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Par lanard, le 14/07/2010
Le Retour de Münchhausen de
Sigismund Krzyzanowski
Dans Retour de Münchhausen, p. 69. Un train alimenté par des livres. Ce train qui doit emmener Münchhausen à Moscou est d’une lenteur singulière. Explication :
A chaque traverse, ce maudit ver de terre [métaphore pour le train]marquait un arrêt. Désireux de me dégourdir les jambes, je longeai le convoi jusqu'à’ la cheminée de la locomotive qui lançait dans la nuit, noire comme les entrailles de la terre, des semi de grains rouges ; ils donnaient suffisamment de lumière pour que je m’aperçusse que le foyer n’était pas alimenté en bois ou en charbon mais en monceaux de livres. Effaré par cet étrange usage ds bibliothèques, j’attendis qu’une secousse du train se remettant en marche réveillât mon voisin, afin de l’importuner de nouvelles questions. D’autres voyageurs se mêlèrent à notre conversation et bien des choses ne tardèrent pas à s’éclaircir pour moi, notamment la raison de notre progression par saccades, d’une traverse à l’autre :
Voyez-vous, entreprit-on de m’expliquer de toutes parts, notre machiniste est un professeur d’université, un grand érudit qui ne laisse pas passer un livre : jamais il n’en jette un dans le foyer, tant qu’il ne l’a bûché de A à Z. Jamais ! C’est pour cela que nous avançons, bûche après bûche, je veux dire livre après livre, jusqu’à ce que…
Permettez, coupai-je indigné, nous devons nous plaindre, exiger qu’il soit remplacé…
Remplacé ? – de toutes les banquettes, les cous s’allongent d’angoisse. Allez savoir sur qui on tombera ! Prenez l’embranchement d’à côté :là, c’est un machiniste qui ne jure que par l’Anti-dühring ; il ne veut rien entendre, tous les livres, avec lui, atterrissent dans la chaudière par paquets ; ça chauffe à bloc, ça fonce à toute vitesse mais si, Dieu nous en préserve, il tombe sur l’Anti-Dühring, alors là, c’est fichu, il reste rivé à son livre et l’accident est inévitable. Non, autant garder celui-ci ; bien sûr, il est un piane-piane, on avance d’un pouce par jour, mais à marche. En changeant, si ça se trouve, on tomberait sur un gars qui nous antidühringuerait cul par dessus tête dans le fossé, et au lieu de Moscou, on filerait droit chez saint Pierre.
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Par Melopee, le 11/06/2011
La marque-page de
Sigismund Krzyzanowski
La mode du N°11 111 s'amplifiait non de jour en jour, mais presque de minute en minute. Un bel esprit faisant l'exégèse du chiffre 11 111 déclara que l'individu désigné par ce nombre était "cinq fois unique". Dans les magasins de vêtements pour hommes, on mit en vente des vestes de coupe particulière, dénommées les "coudines", avec des rabats amovibles (à boutons), permettant à loisir et sans retirer son vêtement de s'exercer à se mordre le coude. Beaucoup de gens devenus coudomanes cessèrent de fumer et de boire. [...] autour de l'os du coude on portait d'élégants adhésifs rouges et de fausses cicatrices imitant morsures et égratignures fraiches.
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Par jmfhcb, le 11/03/2012
Le Club des tueurs de lettres de
Sigismund Krzyzanowski
Outre le bureau qui faisait office de cimetière des fictions, ma chambre était meublée d'un lit, d'une chaise et d'une étagère à livres - quatre longues planches occupant tout un mur et qui ployaient sous le faix des lettres. Ordinairement, le poêle n'avait rien à brûler et moi rien à manger. Mais j'avais pour ces livres une vénération quasi religieuse, comme d'autres pour des icônes. Les vendre ... cette idée ne m'effleurait pas jusqu'au jour où elle me fut imposée par un télégramme : "Mère décédée samedi. Présence indispensable. Venez." Le télégramme s'était abattu sur mes livres dans la matinée ; le soir même, les rayonnages étaient vides et je fourrais dans ma poche la bibliothèque métamorphosée en trois ou quatre billets de banque. La mort de celle qui vous a donné la vie est un évènement grave, très grave. C'est toujours, et pour chacun, un coin noir enfoncé dans la vie. Une fois acquittées les obligations funèbres, je m'en suis retourné vers mon misérable logis à mille verstes de là. Le jour du départ, je ne voyais rien de ce qui m'entourait, et c'est seulement à mon retour que l'effet produit par les rayonnages vides a pénétré mon esprit. Après m'être déshabillé et installé à la table, j'ai tourné les yeux vers le vide suspendu aux quatre planches noires. Quoique délivrées du poids des livres, les planches avaient conservé leur courbure, comme ployées sous la charge du vide. J'ai bien essayé de regarder ailleurs, mais, comme je l'ai déjà dit, il n'y avait dans la chambre que les rayonnages et le lit. Je me suis déshabillé et couché dans l'espoir que le sommeil chasserait la dépression. Eh bien non, après un bref répit, la même sensation m'a réveillé. J'étais couché le visage tourné vers les rayonnages et je voyais un reflet de lune tressauter le long des planches dénudées, comme si une vie à peine perceptible était en train de naître - à touches timides - là-bas, dans l'absence des livres. Bien sûr, tout cela n'était que coup d'archet sur des nerfs trop tendus, et quand le jour les eut relâchés, j'ai tranquillement examiné la béance des planches baignées de soleil et je me suis installé à mon bureau pour reprendre ma besogne habituelle. J'eus besoin d'un renseignement et ma main gauche, d'un geste quasi automatique, alla vers les rangées de livres pour ne rencontrer que le vide. Et puis encore une fois, et encore. Dépité, j'ai scruté la non-bibliothèque envahie d'un essaim de poussières de soleil, en faisant un effort de mémoire pour revoir la page et la ligne requises. Mais les lettres imaginaires que renfermait la reliure imaginaire bondissaient dans tous les sens, et au lieu de la ligne que je cherchais, j'obtenais un papillotement bigarré de mots, les lignes se brisaient et formaient des dizaines de combinaisons nouvelles. J'en ai choisi une que j'ai précautionneusement insérée dans mon texte.
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Par le_Bison, le 19/02/2012
La marque-page de
Sigismund Krzyzanowski
Proverbe Russe
« Ton coude est tout près, mais le mordre tu ne pourras jamais »
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Par lanard, le 14/07/2010
Le Retour de Münchhausen de
Sigismund Krzyzanowski
Deux aphorismes de Münchhausen, p. 28
Un vieux fromage de Limbourg n’a pitié de personne et pourtant il pleure.
Une huître n’a pas le temps de se faire une opinion sur l’odeur du citron, qu’elle est déjà gobée.