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Par Pasdel, le 27/01/2012
La légende de nos pères de
Sorj Chalandon
Moi,j'ai quitté mon mur,j'ai longé la table,je me suis incliné devant Tescelin Beuzaboc.Le vieil homme avait gardé son livre ouvert,retenu par le pouce et deux doigts.J'ai posé ma main sur la sienne.Peau contre peau,j'ai délicatement refermé notre histoire.Il n'a pas protesté.Il a accompagné mon geste.Il a relevé la tête,il m'a regardé.Ses yeux étaient sans bruit.Il n'a rien dit.Je n'ai rien dit. (page 253)
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Par Pasdel, le 21/01/2012
La légende de nos pères de
Sorj Chalandon
J'ai dit que je n'avais pas beaucoup de choix.Que l'écriture d'une biographie était une rencontre.Un échange.On me prêtait une vie et moi j'offrais des mots.Il fallait aussi que quelque chose se passe.Ce n'était pas de l'amitié,mais une émotion entre la cordialité et la confiance.Des secrets sortis de leur boîte,qu'il faudrait que j'apprenne à détenir aussi.J'ai expliqué que je n'étais ni psychologue ni confesseur,que je mettais simplement mon ancienne pratique de journaliste au service d'une vie privée. (page 66)
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Par emmyne, le 21/08/2011
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Je ne ressentais rien. J'étais épuisé. Je somnolais. Je me suis demandé si j'avais tué quelqu'un lors de l'attaque. Je m'étais préparé à mourir, mais pas à tuer. J'espérais ne jamais affronter le regard d'un mort. J'étais en sursis. Victime en sursis, assassin en sursis. Nous l'étions tellement, tous. Et je le savais tellement.
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Par Mouna, le 02/08/2009
La légende de nos pères de
Sorj Chalandon
Je voyais ces hommes assembler leurs pauvres mots. Je relisais leurs phrases sans plainte, sans douleur, sans le moindre remords offert à leurs bourreaux. Je me demandais comment ces mots avaient pu survivre à ces hommes, continuer leur chemin de mots, revenir plus tard sous nos plumes, dans nos lettres, sur nos lèvres en paix. Je me demandais comment nous avions pu après eux encore écrire "adieux", "amitié" ou "chagrin". Je me demandais ce que seraient devenus nos mots sans les leurs.
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Par kathel, le 11/11/2011
Mon traître de
Sorj Chalandon
J’étais différent. J’étais quelqu’un en plus. J’avais un autre monde, une autre vie, d’autres espoirs. J’avais un goût de briques, un goût de guerre, un goût de tristesse et de colère aussi. J’ai quitté les musiques inutiles pour ne plus jouer que celles de mon nouveau pays. Je me suis mis à lire. Tout. Tout sur l’Irlande. Irlande. Irlande. Irlande. Je cherchais ce mot à travers les lignes des journaux, dans l’encre des livres, je le lisais sur les lèvres, dans les yeux, partout.
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Par canel, le 20/10/2011
Mon traître de
Sorj Chalandon
Les familles de prisonniers et de victimes venaient ensuite. Des femmes sans mari, des enfants sans père, des hommes sans plus rien. Je suis resté longtemps devant cette humanité grise. Dans ces rangs-là, tous avaient le même regard. J'ai baissé les yeux en les croisant. Il y avait en eux comme ces voiles de brume qui s'attardent au matin, quelque chose de triste et de las. (p. 58)
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Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Nous étions des gamins. Je regardais le visage de mes amis. Nous voulions nous battre pour la liberté de notre pays, honorer sa mémoire, préserver sa terrible beauté. Peu importait nos pactes et nos alliances. Mourir, vraiment. Et certains d'entre nous allaient tenir promesse.
