité. Moi, par exemple, je ne m'inscris pas dans la veine réaliste ou néoréaliste des écrivains comme Chi Li ou Fang Fang. Dans le genre, les documentaires ou les journaux sont nettement plus efficaces et plus directs. La voie de la littérature est ailleurs: décrire une chose pour parler d'autre chose ou poser le problème de la métaphore, voilà qui est intéressant.
    Dans la préface de Femme, femme, femme, vous dites que chaque métaphore s'oppose ou résiste à la science.
    La littérature permet d'établir des relations entre des choses d'ordre et de nature différents, ce que la science ne peut pas faire. Ainsi, lorsqu'on dit qu'une femme est une fleur, on jette un pont entre deux mondes: l'animal et le végétal. Seule la littérature est capable de créer des réalités nouvelles, tout en donnant une intuition de la raison profonde des choses. Dans «Cendres», par exemple, il y a des collusions de temps, le personnage évolue dans deux moments différents. Dans le quotidien, c'est pareil: il se produit souvent des raccourcis, tel événement qui date d'il y a vingt ans resurgit tout à coup. Ce n'est même pas une question de technique littéraire, ça se passe comme cela dans la vie.
    Dans votre dernier roman, qui n'est pas encore traduit, le Dictionnaire de Maqiao, ce sont précisément ces différents niveaux de temps comme de langue que vous exploitez.
    C'est un ouvrage qui mène une réflexion sur le langage et l'existence. Il y a plein d'anecdotes qui s'entremêlent, mais peu d'intrigue. J'essaie à travers les mots (c'est un dictionnaire) de voir comment l'expression peut influer sur la vie des gens et inversement. La langue chinoise, avec sa grammaire qui ne possède ni temps ni modes, permet de faire partager une autre dimension du monde. Une écriture «au fil de la plume» et une lecture à plusieurs entrées. A la parution de ce livre, une polémique s'est engagée: on a dit que ce n'était pas une oeuvre romanesque. Mais cela m'est égal. Le but était pour moi d'exploiter toutes les possibilités de la forme. Car la forme est un contenu.
    (1) Nouvelle traduite par Annie Curien, Saint-Nazaire, M.E.E.T. (1992).
    (2) Les actes du colloque feront prochainement l'objet d'une publication.
    (3) Place Tian Anmen, 4 juin 1989: révolte des étudiants de Pékin, violemment réprimée par les autorités.
    (4) Han, nom par lequel se désignent les Chinois.


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  • Par Myrtle, le 15/01/2012

    Femme, femme, femme de Shaogong Han

    J'en avais contre Yao Gu. Dans son dortoir pour ouvrières au plancher inégal, elle voulait que je m'assoie sur son lit, mais moi je m'asseyais sur le lit d'en face. Elle me bourrait de biscuits, mais moi je les pinçais entre mes doigts jusqu'à ce que, réduits en poudre, ils tombent par terre, et je disais qu'ils n'étaient pas bons. Elle gardait pour moi de nombreuses bobines de fil en bois amusantes, qui pouvaient servir à faire de petites voitures, ou que l'on pouvait mettre debout en les imaginant roi, soldat ou bandit, et en leur faisant faire la guerre. Moi, au contraire, je les mettais en désordre, je les faisais rouler sous le lit ou dans un coin de la pièce, comme des cadavres gisant partout. Que le visage de Yao Gu se décompose, que ses mains se mettent à trembler, cela me paraissait injuste. Je n'avais pas déchargé toute ma haine. Je brûlais d'envie de briser en morceaux le petit miroir rond, froid et hautain à la tête de son lit.
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  • Par Myrtle, le 15/01/2012

    Femme, femme, femme de Shaogong Han

    Ce réveillon m'a effrayé. A dater de ce jour, il m'a toujours semblé que lorsque des adultes rapprochaient leurs têtes pour chuchoter, cela ne pouvait rien présager de bon. C'est pourquoi j'avais une peur atroce, la nuit, d'être pris d'une envie de faire pipi, et d'avoir à me lever. Car à chaque fois que je me réveillais, j'entendais dans le noir mes parents qui parlaient à voix basse de je ne sais quoi dans le grand lit ; cela n'avait rien à voir avec les propos brefs et sentencieux échangés en vitesse, au moment où je me couchais. J'en faisais des cauchemars.

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  • Par Myrtle, le 15/01/2012

    Femme, femme, femme de Shaogong Han

    Lorsque j'avais reçu le télégramme, il m'était tout de suite venu à l'esprit qu'il me fallait demander un congé de quelques jours ; que là-bas, il y aurait peut-être maints rituels, comme brûler de l'argent pour assainir l'atmosphère, tirer les symboles divinatoires d'une poule, faire un banquet, réchauffer la tombe, rappeler l'âme de la défunte ; tout cela demanderait pas mal d'argent. Bien sûr, il faudrait faire aussi un ensemble d'habits pour la défunte, selon la coutume ancestrale du pays ; et il faudrait sacrifier à la coutume : "Les vivants se rendent, les morts ne se rendent pas." - encore un mystère qui m'échappe. Devant qui nos ancêtres se sont-ils montrés prêts à une reddition basse et humiliante? Comment la coutume qui veut que les morts portent de vieux habits a-t-elle pu subrepticement devenir courante et avoir la force de perdurer, inaltérée, pendant des milliers, des dizaines de milliers d'années?
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  • Par Myrtle, le 15/01/2012

    Femme, femme, femme de Shaogong Han

    Zhen Gu aussi s'est emportée. Le visage comme agrandi, elle s'était tournée vers Yao Gu pour lui dire : "Qu'as-tu à cogner? Tu veux mourir? Qui parle de vol? Je t'ai emprunté de l'argent, je te le rends aujourd'hui! Je te le rends!" Zhen Gu glissa quelques billets crasseux dans le four. "Je n'ai pas contracté de dette envers toi dans une existence antérieure, je ne t'ai pas lésée! Comment peux-tu me tracasser ainsi? Ma grande sœur Juhua aussi m'en a donné, du tracas ; et ma quatrième grande sœur également. Depuis mes cinq ans, âge auquel je suis partie vivre dans la famille de mon futur mari, je n'ai pas connu un seul jour de bonheur.
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