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Par le_Bison, le 06/05/2012
Romanee-Conti 1935 de
Takeshi Kaïkô
Elle choisit du melon avec du jambon de pays, lui, du boudin noir. Un boyau rempli de sang de porc, cuit à la vapeur, et servi avec de la purée de pommes de terre. Lorsque la lame de couteau l’incisait, se déversaient dans l’assiette blanche en dégageant une odeur chaude, particulière, divers éléments d’un brun presque noir, que l’on mangeait mélangés à un peu de purée. Il croyait se souvenir qu’ils avaient également bu un Graves dont il avait oublié l’année. Elle mangeait en silence, mais avec appétit, elle savait aussi apprécier le vin, et elle souriait parfois en lui jetant un regard à l’oblique par-delà le verre. Bientôt, sous l’effet du vin, un éclat couleur de rose se répandit lentement sur ses joues blafardes. Ses prunelles d’un bleu cendré étaient paisibles quand elle souriait, mais lorsqu’elle reprenait une expression ordinaire, le romancier, habitué à déchiffrer des prunelles noires, éprouvait une certaine angoisse.
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Par le_Bison, le 05/05/2012
Romanee-Conti 1935 de
Takeshi Kaïkô
A vingt ans, on ne choisit pas.
A trente, le Bourgogne vous séduit.
A quarante, le Carmel, ou encore le Bordeaux.
A cinquante, on ne boit plus, on apprécie.
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Par Woland, le 28/09/2010
La Muraille de Chine de
Takeshi Kaïkô
[...] ... La propagation du nouveau régime demanda un certain temps. Les marchands nous annonçaient que les administrations étaient dans chaque ville le théâtre de valses de personnel endiablées. Les ordres de l'Empereur témoignaient par leur rigueur à quel point celui-ci aspirait à l'intangibilité, au-delà même de ses royaux prédécesseurs. Dans son oeuvre de destruction et d'intégration des pays voisins, il avait fait la chasse aux talents, qu'il avait mobilisés sans souci de nationalités, et il ne renonça pas à cette pratique même une fois l'unification réalisée. Il se montra impitoyable envers les anciens édiles corrompus : chassés, ceux-ci furent remplacés par de nouveaux visages, venus de la capitale, et ce fut en pure perte que les premiers se dépensèrent pour avoir leur part du gâteau en faisant valoir leur qualité de notables locaux et leurs capacités, qui venaient de leur profonde connaissance de leur circonscription et de ses moeurs. Pour permettre aux agents par lui nommés de s'acquitter pleinement de leur charge, il étendit sur le pays un réseau complexe de lois, au mépris des particularismes locaux. Allant plus loin, par exigence d'efficacité et d'uniformisation, il ordonna de codifier le système national des poids et mesures, jusque là disparate, et de normaliser le gabarit des véhicules et des voies. Des tables numériques furent donc envoyées de la capitale et placardées devant les bureaux de l'administration des principales villes départementales et cantonales, où des étalons de bascules, de boisseaux, de charrettes furent exposés. Les contrevenants étaient frappés sévèrement - ils étaient requis pour le service de corvée - et sans possibilité de se justifier ; au dire des marchands, les paysans, les commerçants et les artisans, venus de leurs bourgs lointains, formaient d'interminables queues sur les places en face des préfectures et certains même couchaient dehors, dans la rue, en attendant leur tour d'entrée. Le sursaut impérial, dans le sanctuaire clos de murs et de tentures et la promiscuité grouillante des femmes nues, se répercuta aux boutiques, aux ateliers, aux villages, bouleversant les instruments de mesure, les véhicules et le tracé des champs ; avant longtemps, son impact se fit sentir aussi sur les manuels scolaires. ... [...]
