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Stanislas Wails

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Note moyenne : 3.56/5 (sur 9 notes) Stanislas Wails

Biographie et informations

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , 1973

Biographie :

Après des études de lettres, Stanislas Wails apprend l'arabe et part vivre deux ans en Egypte.
De retour en France, il occupe divers emplois pour le cinéma, d'accessoiriste à assistant-réalisateur.
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Stanislas Wails et ses lectures


Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Bizarrement : A la recherche du temps perdu, qui en règle général, vu le chef-d`œuvre que c`est, a plutôt tendance à décourager les bonnes volontés. Mais l`histoire de Marcel est justement la longue odyssée d`un apprenti auteur se débattant avec ses doutes, ses peurs, ses faiblesses, et finissant par se rendre compte que la seule façon pour ne pas complètement laisser fuir et disparaître les choses, essayer de mieux les comprendre, et les partager même imparfaitement, c`est d`oser créer une œuvre d`art. C`est comme si Proust, à la fin du Temps retrouvé, regardait le lecteur dans les yeux et lui disait : "tu as aimé ? ça suffit pas mon vieux. À ton tour maintenant. "


Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles..) ?

Heureusement ça ne marche pas comme ça pour moi. Se décider à écrire, c`est faire un pacte avec soi-même, et se forcer à aller au bout, quoiqu`il arrive. Il faut s`y tenir et justement, ne pas se laisser décourager par les immenses génies qui nous surplombent, ça fait partie de ce pacte. En ce qui me concerne, James, Dostoïevski, Joyce, Pynchon pour ne citer qu`eux, sont plutôt des phares dans la nuit, tout là-haut, que des écueils en pleine mer.


Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

J`ai eu un choc en lisant L`ecume des jours de Vian. Je devais avoir 11 ou 12 ans je crois. Qu`on puisse ainsi faire rire, faire pleurer, jouer avec la langue, être sérieux sans se prendre au sérieux, plaire aux adultes, plaire aux enfants, poétiquement, cruellement… ça m`a retourné !


Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je suis plutôt du style "boulimique", j`ai un peu mauvaise conscience de relire des livres vue la pile qui m`attend. À une époque, tout de même, il y a eu Fictions de Borges que je lisais en boucle, la nuit, quand je n`arrivais pas à dormir. Ah, et puis Baudelaire : j`ai toujours un exemplaire des Fleurs du mal à portée de la main.


Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Honte ? Ah non, les livres sont des rencontres je pense. On peut à la limite avoir des regrets, mais de la honte, il ne faut pas ! Et puis en réalité, Il y a beaucoup de livres que je n`ai pas lu parce que je savoure l`attente, je les regarde, je rêve sur ce qui repose entre leurs pages, ils me font de l`œil, j`hésite, Je m`empêche de les commencer trop vite. Moby Dick par exemple ! J`ai tellement peur du moment où je refermerai la dernière page, en me disant "voilà, c`est derrière moi. "


Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Un livre danois, de la fin du XIXe, étonnant car alliant merveilleusement la finesse de l`analyse psychologique à la beauté des images poétiques. Un peu comme si St John Perse se mettait à écrire du Schnitzler ! Ça s`appelle Niels Lyhne, j`ai découvert ça au détour d`une des Lettres à un jeune poète de Rilke. Malheureusement l`auteur, Jacobsen, est mort à 38 ans, il n`a écrit que deux romans, quelques nouvelles et des poèmes.


Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

J`ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi La Condition Humaine de Malraux est à ce point encensé, par exemple. Mais bon, ça ne m`empêche pas non plus de dormir.


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Tout Jules Renard dans son ensemble et cette phrase en particulier : «Le vrai bonheur serait de se souvenir du présent.»


Et en ce moment, que lisez-vous ?

Le Vol d`Icare, de Queneau. Et c`est très drôle.



L`entretien de Stanislas Wails avec Babelio : La Maison Matchaiev


Vous avez choisi de mettre en scène une famille d`ascendance russe. Qu`est-ce qui vous intéressait particulièrement dans cet héritage slave ?

J`avais envie de construire un roman autour de personnages à la fois très intégrés au monde actuel mais en léger décalage avec leurs contemporains. Dans la vie de tous les jours, rien ne les distingue vraiment de jeunes parisiens d`aujourd`hui, et pourtant ils sont dépositaires tous les trois d`une histoire et de traditions qui changent un peu leur regard sur les choses. Ils sont bilingues, donc forcément ils ont deux façons de pouvoir filtrer le réel. Leur père leur a transmis son amour pour les romans russes du XIXe, une façon un peu démesurée, romantique, extrême de concevoir les rapports avec autrui. Les Russes, j`ai l`impression, ont un rapport très fort au passé et à la nostalgie, et en même temps ils ont fait une Révolution qui avait pour projet de tout oublier, tout remettre à zéro. Je suis très sensible à la façon dont chacun de nous doit se construire par rapport à son ascendance, soit en l`intégrant, soit en la refusant. Ce n`est d`ailleurs pas qu`une affaire intime : les trois enfants de Serguei portent un nom qui les désigne immédiatement comme un peu étrangers, et tout le monde se fait une idée, à moitié vraie et à moitié fantasmée de ce qu`est l`âme russe. L`ainé, Pierre, est celui qui ressemble le plus à son père, et pourtant il déteste sentir que les gens le cataloguent tout de suite comme russe, donc forcément sentimental et nostalgique. Alors que Joshua, le petit dernier, ça l`amuse, il en joue beaucoup. Cette question de l`héritage comme refuge, paravent ou stigmatisation est commune à tout le monde je pense, et m`a servi de fil conducteur pour le roman.


