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Crépuscule de
Susan Minot
Mais elle aurait beau le dire, le répéter à l'infini, elle ne retrouverait jamais ce qui était perdu. Elle ne savait pas s'il en avait été de même pour lui. Ne le saurait jamais. Elle ne savait que ce qui la concernait, elle. Et rien de tout cela ne transparaissait. Pour ne pas avoir été partagé, ce qu'ils avaient connu avait pris l'allure d'un mirage. Etait devenu un incident parmi d'autres. Elle ne pouvait pas laisser ce qui s'était passé entre eux prendre trop d'importance, si bien que lorsque le souvenir de ce qu'il en restait tenter de s'imposer, il lui fallait le refouler à force de raison, d'habitude et de temps, pour finir par en faire une entaille à peine visible sur une colline en broussailles. Elle avait travaillé à l'effacer. Et que tout cela ait été oublié, soit oublié une fois de plus, lui apparaissait soudain bien plus terrible que la fin de sa propre vie.
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Crépuscule de
Susan Minot
Elle avait eu une vie à une époque mais aujourd'hui elle en était sortie. Des nuits sans sommeil et des heures passées à fixer le vide, ce n'était pas ce qu'on pouvait appeler une vie. Par instants la douleur semblait se hisser comme une voile gonflée par le vent, et le lit blanc voguait sur l'eau calme jusqu'à ce que quelque chose lui plante à nouveau ses crocs acérés dans la chair, alors les roues se remettaient à brasser l'eau et la machine en acier à bourdonner. II, 7.
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Crépuscule de
Susan Minot
La route traverse des villes où des rangées d'ormes forment une voûte au-dessus de leur tête et jettent des ombres bleutées sur les toits. Du linge sèche au vent sur les vérandas, deux gamins pêchent dans une rivière; à Bath, les grues du port montent dans le ciel. Sur le bord de la route, des pancartes proposent de la lavande de mer, des anguilles, des maquereaux frais, des langoustes vivantes, des airelles, du maïs ramassé du jour, et, dans une camionette, une petite fille vend des confitures et des tartes. Le ciel est délavé derrière des nuages en lambeaux. II, 3.