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Par Bartimeus, le 07/03/2010
Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
(Le héros est enfermé dans une cellule, et on ne lui apportât ni eau, ni vivres, et ceci pendant plusieurs jours.)
"C'est à peine si je levais mes yeux troubles vers l'impeccable officier lorsque je l'entendis rendre tripes et boyaux : il venait de prendre la mesure du cloaque où il m'avait fait enfermer. Ses vomissures éclaboussèrent le sol en produisant un appétissant son de cascade. Je regardai avec envie se déverser ce jus de panse tiède et bien épais. Si je n'avais pas été encombré par le corps de mon frère défunt, j'aurais pu me traîner jusqu'à la flaque nauséabonde et l'aspirer, la laper avec délectation, frissonner de plaisir en sentant mes mâchoires se tordre sur les reliefs d'un repas récent. Cette bouillie était une offrande, un potage propre et chaud servi à même le sol de mon royaume. Mendoza dut lire mon appétit car il ne put retenir un second jet de bile. Mes narines identifièrent un relent de vin amer et l'acidité d'un plat en sauce. La promesse d'un festin. Je ricanai en dévisageant le commodore :
- Oui j'en serais capable maintenant. Voilà ce que vous avez fait."
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Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt.
Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas
l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ?
C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends.
Quant à celles et ceux qui liront mon récit jusqu’au bout, j’espère qu’ils sauront
pardonner un peu de mon impertinence et, à l’instant de refermer ces
chroniques, m’accorder leur indulgence.
D’ici quelques minutes, une poignée d’heures tout au plus, les forces contre
lesquelles je me suis battu en auront définitivement terminé avec moi et ceux
qui m’ont suivi dans cette folle aventure. J’ai échoué et je vais mourir. Ma
frégate n’est plus qu’une épave percée de part en part, aux ponts encombrés
par les cris des mourants, aux coursives déjà noircies par les flammes. Ce
n’est ni le premier bâtiment que je perds ni le premier naufrage que j’affronte,
mais je sais que nul ne saurait survivre à la dévastation qui s’approche. Bientôt,
pour témoigner de l’épopée de ce navire et de son équipage ne resteront que
les pages de ce journal. Permettez donc que je prenne un peu du temps qu’il
me reste pour les présenter comme je l’entends.
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Par Gusseuh, le 16/04/2010
Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
Des regrets ? Trop pour m'épancher plus longtemps et pas assez pour ne pas accepter le sort qui m'attend. La seule femme que j'aie jamais aimée n'a pas voulu de mon amour. Tous mes amis les plus chers sont morts, et je fus souvent responsable de leur trépas. Puisque mes rêves ont révélé un goût de cendres, pourquoi craindre de disparaître ?
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Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
Le hollandais releva la tête en m'entendant entrer et m'accueillit aimablement :
- Capitaine Villon, comment allez-vous ce matin ?
- A ravir, vraiment ! Mon téton me lance tant qu'on pourrait le croire encore rattaché à ma poitrine. Votre boucher accorde-t-il audience à cette heure ?
- Je crains que l'honneur d'avoir opéré si prestigieux patient ne l'ait submergé d'émotion, au point de fêter sa réussite jusqu'à potron-jacquet.
- Jolie manière de m'avertir que le praticien local me ferait plus de mal que de bien... J'enrageai : ce sac à vin m'avait cisaillé la couenne et je souffrais pire qu'un damné.
- Mort de moi, grinçai-je en massant ma blessure, il n'y a ici aucun autre coquin qui sache un peu manier la lancette et les aiguilles ?
- Je ne crois pas, capitaine. Peut-être à bord d'un des navires attendus ?
- Où est mon tortionnaire ? Je me contenterai de ses soins d'ivrogne pour le moment.
- J'lai vu s'en aller ronfler sur la plage, intervint un des miliciens.
- Un pièce pour toi si tu m'y conduis.
L'homme lâcha ses dés et se releva pour me guider. Je le suivis en maugréant. [...]
Dans la crique, plusieurs barcasses et quelques schooners dodelinaient sous le soleil. Je n'aperçus aucun bâtiment susceptible d'appartenir à un capitaine corsaire du nom d'Ermentiers. Était-ce à dire que son bateau avait déjà pris le large ? Il faudrait que j'en reparle à Main-d'or, peut-être aurait-il observé quelque levée d'ancre avant mon réveil. Christ mort, j'aurais de loin préféré rencontrer les officiers du défunt pour dissiper tout malentendu, et cette fuite nocturne n'était pas pour me rassurer. La voix du milicien m'arracha à mes inquiétudes :
- Le voilà, capitaine, plus lent qu'une tortue.
Effectivement, le pendard n'était pas allé bien loin. Vautré sur le sable épais de la plage, la nuque cuite par la chaleur et les fesses à l'air, mon chirurgien avais la posture caractéristique des videurs de barriques. La pointe de mon épée enfoncée dans le lard de son cul rougit ne lui arracha rien de plus qu'un pet gras et méphitique. J'avais à ma merci l'ensemble du collège médical de l'île et je fus tenté un court instant de rendre le poste vacant... Mes coutures allaient devoir se passer d'une seconde opinion : cet arsouille ne décuverait pas avant la fin de la journée, à condition que les crabes ne le grignotent pas.
- Maudit cachalot ! Qu'il finisse de rôtir en enfer !
Je donnais au soldat le paiement convenu et le laissai retrouver ses dés. Soulevant péniblement ma chemise, je pus constater que la plaie suppurait sous le fil noir et que les chairs avaient gonflé autour.
- Foutre, damné corsaire !
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Par Gusseuh, le 16/04/2010
Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
La nuit était longue et bleue comme une lame de Tolède. Nos trois torches griffaient ses ténèbres, leurs grésillements accrochant des reflets sauvages aux bijoux et médailles des matelots pour conjurer les ombres.
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Par folivier, le 10/05/2012
Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
De la conviction à l'acharnement il n'y avait qu'un pas infime, qui jetait depuis toujours les hommes dans la tourmente dès qu'il était franchi (pg 376 Ed folio SF)
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Par benne, le 28/03/2010
Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
Le Cierge comprit. Par un miracle vomi par l'enfer, nous venions d'échapper à nos poursuivants. Déjà, aussi rapidement qu'elle était apparue, la tempête s'effilochait vers l'est. Ce matin, Neptune avait favorisé les brigands.
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Par benne, le 28/03/2010
La trilogie Chromozone, Tome 1 : Chromozone de
Stéphane Beauverger
Nous aimerions vous voir mourir en bonne santé.
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Par Asil, le 21/04/2012
Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
J'ai longtemps cru que l'homme se révélait dans les épreuves et l'adversité. C'était ce que m'avaient appris mes maîtres, en Saintonge, et la leçon s'était souvent vérifiée au cours de ma vie de flibustier.
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Par folivier, le 10/05/2012
Le Déchronologue de
Stéphane Beauverger
Oui, c'est bien en se rapetissant à la stricte expression de ses nécessités immédiates, et non pas en se grandissant dans une posture d'abnégation consciente et supérieure, que chacun peut endurer les pires formes d'existence. Survivre c'est ne faire aucun cas d'aucun reste. (pg 442 Ed Folio SF)