Cette famille a une histoire complexe et particulière, empreinte d`une culture et d`une langue qui ne nous sont pas forcément familières. Pourtant, le lecteur parvient facilement à s`identifier aux personnages. Était-ce votre intention ?

C`est vrai que j`étais très sensible, pendant l`écriture, à faire de mes personnages des figures à la fois difficiles à comprendre mais facile à aimer. Des gens un peu à part, mais auxquels je voulais que le lecteur s`attache. Ils sont remplis de contradictions, de doutes, de révoltes, mais ils abordent la vie comme de bons petits soldats. Aucun d`eux n`a choisi la facilité, et outre cette ascendance russe qu`ils transportent avec eux, ils ont fait des choix qui les isolent un peu : Pierre a une amoureuse qu`il veut cacher au reste du monde, Anne fait des études de sanskrit, une langue lointaine que personne ne parle, Joshua est homo : ils ne font rien pour rentrer dans le rang et être invisibles. Pour moi, l`important c`était de permettre au lecteur de se couler dans leur logique, sans jugement à priori, de plain-pied avec eux, et qu`il referme le livre avec l`impression qu`on peut vibrer même à ce qui est différent de nous. Dans une période et un pays où l`on a de plus en plus tendance à se replier sur soi-même, à avoir peur de l`Etranger, à le voir comme une figure de l`Autre incompréhensible et menaçant, je trouve qu`il est essentiel de rappeler que le métissage, ethnique, culturel, social, est une chance, pas un danger.


Dans votre roman, les personnages occupent une place centrale, la maison héritée n`étant qu`un prétexte pour réunir cette famille, dont les membres ont entre 20 et 30 ans. Pourquoi avoir choisi de faire parler cette génération-là ? Aviez-vous un message à faire passer ?

Oh, pas vraiment… comme disait John Ford, si j`ai un message à faire passer, j`utilise la poste ! Mais c`est vrai que pour moi, le roman est une forme qui peut réunir très harmonieusement des questions intimes, intemporelles, et des sujets liés à la période où il est écrit. Et je suis un peu effrayé de voir beaucoup de gens de ma génération (disons entre 20 et 40 ans) se satisfaire sans états d`âme d`une société de consommation à tout crin, où tout est nivelé, stéréotypé. Il y a une recherche de confort, une obsession du risque zéro et du principe de précaution, que pour ma part je trouve sclérosante et pas très productive. C`est un peu en réaction à ça que je voulais mettre en scène des personnages qui, eux, ont horreur du conformisme, qui osent avoir leurs goûts et penser à leur manière. Ce n`est certes pas quelque chose de naturel à l`homme, ça s`apprend, et ils ont eu la chance d`avoir eu un père qui, parmi tout le reste, leur a aussi légué cette exigence-là. Une exigence douloureuse parfois, mais salutaire toujours.


Le roman est constitué de deux parties, l`une à Paris et l`autre en Bourgogne où l`action est plus resserrée. Avez-vous abordé ces deux parties de la même façon ? Y a-t-il une partie pour laquelle vous avez rencontré plus de difficultés que pour l`autre ?

J`ai écrit le livre dans l`ordre, avec en tête une structure assez claire qui m`a beaucoup aidé au jour le jour. J`ai tout de suite choisi cette forme binaire mais je ne voulais surtout pas que les deux parties s`opposent : il fallait plutôt qu`elles se répondent, qu`elles se complètent l`une l`autre, comme si plus on avançait dans l`histoire, plus on entrait dans l`intimité de chaque personnage. La première partie montre les protagonistes dans leur vie quotidienne, ils sont vus plutôt de l`extérieur, le temps que le lecteur comprenne petit à petit qui est qui, qui fait quoi. Et puis avec le départ pour la campagne, et le problème de la maison qui devient plus concret, chacun d`eux est obligé de plonger en lui-même pour trouver des solutions, des consolations, du courage. Cela dit, l`histoire suit une évolution cohérente, puisque toute la première partie prépare déjà la suite. Il n`y a pas une partie qui a été plus difficile à écrire que l`autre, j`essayais juste de suivre la logique de mes personnages jusqu`au bout. En faisant attention à ne pas abandonner en cours de route le ton humoristique qui est installé dans la première partie, car malgré l`émotion qui devient de plus en plus palpable, je ne voulais pas verser dans le drame et les larmes.


