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Par oops, le 28/05/2012
L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
J'ai compris la détresse des parents quand leur enfant grandit et s'éloigne : cela signe avec certitude votre arrêt de mort. L'enfant qui naît de vous est celui qui vous enterrera. Son entrée au monde vous signifie que votre temps est passé et qu'il faut se préparer à quitter la scène. Vous vous éloignez alors peu à peu du centre et, lorsque ce même enfant atteint l'âge adulte, vous n'êtes plus qu'à un pas du noir des coulisses, où personne ne sera là pour vous accueillir. Qu'elle est courte cette scène, qu'on ne traverse qu'une fois, qu'elle est aveuglante, la lumière qui vous y poursuit, et comme la salle est obscure, à tel point qu'on pense souvent qu'il n'y a personne ! Et n'essayez pas de rester sur scène plus que de raison, car quand vous vous retournerez votre enfant s'y trouvera à votre place, lui aussi aveugle aux coulisses de droite, et oublieux des coulisses de gauche desquelles il est pourtant né.
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Par johnfool, le 07/06/2013
La deuxième vie d'Aurélien Moreau de
Tatiana Arfel
Ainsi donc mon mariage n'en est pas un, mes enfants ont toujours été loin, je n'ai pas de vie privée. Pas de loisirs non plus, seulement des occupations pour tuer le temps qui résiste, le monstre, l'éternel triomphant. Quant au travail, il n'y a rien à extraire là non plus. Un simple lest de plomb retenant les lambeaux obscurs de mon cerveau. Un simulacre massif, jeu de rôle de toute une vie, sans changement de niveau. Que me reste-il? Je vis seul dans mes heures désertes et je fais maintenant face au pire. A l'arrivée massive, sonnez trompettes, soldats dociles, sortez les baïonnettes, de la pensée la plus effroyable qui soit. La conviction intime que je n'ai pas de joie. [...] Si la joie n'existe pas, pour personne, comment avons-nous pu en concevoir l'idée?
[...]
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Par oops, le 25/05/2012
L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
Ces petits tracas ne cessaient plus, et je connus ce moment où l'on s'aperçoit que la vieillesse est vraiment là, que ce n'est que ça : non pas une douleur fulgurante qui vous affaisserait d'un grand coup, mais une succession de petites douleurs qui font que le corps a, tous les jours, mal quelque part.
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Par balooo, le 06/06/2010
L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
Le môme est mis une fois dehors dans un petit abri où la bête bleu clair rentre aussi. Le môme qui a levé la tête s'aperçoit qu'elle s'est séparée en deux : deux grandes ombres devant lui. L'abri se met à avancer doucement tout seul, le môme ne comprend pas, il voit le dehors bouger : à gauche le mur du terrain vague, à droite les maisons, et puis d'un coup le mur a disparu, l'abri a tourné, c'est un autre endroit, d'autres maisons, des bruits inconnus, des lumières blanches, rouges, vertes. Le môme est si fasciné par les lumières de couleur qu'il lâche son poing qu'il mordait pour se calmer, il regarde. Il a peur encore, mais il avale toutes les images pour quand il pourra rentrer à son abri. Il ne sait pas ce qu'on veut de lui.
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Par saphoo, le 27/12/2009
L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
Je ne peux pas dire avec des mots ce que ce fut pour moi de perdre ma mère. Ma mère, la douceur parfumée de ses cheveux, ses chansons étranges pour m’endormir. Ses mains toutes petites, couleur pêche blanche, qui me lavaient chaque soir de la fatigue et de l’énervement de la journée. Son silence quand elle ne chantait pas et son sérieux appliqué quand elle m’écoutait….--- toute cette couverture douce autour de moi se retirait d’un coup, laissant derrière elle l’étreinte glacée du monde à affronter encore des années durant. ---- Au lieu de quoi, elle est morte au sol, misérablement, comme un oiseau tiré en plein vol. Elle aurait dû mourir en s’envolant simplement du haut du chapiteau vers les étoiles, et chaque fois que j’aurais regardé le ciel, je l’aurais vue danser entre les constellations
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Par saphoo, le 27/12/2009
L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
Il m’a vu pleurer. Il a pris ma main dans les siennes, sans la griffer. L’enfant m’a consolé de sa souffrance à lui. Depuis la mort de ma mère personne ne m’a consolé de la vie, des douleurs, des écorchures du Sort. Près de quarante ans après elle, il y avait quelqu’un qui prenait ma peine dans ses mains. J’ai eu à nouveau dix ans et un chapiteau de tendresse m’abritait.
Quand il a écarté ses doigts, ma peine a coulé entre eux comme une fine pluie dorée, et elle s’est écrasée au sol en souriant. Sur la terre qui l’a bue, le lendemain, ont fleuri trois coquelicots…
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L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
Il y a Giacomo
..mon premier souvenir, celui du monde clos, se prolongeait à l’infini dans cette communauté d’hommes et de femmes qui, chaque jour, tendaient à redonner un peu de couleurs à notre monde si fade et si hurlant à la fois.
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L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
Il y a le Môme
Il y a de l’étranger dans son coeur. Ça fait mal, mais pas de froid ou de faim. Ça brûle et ça pique mais on ne peut pas l’arrêter en mangeant ou en dormant. Ça vient du dedans, il n’y a rien a faire
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L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
Il y a Melle B
Mon corps (...) était sans nerf, mes yeux sans regard et mon coeur sans émoi.
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L'Attente du soir de
Tatiana Arfel
Alors j'aurais prononcé un discours de paix, à elles et aux soignants attiré là par le calme soudain de la salle, pour qu'on n'enferme pas dans des cages ceux qui sont déjà exilés d'eux-mêmes, pour qu'on ne mette pas de pyjamas piquants à ceux dont la peau est beaucoup trop fine pour supporter le monde, pour qu'on n'écrase pas de molécules chimiques les esprits qui ont déjà tellement de mal à se persuader qu'ils existent. A la fin tout le monde m'aurait applaudie et j'aurais regardé chacun à son tour dans les yeux.
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