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Par Couperine, le 08/07/2011
Folie d'une femme séduite de
Susan Fromberg Schaeffer
Je me remontai dans mon lit de façon à être assise sur l'oreiller, le dos appuyé au montant. Pour qui se prenait-il, avec ses paupières tombantes et son air supérieur ? Pénétrer ainsi dans ma chambre et me mettre dans tous mes états ! Je regardai ma main pour m'assurer quelle était bien là. Je sus ce qu'éprouvait le mulot quand le faucon s'en saisit, cette sensation formidable d'être agrippé et dévoré, d'être contraint d'exister dans les fibres d'un autre, de sentir son propre cœur pomper le sang d'un autre. La chambre se vidait de Frank et me revenait. Je me ressaisissais. Et j'eus soudain le pressentiment de ce qui allait arriver, de la fournaise gigantesque qui allait rugir dans l'âtre de mon corps, des flammes immenses qui allaient jaillir de mes yeux et de ma bouche. Je savais que je m'entendrais dire des choses auxquelles je n'osais penser. Je savais que le feu allait grimper le long du mur intérieur indispensable que j'avais construit avec autant de soin qu'un faux bourdon sa ruche. Je connaissais la force qu'aurait le vent quand le feu l'embraserait et l'enverrait gronder dans l'espace. J'ignorais comment j'y ferais face, mais je savais aussi que je n'avais plus envie de vivre dans ces pièces propres, desséchées par le temps, pareilles à l'amadou, dans ces murs comme des feuilles mortes racornies, amincies par un soleil brûlant et lointain. J'avais presque dix-sept ans et rien ne m'était arrivé. J'étais née en attendant qu'il se passe quelque chose. J'avais vécu toutes ces années en sachant que j'étais née à l'écart des autres mais sans savoir pourquoi. J'allais enfin savoir pourquoi j'avais été conçue.
Soudain je ne voulus plus savoir. Comme s'ils étaient dans la chambre, je vis les engrenages de l'énorme pendule de ma grand-mère qui tournaient contre le mur. Je me vis sur des roues dentées. Au fur et à mesure qu'elle tournait, ma robe se prenait dans les dents de roues plus petites, et je me vis déchiquetée.
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Par Nadael, le 12/07/2011
Folie d'une femme séduite de
Susan Fromberg Schaeffer
Quand il se retirait dans sa chambre, j'étais jalouse des meubles parce qu'ils étaient près de lui et moi pas, et quand il partait travailler, j'étais jalouse de ses compagnons de travail, des pierres et même du sol qu'il foulait.
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Par Nadael, le 12/07/2011
Folie d'une femme séduite de
Susan Fromberg Schaeffer
Voilà ce qui avait changé dans le monde. Il n'y avait plus de comme si...Ce n'était pas comme si je contemplais le royaume des merveilles derrière la vitre ; c'était le royaume des merveilles. Je n'adorais pas Frank comme un dieu ; il était un dieu. Ce n'était pas comme si je le vénérais, puis que je le vénérais. Le monde était ce qu'il semblait. Le vide était devenu du solide. Je baissais les yeux sur ma main et je l'aimais, non parce que c'était ma main, mais parce que Frank l'aimait et la touchait.
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Par Nadael, le 12/07/2011
Folie d'une femme séduite de
Susan Fromberg Schaeffer
Je m'assis sur mon lit et jetai un coup d'oeil à la pile de livres posée sur le sol. Des livres ! Avec des personnages enfermés entre leurs pages, comme moi dans ma vie. Impossible d'y échapper. Même Aristote le disait. Tout être obéit à une loi qui lui est propre. Quelle bêtise que d'avoir cherché une issue, une nouvelle page, un autre livre !
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Par Nadael, le 12/07/2011
Folie d'une femme séduite de
Susan Fromberg Schaeffer
Puis je cru qu'il pleuvait, et levai la tête, surprise, car la pluie n'aurait pas dû me mouiller à l'intérieur de l'église. Je passai ma main sur mes joues ; elles ruisselaient. Je vis des gouttes d'eau qui roulaient sur le devant de mon corsage. L'étoffe noire en était tout humide. Lentement, précautionneusement, je portai la main à mes cheveux. Ils étaient secs. N'y comprenant rien, je jetai un coup d'oeil à la fenêtre. Le soleil brillait. Pas un nuage. Alors seulement je m'aperçus que je pleurais. Impossible de m'arrêter de pleurer. Comme si mon corps indépendamment de moi, avait décidé de pleurer la mort de ma mère.
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Par Nadael, le 12/07/2011
Folie d'une femme séduite de
Susan Fromberg Schaeffer
Des mots ! Tant de mots ! Il y a eu tout ces gros titres, ces éditoriaux au sujet de la balle que j'avais tirée, mais depuis longtemps déjà je me débattais au milieu des mots. Ils ont fait mon malheur. Quelle arme redoutable que les mots ! (…) Ils dévoraient tout avec tant de zèle. Tu n'imagines pas la haine que je leur voue. Je les vois qui s'échappent en se contorsionnant de la bouche des gens ; ce sont les fibres poisseuses d'une toile indestructible ; extensibles à l'infini, ils relient l'un à l'autre, à jamais, celui qui parle à l'autre qui écoute.
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Par jostein, le 16/07/2011
Folie d'une femme séduite de
Susan Fromberg Schaeffer
Ce n'est rien s'échouer. C'est quand on réussit que tout commence à aller de travers.d'un seul coup, tu obtiens exactement ce que tu voulais, et tu découvres que ça ne t'apporte pas autant de joie que tu l'espérais.
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Par jostein, le 16/07/2011
Folie d'une femme séduite de
Susan Fromberg Schaeffer
S'il fallait représenter l'intérieur de l'esprit humain, je peindrais deux lions, de force égale et sur le point de s'entr'égorger.