-
Par Malaura, le 10/10/2011
Mes prix littéraires de
Thomas Bernhard
Quand les gens me demandaient qui avait déjà reçu ce Grand Prix, je disais à chaque fois : que des trous du cul, et quand ils me demandaient de citer ces trous du cul, je leur citais toute une série de trous du cul, qui leur étaient tous inconnus; ces trous du cul n'étaient connu que de moi !..
-
Par Malaura, le 10/10/2011
Mes prix littéraires de
Thomas Bernhard
L'Académie envoie automatiquement, en cas de décès de l'un de ses membres, un avis mortuaire bordé de noir. Avec un peu de chance je vivrai assez longtemps pour recevoir de sa part un avis de décès non d'un de ses honorables membres, mais de l'institution elle-même.
-
Par Malaura, le 10/10/2011
Mes prix littéraires de
Thomas Bernhard
Depuis des années je m'interrogeais sur le sens de cette Académie, et toujours j'en revenais à me dire qu'un tel sens ne saurait procéder de ce qu'une assemblée, qui en fin de compte n'a été fondée que pour servir froidement le narcissisme de ses vaniteux membres, se réunisse deux fois par an pour s'auto-encenser et, après le bénéfice d'un voyage luxueux aux frais de l'Etat, goûter dans des établissements renommés à de de la bonne cuisine bourgeoise et à de la bonne boisson, tout cela pour tourner pendant près d'une semaine autour du pot de sa bouillie littéraire fade et faisandée.
-
Par brigetoun, le 31/03/2010
Le Naufragé de
Thomas Bernhard
Beaucoup se suicident dans leur cinquante et unième année, pensai-je........ Très souvent, la cause en est la honte que, passé cinquante ans, le quinquagénaire éprouve, précisément pour avoir franchi cette limite. Car cinquante ans, c'est amplement suffisant, pensai-je. Nous tombons dans la vulgarité quand nous passons la cinquantaine et continuons néanmoins à vivre, à exister. Nous sommes assez lâches pour aller jusqu'à la limite, pensai-je...
-
L'origine de
Thomas Bernhard
"C'est précisément ici, sur ce sol mortel qui m'a été donné à ma naissance que je suis chez moi et je suis plus chez moi dans cette ville (mortelle) et dans cette région (mortelle) que dans d'autres. Aujourd'hui, quand je parcours cette ville et que je crois que cette ville n'a rien de commun avec moi parce que depuis longtemps je ne veux avoir plus rien de commun avec elle, tout de moi (intérieurement et extérieurement) vient d'elle. Cette ville et moi nous formons une relation de toute la vie, une relation inséparable bien que terrible."
-
Par brigetoun, le 31/03/2010
Le Naufragé de
Thomas Bernhard
Le fait est que si j'allais chez Wertheimer à Traich, c'était uniquement pour le détruire, pour le déranger et le détruire, et Wertheimer, inversement, n'avait aucune autre raison de venir chez moi ; en allant à Traich, je n'avais d'autre but que de me détourner de mon effroyable misère spirituelle et de déranger Wertheimer, échanger des souvenirs de jeunesse, pensai-je, devant une tasse de thé, et toujours Glenn Gould comme centre, non pas Glenn, mais Glenn Gould qui nous a détruit tous les deux, pensai-je.