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Par Woland, le 28/09/2010
La Muraille de Chine de
Takeshi Kaïkô
[...]... Il fut décidé que nous commencerions [la Grande Muraille] là où s'achevaient les vestiges qu'un des rois avait laissés. Par là venait précisément se terminer le loess auquel succédaient maintenant le désert et la montagne. Devant nos yeux se déployait à perte de vue une désolation de sable et de pierraille. Obstrué d'épais nuages gris, le bourbier du ciel prenait appui sur la ligne d'horizon et la nudité semi-désertique venait à notre rencontre comme si le ciel s'était mis en mouvement depuis loin au fond. Un réseau multiple de veines rocheuses circulait en un tortillement rageur dans l'épaisseur d'un sol acide et sec au dernier stade ; en maints endroits affleuraient et plongeaient de gigantesques et lugubres vertèbres. Le vent qui soufflait dans la masse des nuées déclenchait de longs échos et quand une éclaircie s'ouvrait çà ou là dans les nuages, un pan de métal abrupt et tout en replis étincelait au soleil. De temps à autre, nous apercevions de grands troupeaux de cerfs nordiques et de chevaux sauvages galopant sous le ciel gris ; ils apparaissaient et disparaissaient tour à tour derrière les collines, menant au loin un train d'enfer, des jours durant, dans un grondement de sabots qui faisait croire que le désert lui-même était en branle. ... [...]
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Par le_Bison, le 19/03/2012
L'opéra des gueux de
Takeshi Kaïkô
Il s'était relevé et, posant sur le sol des pieds tremblants, s'était engagé dans le Nouveau Monde.
La marée montante du soir ramenait ce jour-là l'éternelle file des éternels compères revenant s'assembler sur cette verrue purulente. " ... plein de bruit et de fureur... " : ces mots de Shakespeare, je crois, on aimerait les répéter à Fusukusé. Nouveau Monde, ruelle Janjan : deux endroits comme accaparés jour et nuit, sans trêve, par les seuls tumultes, coups de gueule et ripailles, rien de moins qu'une serre chaude où à chaque pas se côtoient la chère et le sexe.
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Par le_Bison, le 03/04/2012
L'opéra des gueux de
Takeshi Kaïkô
Putains, maquereaux, vendeurs de livres cochons, étudiants prolongés, collégiens à l'âge des curiosités... Drogués aux yeux exorbités par le manque ; joueurs décavés sur le chemin du retour ; pickpockets aux aguets ; ouvriers à la tête pleine d'un puzzle éclaté de visions lubriques ; manœuvres en train de se gaver de tripes crues douteuses. Une effervescence générale s'était emparée de cet essaim grouillant de larves repues de sang et de sperme, où s'échangeaient sourires moqueurs, chuchotements et coups d'œil brillants de colère.
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Par le_Bison, le 01/04/2012
L'opéra des gueux de
Takeshi Kaïkô
Ce qui paralysait les Apaches, c'était la Hirano, cet innommable cloaque. Le canal, un affluent de la Néyagawa, conduisait dans la baie d'Ôsaka, et si la marée, au gré de ses fluctuations, imprimait quelque mouvement à proximité de la surface, en profondeur stagnait en fait un insondable entassement putréfié. Dans ce déversoir venaient s'engloutir les objets les plus divers, huiles de machines, urines, boites de conserve, tout un monde amorphe, déliquescent, effrité, en fin de putréfaction, un fouillis d'éléments imbriqués les uns dans les autres. Les pavés des berges étaient recouverts d'une eau qui n'avait plus apparence d'eau, mais plutôt de quelque indéfinissable soupe épaisse et gluante, d'acide délétère. Jusqu'à quelles profondeurs la corrosion a-t-elle pénétré ces pierres ? se demandait-on lorsque l'on se tenait sur un des bords.
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Par le_Bison, le 20/03/2012
L'opéra des gueux de
Takeshi Kaïkô
Fukusuké s'engagea tête baissée le long des étals d'un côté du passage où s'agglutinaient grillades, sushi, riz au curry, ragoûts, oden, anguilles, soupe au soja, poisson cru..., enchevêtrés dans un salmigondis de pustules qui l'assaillirent toutes ensembles de leurs odeurs lourdes. Des frissons l'agitèrent malgré lui...