-
Par litolff, le 11/11/2012
Karoo de
Steve Tesich
Mes dernières tentatives pour arrêter de fumer avaient été avant tout motivées par mon incapacité à m'enivrer : le cancer du poumon était certes une terrible façon de partir, mais ce qui me terrifiait réellement était la pensée de ne même pas pouvoir me saouler le jour où on m'apprendrait la nouvelle.
-
Par litolff, le 14/11/2012
Karoo de
Steve Tesich
Ce qui me surprenait chez ces femmes n'était pas tant que ce que je leur évoquais était désagréable, hostile, voire insupportable, je pouvais le comprendre. Leur attitude était, pratiquement dans chaque cas, parfaitement justifiée. Ce qui me surprenait, c'était l'intensité de ces souvenirs, en comparaison de ceux, très vagues, que j'avais d'elles et de ceux, encore plus vagues, de moi-même.
-
Par Bilonico, le 26/08/2012
Karoo de
Steve Tesich
Je méprise et j'ai toujours méprisé l'expression "petit chef d'oeuvre". C'est ainsi que les critiques de cinéma aiment à qualifier certans films étrangers. L'expression "petit chef d'oeuvre" semble suggérer l'existence de toute une gamme de chefs d'oeuvre classés par tailles, comme les produits des supermarchés, de petits à moyens puis à grands, pour aller jusqu'au x chefs d'oeuvre magnum [...].
Le film était un chef d'oeuvre parce qu'il était parfait. Il était "petit", parce que son sujet était l'amour.
> lire la suite
-
Karoo de
Steve Tesich
Les choses commencent vraiment à mal tourner quand vous n'avez plus que vous-même à renverser pour que votre vie s'améliore.
-
Par johnfool, le 23/04/2013
Karoo de
Steve Tesich
Etant moi-même un menteur invétéré, j'aimais bien ceux qui souffraient du même mal. Je n'avais plus aucune vérité en commun avec les autres.
Les mensonges étaient mon lien ultime avec mes congénères. Dans le mensonge, au moins, les hommes étaient tous frères.
-
Karoo de
Steve Tesich
Un des effets secondaires les plus décourageants de mon incapacité à m'enivrer n'était pas que je subissais ces ragots alors que j'étais sobre, mais que j'allais m'en souvenir le lendemain.
L'amnésie était l'un des vrais plaisires de l'ivresse.
-
Par marineije, le 04/09/2012
Karoo de
Steve Tesich
” Quelque chose me submergea alors que j’avançais dans la librairie avec Leïla vers la sous-section de la littérature appelée “Classiques”. C’était peut-être le souvenir de toutes les librairies et bibliothèques de ma vie. Une sensation de quasi-vertige fit non pas tant tourner la boutique autour de moi que tournoyer mon esprit dans ma tête, formant un petit tourbillon de livres, au centre duquel je distinguai comme dans une vision, un minuscule point de clarté absolue.
Si Dieu devait se révéler maintenant et avec lui une poignée de vérités incontestables, presque tous ces livres disparaîtraient.
La section “Philosophie” disparaîtrait. Tous les livres de la section “Religion” seraient retirés des étagères.
Adieu, la physique et l’astrophysique. Adieu les sciences et la section “Sciences”. Une poignée de vérités venant de Dieu rendrait tous les livres jamais écrits sur les sciences totalement superflus.
La section “Voyages” resterait.
Les grands livres, traitant des grandes questions métaphysiques, disparaîtraient parce que ces grandes questions n’existeraient plus.
Il n’y aurait plus aucun rôle pour l’humanité et la civilisation, si la vérité venait à être révélée. Comme si l’humanité était une sorte de réponse biologique à l’absence de vérité.
Si j’étais Dieu me dis-je, je n’aurais pas le coeur d’apparaître maintenant. Pas après que ces livres et des millions d’autres ont été écrits. Non, je n’aurais pas le coeur d’apparaître si tard pour dire : “Me voilà, je suis venu vous dire la vérité et rendre superflus les siècles que vous avez passé à la rechercher.” Non, s’Il était vraiment un dieu d’amour, Il resterait dans son coin.” (pages 403 – 404)
> lire la suite
-
Par VanessaV, le 13/06/2012
Karoo de
Steve Tesich
Je trouve que ce besoin d'inventer un tel coup de fil est même plus émouvant que s'il avait réellement eu lieu comme il le raconte. La vérité, me semble-t-il une fois encore, a perdu le pouvoir, du moins le pouvoir qu'elle avait, de décrire la condition humaine. Maintenant ce sont les mensonges que nous racontons qui seuls, peuvent révéler qui nous sommes.
-
Par elegrid1, le 14/07/2012
Karoo de
Steve Tesich
La plupart des horreurs commises à mon époque ( voilà que je tournais au philosophe ) n'étaient pas l'oeuvre d'hommes mauvais déterminés à commettre des actes mauvais . C'étaient plutôt les actes d'hommes comme moi . Des hommes avec des critères moraux et esthétiques d'un ordre supérieur- quand cela les prenait . Des hommes qui savaient distingier le bien du mal et qui agissaient pour le bien, quand ils étaient dans cet état d'esprit . Mais des hommes qui n'avaient pas d'amarres pour maintenir ces convictions et ces critères en place .Des hommes sujets aux humeurs et aux vents changeants, condamnés à se retouner complètement quand une autre humeur, contradictoire, leur tombait dessus . Ils trouveraient toujours, ces hommes lunatiques, une façon de justifier leurs actions et d'en assumer les conséquences . La terminologie qu'ils utilisaint pour justifier leurs crimes était, pour une large part, le fondement de ce que nous appelons l'Histoire .
> lire la suite
-
Karoo de
Steve Tesich
Ce goût dans ma bouche. Comme si ma salive avait le goût de la salive d'un autre. Des humeurs, me dis-je, c'est tout ce que j'avais. Des humeurs décroissantes. Des humeurs croissantes. Je ne pouvais m'accrocher à rien. Je n'étais plus, me rendis-je compte, un être humain et cela faisait probablement longtemps que je ne n'en étais plus un. J'étais devenu, au lieu de ça, un nouvel isotope de l'humanité qui n'avait pas encore été isolé ou identifié. J'étais un électron libre, dont la masse, la charge et la direction pouvaient être modifiées à tout moment par des champs aléatoires sur lesquels je n'avais aucun contrôle. J'étais l'une des balles perdues de notre époque.
> lire la suite