-
Par lanard, le 17/08/2010
Le Neveu de Wittgenstein de
Thomas Bernhard
pp. 65-69
Les bien-portants n’ont jamais été patients avec les malades, et, forcément, les malades pas davantage avec les bien-portants, il ne faut pas l’oublier. Car, de tout, le malade attend beaucoup plus que le bien portant, qui n’a pas besoin de tout attendre, puisqu’il est en bonne santé. Les malades ne comprennent pas les bien portants, tout comme, inversement, les bien portants ne comprennent pas les malades, et ce conflit est très souvent un conflit mortel, que le malade, en fin de compte, n’est pas de taille à affronter, mais bien entendu, pas davantage le bien portant, qu’un tel conflit, souvent, rend malade. On ne sait pas trop comment s’y prendre ave malade qui est tout à coup de retour là où, des mois ou des années plus tôt, la maladie l’a arraché, littéralement, à tout, et les bien portants, la plupart du temps n’ont pas du tout le désir d’aider le malade, en réalité ils jouent hypocritement les bons samaritains, ce qu’ils ne sont pas et ne veulent être, et ce qui, parce que c’est une hypocrisie, ne fait que nuire au malade, et ne l’aide pas le moins du monde. Le malade est en réalité toujours seul et l’aide qui lui est accordée de l’extérieur se révèle toujours être une gêne ou un dérangement, on ne le sait que trop. Le malade a besoin de l’aide la moins visible, celle que les bien-portants ne sont justement pas capable d’apporter. Ils ne font que du mal au malade avec leur hypocrite semblant d’aide et lui rendent tout difficile au lieu de tout lui faciliter. La plupart du temps les gens secourables ne portent pas secours au malade, ils ne font l’embêter. Mais le malade de retour chez lui ne peut pas se permettre de se laisser embêter. Si le malade fait remarquer qu’au lieu de l’aider, en réalité on l’embête, ceux qui faisaient uniquement semblant de l’aider lui tombent dessus. On l’accuse d’arrogance, d’égoïsme insensé, alors qu’il ne s’agit chez lui que de la plus élémentaire légitime défense. Le monde des bien-portants n’accueille le malade rentré chez lui qu’avec un semblant d’amabilité, qu’avec un semblant de serviabilité, qu’avec un semblant de dévouement ; mais si, par hasard, le malade met vraiment à l’épreuve cette amitié et cette serviabilité et ce dévouement, tout cela se révèle aussitôt n’être qu’une complaisance apparente et simulée, à quoi le malade ferait mieux de renoncer. Mais, naturellement, rien n’est plus difficile que la vraie amitié, et la vraie serviabilité, et le vrai dévouement, et la frontière entre le vrai et l’apparent est, dans ce domaine aussi, difficile à tracer. Nous croyons très longtemps qu’il s’agit de quelque chose de vrai alors qu’il ne s’agissait que de quelque chose d’apparent, ce à quoi nous sommes longtemps restés aveugles. L’hypocrisie des bien-portants à l’égard du malade est la plus répandue de toutes. Au fond, le bien-portant ne veut plus rien avoir à faire avec le malade, et il n’est pas content quand le malade, je veux parler du grand malade, prétend tout à coup avoir droit à la santé. Les bien-portants font toujours ce qu’ils peuvent pour que le malade ait du mal à recouvrer la santé, ou du moins à se normaliser à nouveau, ou du moins à améliorer son état de santé. Le bien-portant, s’il est sincère, ne veut rien avoir à faire avec le malade, et, par-là, forcément et logiquement, la mort. Les bien-portants veulent rester entre eux et parmi leurs semblables, au fond ils ne tolèrent pas le malade. (…) Pendant le temps de la maladie, dans l’intervalle donc, les bien-portants s’étaient complètement détournés du malade, ils l’avaient condamné, et ils n’avaient en cela fait que suivre leur instinct de conservation. Et celui qu’ils avaient déjà éliminé et qui, finalement, n’entrait même plus en ligne de compte, voilà tout à coup qu’il est de nouveau là et qu’il fait valoir ses droits. Et on lui fait naturellement tout de suite comprendre qu’au fond il n’a pas le moindre droit. Les malades n’ont, du point de vue des bien-portants, plus aucun droit. Je parle toujours uniquement de grands malades, qui sont malades à vie ; comme moi ou comme Paul Wittgenstein avons pu l’être. Les malades sont réduits par leur maladie à l’état d’« incapables » sous tutelle et sont livrés à la charité des bien-portants. Par sa maladie, le malade a fait place nette, et le voilà qui tout à coup réclame sa place. C’est un acte que les bien-portants ressentent toujours comme absolument inouï. Ainsi le malade de retour chez lui a toujours le sentiment de chercher brusquement à s’imposer dans un endroit où il n’a plus rien à faire. Le mécanisme est universellement connu : le malade part, il reste absent, et les bien-portants occupent aussitôt sa place, ils en prennent effectivement possession, et tout à coup le malade, qui n’est pas mort comme on le pensait, revient et veut reprendre sa place, veut en reprendre possession, ce qui indigne les bien-portants, parce que la réapparition de celui qu’ils avaient déjà rayé des effectifs les obliges à se restreindre à nouveau, ce qui va tout à fait contre leur intentions et exige de la part du malade des forces plus que surhumaines, pour simplement reprendre sa place et en reprendre possession. Il faut dire d’un autre coté, les grands malades, quand ils rentrent chez eux, procèdent à leur reprise de possession sans le moindre ménagement. Ils ont même parfis la force d’écarter et d’éliminer complètement les bien-portants, et même de les tuer. Mais ces cas sont extrêmement rares, et le plus courant et celui que j’ai déjà évoqué : le malade rentant chez lui s’attend à ne rencontrer que les plus grands ménagements, et en fin de compte il ne rencontre que la plus brutale hypocrisie, qu’avec sa clairvoyance de malade il perce tout de suite au jour. Il faut accueillir avec ménagements le malade, c’est-à-dire le grand malade, quand rentre chez lui. Mais c’est si difficile que l’on n’a presque pas d’exemple de grands malades accueillis avec ménagements quand ils rentrent chez. Les bien portants leur donnent aussitôt le sentiment qu’ils n’ont plus rien à faire ici, et, tout en disant le contraire, ils essaient par tous les moyens d’écœurer le malade qui rentre chez lui.