Vous avez travaillé dans le cinéma avant de vous consacrer à l`écriture de ce roman. Pensez-vous que le cinéma ait apporté quelque chose à l`écrivain que vous êtes ? Cela a-t-il eu une influence sur votre façon de raconter des histoires ?

Le cinéma sans aucun doute, mais plus à travers les films que j`ai vus et revus que grâce à mon travail d`assistant ou de scénariste. De toute façon, je ne suis pas sûr de bien comprendre cette histoire d`influence du cinéma en littérature, dans la mesure où le cinéma lui-même s`est inspiré de la littérature dès ses débuts. Je ne vois pas sur quoi se fonder pour distinguer ce qui viendrait de l`un ou de l`autre : on ne peux pas trop imaginer Cervantès influencé par le cinéma, et pourtant il y a des zoom et des effets de montage plein Don Quichotte. D`un autre coté, je ne me sens aucune affinité avec le style blanc de certains écrivains, qui ressemble d`ailleurs beaucoup à la façon dont la majorités des scénario sont écrits. La recherche d`objectivité ne m`intéresse pas énormément, je préfère de loin tous les effets de miroirs, les rapprochements intempestifs, les reflets au sein de la même phrase, que permet le travail sur le vocabulaire, les jeux de mots, les assonances et les allitérations, toutes choses que la plupart des producteurs ont horreur de voir dans un scénario.


Avez-vous d`autres projets d`écriture ? Comptez-vous sortir un autre roman ?

Oui, j`ai déjà commencé un deuxième roman, assez différent de celui-là, aussi bien dans la forme que dans le propos. C`est aussi une histoire de famille, mais cette fois il s`agit de la grande famille du cinéma, ça m`amusait de raconter la genèse et le tournage d`un film, à travers le regard d`une néophyte qui voit ses illusions tomber les unes après les autres.


Découvrez La maison Matchaiev de Stanislas Wails chez Serge Safran Editeur

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Stanislas Wails - La maison Matchaiev .
Stanislas Wails vous présente son ouvrage "La maison Matchaiev" qui paraîtra le 18 août aux éditions Safran.


Citations de Stanislas Wails

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  • Par okta, le 25/08/2011

    La maison Matchaiev de Stanislas Wails

    Ce qu’on oublie du passé, c’est ce qu’il avait d’anecdotique. Le venin, lui, il coule en nous, qu’on le veuille ou non. Il se balade dans nos veines, dans notre cerveau, l’air de rien il passe des parents aux enfants : et en même temps qu’il nous nourrit, il nous empoisonne.

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  • Par Jevousdisquecestmoi, le 05/09/2011

    La maison Matchaiev de Stanislas Wails

    - Tout ce qui est d’ordre ménager est un réservoir sans fond… Des trucs auxquels tu ne penserais jamais en temps normal, mais qui deviennent hyper urgents quand ça fait deux heures qu’une phrase avec quatre subordonnées relatives te prend la tête. Ranger les CD par ordre d’enregistrement, faire les carreaux, mettre des patins de feutre aux chaises, désemmêler les franges du tapis persan… Oh, laver son ordinateur, c’est sans doute ça le mieux.

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  • Par Fisheye, le 26/09/2011

    La maison Matchaiev de Stanislas Wails

    Le paquet se terminait par des photos de ses parents datant d'avant sa naissance, photos qu'il répartit avec la même célérité. Mais la dernière, il ne put s'empêcher de la tenir quelques secondes entre ses doigts. Il calcula qu'au moment où elle avait été prise, Sergueï et Dolorès étaient plus jeunes que lui aujourd'hui. Assis sur un lit, visiblement heureux et insouciants, ils fixaient tous les deux l'objectif avec une expression de défi. Pierre n'osa les regarder trop longtemps dans les yeux: non de peur de se noyer dans leur passé, mais au contraire de leur révéler l'avenir, puisque lui désormais, depuis l'autre rive du temps, le connaissait.
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  • Par Fisheye, le 02/08/2011

    La maison Matchaiev de Stanislas Wails

    Roman n'aimait rien tant que sentir la vie faire des efforts autour de lui pour tenir son rôle. Les yeux fermés, il flottait sur cet océan de bruits, de cris, d'agitation diffuse mais tendue, comme il savait si bien le faire : sans penser à rien.

    De temps à autre, il rouvrait les yeux pour vérifier que tout le monde continuait à s'épuiser inutilement – les parents qui surveillaient leur marmaille, les enfants qui se pourchassaient, tombaient, frappaient, pleuraient – puis, après les avoir laissé vagabonder sur le journal qu'il tenait à la main, comme ça, pour la pose, il les refermait, gagné par cette langueur exquise de celui qui n'a pas d'autres ennuis que l'ennui.
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