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L'Hippopotame de
Stephen Fry
Je ressentais la même sensation qui t’envahit lorsque tu te relèves la nuit pour chercher l’origine mystérieuse d’un bruit qui t’empêche de dormir. Tu restes sur les marches de l’escalier, le cœur battant et la bouche entrouverte. Tu fais le tour des explications les plus évidentes : une branche de vigne vierge frottant contre un carreau ; ton chien, ta femme ou ton gamin effectuant une razzia sur le garde-manger ; les lames du plancher se dilatant sous l’effet du chauffage qui a redémarré. Aucune de ces hypothèses ne correspondant au bruit, tu te mets à envisager une série de causes moins banales : une souris se débattant dans les affres de l’agonie ; une chauve-souris égarée dans la cuisine ; un jouet mécanique d’enfant qui s’est remis en route ; le chat marchant par mégarde (ou exprès) sur la commande du magnétoscope et actionnant le rembobinage d’une cassette. Mais aucune de ces explications ne s’applique à ce bruit particulier. Alors… si tu es comme moi, tu remontes dare-dare l’escalier, tu plonges sous ta couette et enfouis ta tête sous l’oreiller, préférant ne rien savoir.
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L'Hippopotame de
Stephen Fry
— Ce que je veux dire, coupa Oncle T, c’est qu’autrefois, pour tout ce qui concernait notre âme, on avait recours au latin et c’était le prêtre, ou le curé, qui se chargeait de la soigner. Maintenant, dans notre époque de technocrates, nous disons psyché au lieu d’âme et thérapeutes au lieu de prêtres. Le grec est devenu le langage de la science. Remarquez, avec ces conneries de New Age, on en revient aux termes anglo-saxons et le monde y va de son petit couplet sur la « guérison ». Mais c’est le même processus. Saint, sain de corps ou d’esprit, en bonne santé, cure, thérapie, guérison.
— Vous ne voyez vraiment aucune différence, monsieur Wallace ? demanda l’évêque. Vous ne percevez pas qu’il existe différentes sortes de « mauvaise santé » ?
— Différentes sortes de « mauvaise sainteté », vous voulez dire ? Eh bien, si je me casse la jambe, je vais voir mon vieil ami le Dr Posner, mais si c’est mon cœur qui est brisé, je vais voir mon vieil ami le Dr Macallan.
— Le Dr Macallan ?
— Ted parle d’une marque de whisky, expliqua ta mère tout en lui lançant un regard au vitriol style « ferme ta gueule et laisse tomber ! ».
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L'Hippopotame de
Stephen Fry
Malgré les manifestations évidentes de vie autour de moi – les oiseaux déjà mentionnés plus haut, la frénésie végétale perceptible dans chaque massif, buisson et arbre –, je fus frappé par une impression de vide absolu. Londres, en revanche, Londres à quatre heures et demie du matin, pète de vie, tout simplement. Le boucan des fourgonnettes de la presse fonçant dans les rues désertes, le gazouillis de mictions de clodos, le martèlement des talons aiguilles bon marché sur les pavés, le tintamarre d’un taxi solitaire, et, dans les squares et sur les avenues, le chant des merles et des moineaux dépassant de plusieurs décibels celui de leurs homologues ruraux, tous ces sons se trouvent dotés d’une qualité spéciale et amplifiés par ce que les grandes villes ont en commun : l’acoustique. Tout résonne en ville.
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L'Hippopotame de
Stephen Fry
Je suis un poète, putain, pas un inspecteur des finances. La seule émotion qui irrite le poète, c’est l’émotion facile, l’émotion de pacotille, celle qu’on affecte, qui flatte le moi, l’émotion laborieusement sortie de l’imaginaire au lieu de sortir des tripes.
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L'Hippopotame de
Stephen Fry
— Écoute-moi bien, vieux pote. La nature, c’est ce foutoir dans lequel nous sommes nés. Très joli, certes. Mais ce n’est pas de l’art.
— « La beauté est la vérité. La vérité, beauté – c’est tout ce que nous pouvons savoir sur terre, et c’est tout ce que nous avons besoin de savoir. »
— Ou-oui. Mais si tu t’imagines que la beauté existe seulement là dehors, je t’avertis que tu te prépares une jeunesse de merde. N’imagine pas que la chélidoine, la reine-des-prés, la renoncule et la pervenche soient la seule voie menant à la vérité, à la beauté et à la sérénité védique. Si John Clare a pu déambuler de son pas de clown allumé dans des combes et des vallons, c’est parce qu’il y avait des combes et des vallons où déambuler. De nos jours on a des villes, des banlieues et des entrepôts. On a la télévision et les drainages lymphatiques aux algues tièdes.
— Nous sommes censés écrire des poèmes sur ces choses-là, alors ?
Remarque bien le « nous », chère Jane ! Moi j’ai dû attendre d’avoir trente-huit ans avant d’oser inscrire « poète » sur mon passeport et oser confesser que j’étais membre du genus irritabile vatum.
— Nous ne sommes pas censés écrire sur quoi que ce soit.
— Shelley dit que les poètes sont les législateurs officieux du monde.
— D’accord, mais je te garantis qu’il aurait eu l’air d’un crétin puissance dix si tout le monde l’avait pris au mot.
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L'Hippopotame de
Stephen Fry
J’ai bien dû rester planté là, debout devant ces bouteilles de whisky, pendant une heure. Derrière tous ces goulots alignés, un rai de lumière a pâli et l’air s’est empli de chants d’oiseaux. Impossible de retenir mes larmes. Des larmes exubérantes, des larmes de frustration, de chagrin, de colère, de déprime, de culpabilité… Je ne sais pas trop quelle sorte de larmes c’était. Des larmes, tout simplement. Sans raison.
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L'Hippopotame de
Stephen Fry
Je me rappelle avoir parlé de poésie, évidemment, et souhaité de tout mon cœur que les poètes du futur puissent saisir l’humanité par les couilles et les tordre méchamment jusqu’à ce que l’espèce humaine tout entière demande grâce à grands cris.
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L'Hippopotame de
Stephen Fry
Ce que tout le monde appelle universellement de nos jours, dans un accès de snobisme au second degré, « un authentique domestique en chair et en os » se tenait sur le perron.