> lire la suite
-
Par Outis, le 26/09/2007
Le Neveu de Wittgenstein de
Thomas Bernhard
Les êtres qui ont vraiment été importants dans notre vie peuvent se compter sur les doigts d’une seule main, et, bien souvent, cette main se révolte contre la perversité que nous mettons à vouloir consacrer toute une main à compter ces êtres, là où, si nous sommes sincères, nous nous en tirerions probablement avec un seul doigt. Mais, dans un état tolérable, qu’il nous faut, nous le savons bien, avec d’autant plus de raffinement que nous avançons en âge, produire par toutes les acrobaties les plus impossibles de notre tête, déjà pourtant éprouvé jusqu’aux limites de ce qu’elle peut supporter sans ces extravagances morbides, nous tombons de temps en temps, parce qu’autrement il nous faudrait renoncer, sur trois ou quatre êtres dont, à la longue, nous avons reçu quelque chose, et même beaucoup, et même qui, à certains moments, à certaines périodes cruciales de notre existence, ont tout signifié pour nous, et même, en fait, tout été pour nous, même si, en même temps, nous ne pouvons pas oublier que ces êtres sont des morts, et donc souvent des gens morts depuis longtemps déjà, car une amère expérience nous a forcément appris que nous ne pouvons pas inclure dans notre évaluation ceux qui vivent encore aujourd’hui et sont nos contemporains, voire même ceux qui marchent avec nous et à nos côtés, si nous ne voulons pas nous exposer à nous tromper à fond, de la manière la plus pénible et la plus ridicule, et surtout nous ridiculiser à nos propres yeux.
> lire la suite
-
Par brigetoun, le 09/11/2010
Extinction de
Thomas Bernhard
..parce qu'ils doivent utiliser leur abonnement, ils vont au théâtre à Linz et vont voir une comédie exécrable et n'ont pas honte, et vont à ces concerts ridicules au Brucknerhaus comme on l'appelle, où règnent les fausses notes poussées à la puissance maximum. Ces gens, je veux dire tes parents, a-t-il dit, n'ont pas seulement pris un abonnement au théâtre et au concert, ils vivent leur vie par abonnement, ils assistent aussi chaque jour à leur vie comme ils vont au théâtre, à une comédie exécrable, et n'ont pas honte d'assister à leur vie comme à un concert détestable où seules dominent les fausses notes, et ils vivent parce que cela se fait, non pas parce qu'ils l'ont voulu, parce que c'est leur passion, leur vie, non : parce qu'ils y ont été abonnés par leurs parents. Et de même qu'au théâtre ils applaudissent à contretemps, ils applaudissent aussi dans leur vie à contretemps, et sans cesse ils manifestent bruyamment leur joie dans leur vie là où il n'y a aucune raison de manifester bruyamment sa joie, et leurs visages arrogants font les grimaces les plus repoussantes alors qu'ils devraient rire de bon coeur. Et de même que les oeuvres auxquelles ils assistent grâce à leur abonnement sont une catastrophe et du niveau le plus bas, leur vie aussi est une catastrophe et du niveau le plus bas....
> lire la suite
-
Par Piling, le 23/08/2010
Le Naufragé de
Thomas Bernhard
Au fond, nous voulons être piano, dit-il, non pas homme mais piano, nous fuyons l'homme que nous sommes pour devenir entièrement piano, et pourtant cela échoue nécessairement, et pourtant nous ne voulons pas y croire, c'est lui qui parle. L'interprète au piano (il ne disait jamais pianiste !) est celui qui veut être piano, et je me dis d'ailleurs chaque jour, au réveil, que je veux être le Steinway, non point l'homme qui joue sur le Steinway, c'est le Steinway lui-même que je veux être. Parfois nous sommes proches de cet idéal, dit-il, très proches, spécialement quand nous croyons que nous sommes d'ores et déjà fous, quasiment sur le chemin de cette démence que nous craignions plus que tout au monde.
> lire la suite