(page 70)
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Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
L'IRA. Ce n'était plus trois lettres noires, bavées sur notre mur à la peinture haineuse. Ce n'était plus un condamnation entendue à la radio. Ce n'était plus une crainte, une insulte, l'autre nom du démon. Mais c'était un espoir, une promesse. C'était la chair de mon père, sa vie entière, sa mémoire et sa légende. C'était sa douleur, sa défaite, l'armée vaincue de notre pays. Jamais je n'avais entendu ces trois lettres prononcés par d'autres lèvres que les siennes. Et voilà qu'un gaillard de mon âge osait les sourires en pleine rue.
(page 59)
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Mon traître de
Sorj Chalandon
Le salaud, c'est parfois un gars formidable qui renonce.
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Par Seraphita, le 26/04/2009
Une promesse de
Sorj Chalandon
Et marchant à la mort il meurt à chaque pas.
Il meurt dans ses amis, dans son fils, dans son père.
Il meurt dans ce qu’il pleure et dans ce qu’il espère
Et sans parler des corps qu’il faut ensevelir
Qu’est-ce donc oublier, si ce n’est pas mourir.
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Par Sando, le 27/11/2011
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Les loyalistes nettoyaient leurs rues. Ils étaient protestants, britanniques, en guerre.. Nous étions catholiques, irlandais, neutres. Des pleutres ou des espions. [...] Nous étions des étrangers. Des ennemis. Nous n'avions qu'à repasser la frontière ou nous entasser dans nos ghettos.
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Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Les Britanniques surveillaient nos gestes, l'IRA surveillait nos engagements, les curés surveillaient notre pensée, les parents surveillaient notre enfance et les fenêtres surveillaient nos amours.
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Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Notre langue était une arme. Les matons le savaient.
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Par yv1, le 28/10/2011
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Quand mon père me battait il criait en anglais, comme s'il ne voulait pas mêler notre langue à ça. Il frappait bouche tordue, en hurlant des mots de soldat. Quand mon père me battait il n'était plus mon père, seulement Patraig Meehan. Gueule cassée, regard glace, Meehan vent mauvais qu'on évitait en changeant de trottoir. Quand mon père avait bu il cognait le sol, déchirait l'air, blessait les mots. Lorsqu'il entrait dans ma chambre, la nuit sursautait. Il n'allumait pas la bougie. Il soufflait en vieil animal et j'attendais ses poings. (p.13)
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Par luocine, le 23/10/2011
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Quand la campagne de l’IRA a officiellement cessé, en février 1962, huit des nôtres avaient été tués, six policiers avaient trouvé la mort et seules nos rivières couraient libres.
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Par luocine, le 23/10/2011
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Pourtant la tristesse, en Irlande, c’est ce qui meurt en dernier.
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Par luocine, le 23/10/2011
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Quand mon père me battait il criait en anglais, comme s’il ne voulait pas mêler notre langue à ça.
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Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
- Mon Dieu, Tyrone ! Qu'est ce que tu nous as fait ?
C'était une souffrance, pas une question. Je l'ai enlacée davantage. J'ai pleuré moi aussi, sans que mon corps en parle. Un chagrin d'orphelin. Sans plus rien, ni la mère, ni le père, ni la maison, ni la terre qui le nourrit, ni le ciel qui le protège. Une épouvante de solitude, le silence à tout jamais.
(page 214)
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Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Elle est tombée, les mains devant la bouche. Maman à terre. Mon premier vrai cri de vengeance. Celui qui fait se lever et combattre. Qui cogne au ventre lorsque le coeur hésite. Maman à terre. ses lèvres, mon visage, sa salive et mon sang.
(page 100)
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Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Ce n'était pas une guerre entre protestants et catholiques ! Wolfe Tone, le père du républicanisme, était un protestant. Et alors ? Et quelle différence ? Un protestant pouvait rejoindre l'IRA, un catholique pouvait se déguiser en soldat du roi. Le protestant de l'IRA ou le catholique sous l(uniforme britannique ? Quel était celui que nous devions combattre ?
(page 98)